‹ La Révolution ArgentineChapitre 21 sur 62 · MEMBRE RICE S EAST O IN D CIO TIO NITEANILTENS · texte numérisé non relu

MEMBRE RICE S EAST O IN D CIO TIO NITEANILTENS

d'union de la conscience avec Dieu, acceptée pour que l'esprit satisfait y trouve sa plus élevée et sa plus transcendante aspiration. La colonie n’a donc rien à citer en sa faveur. Ni dans l’école, ni dans la famille, n1 dans le temple, — telle est l’amère vérité que l’on recueille en l’étudiant, — on ne préparait les facultés de l’homme pour ses hautes destinées » (ï).

En dehors du Collège de San Carlos fondé par Vertiz et que les membres des cabrldos tant ecclésiastiques que civils de Buenos-Ayres auraient désiré voir convertir en université, dans toute l’immense étendue de la vice-royauté il n’existait d’autres établissements d’enseignement portant ce nom que celui de Charcas (Haut-Pérou) et celui de Cérdoba, capitale de l’ancien Tucuman (°).

L'université de Charcas fut fondée en 1623, en vertu d’une bulle donnée à Rome le 8'août 1621 par Grégoire XV et par royale cédule du 2 février 1622. Le régime et l’enseignement de l’université étaient

(:) José ManuEL ESTRADA, Lecciones sobre la Historia de la Repüblhica Argentina, t. 1, p. 291.

(?) En même temps que Vertiz fondait le collège de San Carlos par ordre du roi, on en érigeait un autre au Paraguay en l’année 1785. « Je dois avouer, dit Funes, que ces maîtres, ayant puisé leur doctrine théologique et philosophique à des sources qui n'étaient pas très pures, ne pouvaient faire autrement que de répandre la connaissance des idées qui leur étaient familières, et encore beaucoup de ces idées étaient pires que l’enseignement luimême. Nous voulons parler ici de la scolastique et du péripatétisme. Pour le surplus, on y enseignait une latinité correcte, une doctrine morale bien réglée et une philosophie et théologie qui n'étaient pas aussi barbares qu'aux vie et vire siècles ; et ces études ne laissèrent pas de dissiper en partie les ombres de l’époque ténébreuse qui avait précédé» (Ensayo de la Historia civil del Paraguay, Buenos Aires y Tucuman, t. TI, p. 234.)

sous la direction des Jésuites, et à l’expulsion de la Compagnie elle fut régie par les membres du clergé séculier. À cette occasion, ses statuts primitifs furent abolis et elle fut réglementée par ceux qui régissaient l’université de San Marcos de Lima. On y enseignait la Théologie, la Morale, les Écritures, le Droit romain, la Philosophie et le Latin.

Cette université était l'institution préférée des jeunes gens des hautes classes qui aspiraient aux doctorats civil et canonique. À ceux qui croyaient avoir la vocation pour les débats du barreau, il ne restait d’autre ressource que de traverser la Cordillère et d’aller se faire inscrire au Chili, pour étudier les Institutes dans les établissements universitaires :de Santiago ; ou de se diriger vers le nord de la viceroyauté et d’habiter pendant quelques années les plateaux de la région péruvienne.

La ville de Charcas, qui s’appela aussi La Plata, était une ville d’origine indienne, et dans les derniers jours de la vice-royauté elle comptait de quatorze à dix-huit mille habitants. Sa juridiction administrative se composait de six districts : Jamparaes, Tomina, Pilaya, Oruro, Paria et Carangas. À Charcas résidait le tribunal de la royale Audiencia, qui jugeait les causes civiles et criminelles des provinces de La Paz, ‘Cochabamba et Potosi, et elle était le siège de l’archevêché. « Malgré tout, dit un écrivain, c’est une ville triste et misérable ; la vue ne peut découvrir un seul arbre entre les pics élevés qui l’attristent par leur nudité, et on est obligé de faire venir les provisions les plus communes de dix à vingt lieues de distance,

VIE ET CREME ANS ANRT ONN A CIOLLNOENET A LES 119

d’autres terrains plus favorisés de la nature » (1).

