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traduire plus tard en espagnol ; l’Historia de Fr. Gerundio ; un Flavio Josefo ; l'Historia de América de Robertson ; les œuvres de Voltaire, de Montesquieu ; le Dictionnaire de Bayle, prohibé même pour ceux qui avaient une permission spéciale ; Historia de los establecimientos ultramarinos et le Filangiari » (\).
Après que l'inventaire en eût été fait, ces livres
furent remis au tribunal de Lima.
L'infiltration encyclopédique, comme on le voit, commençait à produire des fissures dans l'édifice colonial de La Plata. La terre argentine s’ouvrait, par le moyen de la contrebande, à l’hérésie politique ï importée par l’encyclopédisme.
« L’année de sa mort, dit Gutiérrez parlant de Maziel, on fit Finventaire de la bibliothèque de cet homme aussi savant que studieux. Nous l’avons examiné avec soin, et comptant les volumes un par un, nous en avons trouvé mille quatre-vingt-dix-neuf, sur la théologie, l’histoire, la littérature et le Droit en général ; il y en avait aussi quelques-uns traitant de la géographie et des sciences physiques. On voit par ce catalogue que les langues grecque, latine, italienne et portugaise étaient familières au possesseur de ces livres, et que la langue française ne lui était pas étrangère, car il conservait dans sa bibliothèque des écrits originaux de Bayle, Voltaire, Bossuet, Massillon, Fléchier et Fénelon. »
Dans ses Mémoires, Belgrano nous déclare qu’après avoir étudié à Buenos-Ayres, sa ville natale, le rudi-
(:) Ouvr. cité, p. 255.
ment, la philosophie et un peu de théologie, ses parents l’envoyèrent en Espagne pour suivre la carrière des lois. Ayant étudié la jurisprudence à Salamanque, il passa à Madrid et de là à Valladolid, et il fut reçu avocat à la chancellerie de cette ville.
« J'avoue que je ne mis pas autant d'application à la carrière que j'étais venu entreprendre qu’à l’étude des langues vivantes, de l’économie politique et du Droit public, et que dès les premiers instants où j’eus le bonheur de rencontrer des hommes amis du bien public qui me manifestèrent leurs idées utiles, s’empara de moi le désir de contribuer de tout mon pouvoir à l'intérêt général et d’acquérir de la réputation par mes travaux en vue d’un objet si important, en les appliquant tout particulièrement au bien de ma patrie.
« Comme à l’époque de 1789 je me trouvais en Espagne et que la Revolution française y occasionnait aussi la rénovation des idées, particulièrement parmi les hommes de letires que je fréquentais, les idées de liberté,
d'égalité et de propriété s'emparèrent de moi, et je ne:
voyais que des tyrans chez ceux qui s’opposaient à ce que l’homme, où qu'il fût, jouit des droits que Dieu et la na-
ture lui avaient concédés et que même les sociétés lui -
avaient directement ou indirectement accordés lors de
leur établissement » (:).
Parmi les élèves qui fréquentaient le cours de Fray
() Memorias y bete t. I, p. 22. — Après son retour d’Espagne, Belgrano traduisit, en 1817, l'ouvrage français intitulé Principes de la science politique. :
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Cayetano, alors que le pouvoir espagnol faisait encore sentir le joug de sa domination en Amérique, se trouvait le jeune Mariano Moreno. Le professeur franciscain ne tarda pas à découvrir chez lui les dons du génie, et désireux de le façonner en vue des futures luttes pour la liberté auxquelles le moine songeait, il lui ouvrit la bibliothèque de son couvent et mit à sa disposition tout ce qui lui semblerait Dia: à développer sa culture.
Un riche curé de l’archevêché de Charcas, qui en raison d’un litige se trouvait dans la capitale de la vice-royauté, décida du sort de Moreno. Séduit par la façon dont ce dernier avait défendu des conclusions au collège de San Carlos, il se déclara son protecteur et signala à ses parents l'intérêt qu’il y aurait à enrichir ses dons naturels d’une instruction littéraire. Ceux-ci accédérent à la proposition du prêtre, et en 1799 le futur démocrate de la Révolution argentine partit de Buenos-Avyres se dirigeant vers Charcas pour entrer à l’université de cette ville (:). À
En arrivant à Charcas, l’archevêque comme le chanoine Terrazas, pour qui il avait des lettres de recommandation, lui firent l'accueil le plus cordial.
Le chanoine Terrazas surtout fut son véritable Mécène ; il lui ouvrit sa maison, l’y logea et se mit à sa Finn avec la tendresse d’un père.
« Le chanoine, dit Manuel Moreno, vivait comme
(OvÉEs parents de Moreno désiraient qu’il fit prêtre. Moreno cacha sa volonté jusqu'au dernier moment, et une fois ses études universitaires terminées, il se prononça pour le barreau.
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un homme public, et ses affaires journalières au bureau du secrétariat de l’archevêché ou celles qui s’y rapportaient le tenaient presque toute la journée hors de chez lui. Il avait cultivé les lettres dès sa jeunesse, et les talents qu’il remarquait chez Mariano l’engagèrent à porter ses faveurs au point de J’honorer d’une intime amitié.
