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tinctions pour éluder les difficultés, et c’est ce que l’on fit » (:).
À l’époque de la Colonie comme pendant la viceroyauté, la jeunesse studieuse qui ne pouvait fréquenter les universités citées ou le collège San Carlos avait toute liberté pour suivre les cours de philosophie ou de théologie que professaient dans leurs couvents les Franciscains, Dominicains et Pères de la Merced.
S'il est certain que ces disciplines conventuelles n'étaient pas faites pour infuser à la jeunesse un nouvel esprit, pour beaucoup de leurs lecteurs qui étaient des religieux créoles, la chaire conventuelle était un beau prétexte pour contaminer leurs âmes d’un idéal de liberté. |
« Pourquoi sommes-nous nés dans un pays où le: génie opprimé perd sa vigueur, — disait à ses élèves du couvent de Buenos-Ayres dans les derniers jours de la vice-royauté Fray Cayetano Rodriguez, — ceux d’outre-mer veulent nous abrutir !
« Les Américains sont coupables ; nous nous courbons sous le joug espagnol ; combien de temps faudrat-il avant que nous puissions le secouer ! Mais il est nécessaire de travailler, de nous éclairer et d’éclairer la jeunesse. Ÿentrevois je ne sais quels présages dé hberté, et il est nécessaire de former des hommes » (°).
En dépit des lois des Indes qui fermaient le marché américain à la lecture de tout livre qui n'aurait pas
D Ensayo de la Historia civil del Paraguay, Buenos Aires y Tucumän, t. 1, liv. II, chap. xvi.
(2) FRAY PANTALEGN GARCIA, Elogio ftinebre de Fray Cayetano
Rodriguez.
subi l'examen et obtenu l'autorisation du Conseil, les intellectuels du Nouveau Monde s’efforçaient de se procurer les nouveautés littéraires de l’époque, alors même que pour cela ils dussent avoir recours à la contrebande.
Pour que ce danger ne contaminât pas les âmes, le tribunal du Saint-Office exerçait sur les domaines du roi une vigilance inquisitoriale (+).
Le 6 juin 1754, Don Pedro de Lotu, nommé par le roi « reviseur des livres», s’adressait au Conseil de Sa Majesté et exposait le péril où se trouvaient les colonies du Tucuman, du Paraguay et de La Plata, par suite de l’entrée clandestine de livres prohibés. « A
(?) Le tribunal de l’Inquisition en Amérique fut créé par cédule royale de Philippe IT le 25 janvier 1569. Ce tribunal comprenait dans sa juridiction les évêchés de Panama, Quito, El Cuzco, Charcas, Rio de La Plata, Tucuman et Santiago du Chili. Ce qui forme aujourd’hui la République Argentine dépendait de l’inquisiteur de Lima. Dans les provinces éloignées de Lima, le Saint-Office intervenait au moyen de délégués.
Les premiers qui arrivèrent sur le territoire argentin, selon Medina, furent Maître Francisco de Angulo pour le Tucuman et Fray Martin Ignacio de Loyola en 1597 pour la Asuncion del Paraguay. On peut dire que dès le début du xviie siècle les délégués du tribunal de Lima commencèrent à fonctionner régulièrement. Vers le milieu de 1607, ce tribunal prévint le commissaire de * Buenos-Ayres qu’il devrait appliquer tout son zèle à la visite des navires qui arrivaient dans ce port. D’après les informations qu’il : possédait, on savait à Lima que par le Rio de La Plata il entrait, clandestinement apportés par des navires flamands et portugais, des livres prohibés.
Comme la distance entre Lima et Buenos-Ayres était considérable, pendant le xvr1® siècle on fit différentes démarches en vue de l’établissement à Buenos-Ayres d’un tribunal indépendant de celui de Lima. Bien que l’idée de cette fondation ait fini par être adoptée par le Conseil de l’Inquisition, elle ne fut pas, en définitive, acceptée par le roi.