QC IL y a d’habitude plus de cinq cents étudiants venus .d’autres lieux, écrit Moreno parlant de son université, et une multitude de docteurs qui assistent fréquemment aux actes littéraires et constitutionnels

de la corporation, ce qui forme un concours d’étran-

gers très profitable à la ville à cause de l’argent qu'ils y laissent » (?).

L’archevêque jouissait d’une rente annuelle de plus de quatre-vingt mille piastres. La cathédrale avait une dotation complète de chanoines et de bénéficiers, et les curés, qui étaient nombreux, étaient les plus riches de la contrée.

« Le reste du clergé, dit l’auteur cité, se distingue par ses richesses et sa puissance, bien qu’il soit pénible d’ajouter qu’il n’en est pas de même pour sa conduite. Ceux qui résident dans la ville même sont plutôt des hommes du monde que des ministres de l'Église, et ceux qui sont placés dans les districts de la campagne abandonnent la désagréable région des pumas et des déserts qu’ils habitent pour venir à la ville dépenser dans les plaisirs et le jeu les économies faites pendant deux années sur les revenus de leurs cures » (°).

Les étudiants qui terminaient les études théologiques et voulaient suivre la carrière du barreau devaient entrer à l’Académie de Droit.« Cette académie est à même d’être d’une grande utilité à ses élèves,

() MANUEL MOoRENO, Memorias y Autobiograrias, t. I, p. 35. (2) Ouvr. cité, t. IT, p. 38.

(5) Ouvr. cité, t. II, p. 39.

et grâce aux efforts zélés de quelques professeurs, qui se sont efforcés de la perfectionner, son état de prospérité laisse peu à désirer » (*). Avant de commencer à exercer leur profession d’avocat, les élèves devaient suivre pendant deux ans les cours de l’Académie, puis subir une série d'épreuves qui révélaient leur degré de capacité.

L'étude des lois indiennes formait ainsi d’excellents avocats ; ce furent dans doute ceux-ci qui, en compagnie des théologiens, constituèrent la classe la plus distinguée de la vice-royauté du Rio de La Plata. Quant à la philosophie, le système scolastique pesait sur elle, et:ses lecteurs payaient tribut aux vieilles disciplines théologiques.

« Le milieu du xvïri siècle, dit un écrivain, marque l’apogée de la Compagnie de Jésus dans cette partie de l’Amérique espagnole. En 1745 elle avait, dans la vaste étendue de sa province du Paraguay, dix collèges, un noviciat, un internat et trente-huit missions, en dehors de celles que l’on commençait à fonder chez les Chiriguanos par ordre du vice-roi du Pérou et de la Audiencia de Charcas.

« La ville de Cérdoba, centre du gouvernement du Tucuman, le fut aussi de la domination spirituelle de la Compagnie de Jésus. Là se trouvait le Noviciat et dans son collège, qui devint le plus important de la province, se succédèrent les sujets les plus insignes de cet ordre » (?).

() ManuELz Moreno, Memoria y Autobiograftas, t. IL, p. 41. (?) juan M. GarRo, Bosquejo Histérico de la Universidad de Côrdola, p. 16.

MARÉES CTI MIRS AC ONE COL ONtT'A-L ES 121

Fondé en 1599, ce collège fut déclaré en 1610 Colegio Maäximo et Séminaire principal de la province, avec des classes d’arts et de théologie pour l'instruction des novices, En 1672, ces classes étaient transférées au collège que la Compagnie possédait à Santiago du Chili, et les salles récemment ouvertes restaient pour ce motif sans élèves.

Vers le milieu de 1613 se rencontrèrent l’évêque du Tucuman, Fray Fernando de Trejo y Sanabria, et le Père Diego de Torres, provincial de la Compagnie de Jésus. Le premier venait de Santiago del Estero dans le dessein de fonder à Cérdoba un monastère de religieuses, et le second du Chili, appelé par le trésorier du chapitre ecclésiastique pour régler la fondation d’un collège de l’ordre à San Miguel de Tucuman.

Ce fut à cette occasion que l’évêque T'rejo convint avec le provincial des Jésuites de la création d’un séminaire convictorio ou internat, intitulé de San Francisco Javier, sur le modèle de celui de San Martin de Lima. Il existait déjà à Santiago del Estero celui de Santa Catalina Virgen y Märtir, fondé par ce même évêque en 1609 ; mais le climat de Cérdoba et sa position géographique le déterminèrent à cette nouvelle fondation qu’il considérait comme avantageuse. Pour qu’elle ne souffrît pas de retard, il versa six mille piastres de son avoir personnel, il acheta une maison qui avait appartenu à un des premiers habitants de Côrdoba, et le 29 juin 1613 s’ouvrit ce collège que l’on considère comme le premier noyau de la future université.