Il était permis à celui-ci d’user des livres du chanoine et de rester toute la journée dans les appartements particuliers de ce dernier, qui étaient ornés avec goût et élégance. Son inclination pour la lecture et l'étude fut alors grandement satisfaite par suite des commodités que présentait sa situation et du commerce de personnes lettrées avec qui il fit connaissance ; à cette époque, il y en avait beaucoup parmi elles dont les idées et le savoir étaient fort estimables et qui avaient orné leur esprit par la culture des belles-lettres. Tous les meilleurs auteurs de l’Europe, sur la politique, la morale, la religion, l’histoire, etc., qui ont pu passer de temps en temps à travers les sévèrès prohibitions du despotisme inquisitorial et parvenir à Buenos-Ayres, sont venus régulièrement jusqu’au Pérou, où ils trouvent une meïlleure réception, soit parce qu’on les apprécie mieux, soit parce qu'ils se vendent à un prix plus élevé ou soit enfin parce que l’espionnage y est moins sévère, ceux qui sont chargés d'empêcher la circulation de semblables œuvres étant ceux mêmes qui les recherchent et les placent de préférence dans leurs bibliothèques. Le goût dé la littérature française est le goût dominant et peu nombreux sont ceux exerçant une profession
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scientifique qui ne connaissent pas cette langue. Mariano l’étudia et commença à élargir ses idées par la lecture de Montesquieu, de d’Aguesseau, de Raynal et d’autres célèbres écrivains de cette nation » CG}
Lorsqu’en 1805 il fitson entrée à Buenos-Ayres avec son épouse native de Charcas et un jeune enfant fruit de son amour conjugal, Moreno arrivait imbu d'idées encyclopédiques «et avec un contingent de force intellectuelle pour se consacrer aux luttes en faveur de la liberté. Rousseau sera un de ses auteurs favoris, et au moment opportun, il traduira en espagnol Le Contrat social, qui à cette époque était comme l’évangile politique nécessaire à la formation des idées démocratiques. |
Ce même livre et l’ Histoire écrite par l’abbé Raynal sur les établisséments d'outre-mer furent les lectures préférées de Don Bernardo de Monteagudo, élevé à l’université de Charcas, comme Moreno, et qui devait plus tard jouer un rôle prépondérant sur la scène po- Htique où la liberté argentine prit une forme décisive.
Telle était à ce moment la passion pour la liberté que celle-ci étant éclose et déjà consolidée par le triomphe de la loi et des armes, Monteagudo eut la franchise de dire que lorsqual avait lu Le Contrat social et d’autres écrits du même genre, « ils lui avaient encore paru favorables au despotisme » (°).
Les faits signalés laissent apercevoir une infiltration
(:) Memorias y Autobiografias, t. TI, p. 41.
(2) À. PELLIZA, Monteagudo, su vida y sus escritos, t. II, p. 256.
philosophique dans les colonies espagnoles du Nouveau Monde.
Les institutions universitaires créées par le théologisme de la métropole sont encore debout, mais ceux qui fréquentent leurs cours n’y vont pas dhercher la lumière, ils la recherchent autour du foyer rayonnant de l’encyclopédisme français.
Les avocats de Charcas, les théologiens de l’université de Cordoba, les élèves du collège de San Carlos de Buenos-Ayres s'intéressent à la lecture des livres prohibés, et c’est ainsi que peu à peu va se former parmi la classe créole toute une élite intellectuelle qui changera l’ancienne foi en une nouvelle foi, et pour. qui ce ne sera pas un péché que de respecter tous les cultes, de désobéir aux rois, de fonder la souveraineté sur la volonté populaire et non sur le despotisme régnant.
Au déclin du xvrIe siècie, la métropole, qui découvrit l'Amérique, la réduisit par la conquête et la maintint liée à son sort avec les gouvernements d’abord et avec les vice-royautés ensuite, se sent moins forte qu’au moment où la foi mystique d’Isabelle la Catholique l’enchâssait comme une perle de plus dans sa couronne. Les titres traditionnels de sa souveraineté étaient attaqués. On ne reconnaît plus au pape le pouvoir arbitraire que lui reconnaissait le Moyen-âge de disposer à son gré du sort des nations. Au serment de fidélité succède le droit naturel des peuples de se rendre libres, ‘et une science économique qui surgit parallèlement à l’éveil du philosophisme met en évidence la nécessité de séparer le
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Continent de la Péninsule, l'Amérique qui garde dans son sein millénaire tous les dons, de l’Espagne qui par la fatalité des événements entre dans une ère de décadence.
D'autre part, les convulsions mondiales paraissent déterminer cette émancipation.
L’émancipation des colonies anglaises, la Révolution française qui brille comme un Sinaï et plus tard l'invasion napoléonienne qui réduit à l’inertie le pouvoir du monarque qui tient ces colonies sous sa dépendance, infusent aux créoles de nouvelles ardeurs qui, se traduisant en actes, aboutiront à la proclamation de la Révolution et, avec elle, du règne de la liberté. NE
L’agonie du système colonial est latente, car tout un régime despotique s'écroule pendant qu’une démocratie américaine se lève sous les plus clairs et les plus heureux auspices.
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