Peu de jours avant de procéder à l'inauguration de

cet établissement, l’évêque Trejo avait rédigé devant notaire un acte que l’on appelle de fondation, car il est la pierre angulaire de l’université. On y lit ce qui suit :

« En la ville de Cérdoba, le dix-neuvième jour du mois de juin mil six cent treize, Nous, Fray Fernando de Trejo y Sanabria, évêque de T'ucuman, du consentement de Sa Majesté, disons : qu'il y a de nombreuses années que nous désirons voir fonder dans ce pays des classes de latin, arts et théologie, comme un très important moyen pour procurer le bien spirituel des Espagnols et des Indiens, et pour l’acquit de notre conscience.

« Et vu que dans tout ce gouvernement il n’y a pas de lieu plus à propos pour cela que cette ville de Côrdoba sous beaucoup de rapports, après avoir recommandé notre intention à Dieu Notre-Seigneur et l’avoir communiquée à des personnes de science et de conscience, nous avons résolu dans ce dessein de fonder un collège de la Compagnie de Jésus dans la dite ville, où on enseignera les susdites matières et celles que pourront entendre les fils des habitants de ce gouvernement et de celui du Paraguay, et où l’on pourra octroyer les grades de bachelier, licencié, docteur et maître, Sa Majesté donnant à cet effet son autorisation comme elle l’a fait pour le Nouveau Royaume ; à cette fin, pour la gloire de Dieu notre Seigneur et de sa bienheureuse Mère, nous engageons, par le présent acte, tous nos biens, meubles et immeubles et les revenus de notre évêché » (:).

(1) Ouvr. cité, p. 394.

VAR NEA CTOVET PIN SAT EAOINECIOLLIO NT 'AULE S 123

Par ce même document, l’évêque s’oblige à donner, dans le délai de trois ans, quarante mille piastres au provincial de la Compagnie. Si, pour une cause de force majeure, il ne pouvait pas verser cette somme en numéraire «Je la donnerai, dit-il, en propriétés d’égale valeur et que j'ai données à bail pour deux mille piastres par an ». Tant que cette clause ne serait pas remplie, il s’obligeait à verser mille cinq cents piastres annuellement pour l’entretien des religieux dudit collège.

L’évêque Trejo ne survécut pas à sa généreuse donation ; la mort le surprit le 24 décembre 1614, et avant de mourir 1l décida que le Père Vasquez Trujillo partirait pour Santiago del Estero et prendrait possession des biens et du domaine qu'il laissait en héritage à la Compagnie de Jésus en vue de la fondation de l’université.

Le collège Mäximo ne fut pas élevé au rang Ptr versité avant 1622. Ce fut Grégoire XV qui, par un bref du 8 août 1621, lui octroya cette prérogative, et Philippe IT qui, par royale cédule du 2 février 1622, confirma la détermination pontificale. Jusqu’à l’expulsion de la Compagnie, les Jésuites la régirent et furent les arbitres de son enseignement. Après leur expulsion du Tucuman, du Paraguay et du Rio de La Plata, en 1767, les Franciscains leur succédèrent. En 1791; on renforça les études, qui étaient d’ordre purement théologique, par la création d’une chaire de jurisprudence indienne et Jnstitutes.

À partir du jour où cette université passa aux mains des Franciscains, les membres du clergé sé-

culier, qui croyaient fermement devoir être appelés à remplacer les réguliers expulsés, commencèrent une vigoureuse campagne qui devait se prolonger pendant plus de quarante ans et se terminer par:la sécularisation de l’Université.

Le premier qui porta cette revendication devant le roi fut l’évêque de Cérdoba, l’Illustrissime Moscoso ; mais le champion de la cause fut le Doyen Funes, qui commença par présenter au marquis de Loreto, viceroi de Buenos-Ayres en 1785, un Mémoire contre les Franciscains et en faveur du clergé séculier.

Le factum du Doyen Funes fut suivi, en 1799, d’un autre Mémoire de son frère Don Ambrosio Funes, adressé au marquis de Avilès. Pendant que ce document et d’autres encore qui se succédèrent venaient augmenter le nombre des pièces du procès, la cause s’agitait au sein du Conseil des Indes. Si, sur le territoire colonial, le clergé séculier se voyait placé au second rang et vaincu, il n’en fut pas de même dans la Métropole. Une cédule datée du 1° décembre 1800 et donnée à San Lorenzo résolvait la contestation en faveur du clergé séculier et ordonnait que « l’on érigeât et fondât de nouveau en ladite ville de Cérdoba de Tucuman, et dans l'édifice qui était autrefois le collège Mäximo des Jésuites, une Université Majeure, avec les privilèges et prérogatives dont jouissent celles de cette classe en Espagne et dans les Indes, sous le vocable de Royale Université de San Carlos et de Notre-Dame de Monserrat » (:).

(*) Ouvr. cité, p. 212.

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L’exécution de la cédule royale fut retardée de quelques années, mais, le 29 novembre 1907, Liniers, vice-roi de Buenos-Ayres, ami des frères Funes et partisan décidé de la cause qu’ils défendaient, mit au bas de l’écrit le : Que ceci soit observé, accompli et exécute immédiatement.

Les Franciscains étaient vaincus après quarante

et un ans de procès continuels et le clergé séculier

prenait possession de l’université. Le 11 janvier 1808, l’assemblée plénière des gradués, au nombre de quarante-sept, se réunissait dans l’église de la Compagnie, présidéé par le gouverneur politique et militaire de la province, Don Juan Gutiérrez de la Concha, et élisait recteur le Doyen Don Gregorio Funes.

« Le Doyen Funes fut un génie bienfaisant pour l’université de Cérdoba, dit Garros. Versé dans les

sciences sacrées et profanes, ami des belles-lettres;

au courant des progrès modernes qu’il savait apprécier à leur juste valeur, et pénétré de l’esprit du siècle, il comprit tout de suite que l’enseignement qui y était donné ne satisfaisait pas les aspirations et les tendances de l’époque, et qu'il était nécessaire de l’arracher au domaine du pur idéal pour le faire entrer dans celui de la pratique et du positif, afin que les connaissances qui reposent sur le calcul et l’observation de la nature y trouvent aussi leur place. Ce fut pour combler en partie cette lacune qu'il fonda, à la fin de 1808, avec l’autorisation nécessaire, une chaire d’arithmétique,

‘algèbre et géométrie, la dotant d’un revenu annuel de

cinq cents piastres pris, sur son patrimoine » (1).

(1) Ouvr. cité, p. 231.

126 LANERIE VO LIULINO NC AUR GE INSEONIONVE

C’est le Doyen Funes lui-même qui nous dit ce qu'était l’université de Cérdoba à son apogée colonial : .« La logique, ou l’art de raisonner, souffrait de notables défauts. Les idées d’Aristote étant obscurcies par les commentaires barbares des Arabes, on ne cherchait pas à connaître le vrai chemin qui conduit à l'évidence du raisonnement. La dialectique était une science de notions vagues et de termes insignifiants, plus propre à permettre de forrner des sophismes que de discourir avec habileté. La métaphysique présentait des chimères qui passaient pour des êtres véritables. La physique, pleine de formalités, d’accidents, de quiddités, de formes et de qualités occultes, expliquait par ces moyens les phénomènes les plus mystérieux de la nature.

« La théologie ne jouissait pas d’un meilleur sort ; de même que la philosophie, elle était atteinte 4 corruption. La philosophie d’Aristote appliquée à la théologie formait un mélange de profane et de spirituel. On avait abandonné l’étude des Pères de l’Église pour faire place à des questions frivoles et Inopportunes.

€ On alléguait ce motif que Te de faction s'étant introduit aussi bien dans la philosophie que dans la théologie, la fureur des disputes s’y était introduite en sa compagnie. Il était lamentable de voir ces classes s’enflammer en disputes inutiles, dans lesquelles, négligeant ce qui pouvait être profitable, on ne cherchait que la gloire stérile d’un vain triomphe.

« Pour cela il fallait subtiliser, inventer des dis-

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