JIAR EV D D'UT DON I
me firent appeler, me disant que l’occasion se présentait de travailler pour la patrie afin qu’elle acquière la liberté et l'indépendance désirées. Répondant à cet appel, je partis pour faire tout ce qui serait à ma portée » (1).
Faisant allusion à ces préambules, Saavedra nous dit dans ses Mémoires : « Le même Cisneros, le 18 mai 1810, annonça au public, par une proclamation que Cadix et l’Ile de Léon seulement étaient libres du joug de Napoléon. Je me trouvais à ce moment au bourg de San Isidro. Don Juan José Viamonte, qui était sergent-major dans mon corps, m’écrivit en me disant qu'il fallait revenir à la ville sans tarder parce qu'il y avait des nouveautés importantes. Ce que je fis Lorsque je me présentai à sa maison, jy trouvai un certain nombre d'officiers et de civils qui me saluèrent en me demandant : « Direz-vous encore « qu'il n’est pas temps ? » — Je leur répondis : « Si « vous ne m'apprenez pas quelque nouvel événement, « que j'ignore, je ne pourrai répondre à votre ques- «tion ».— Alors ils me mirent dans les mains la proclamation de ce jour. Aussitôt que j'en eus pris connaissance, je leur dis : « Messieurs, maintenant je dis « non seulement qu’il est temps, mais qu’il n’y a pas « une heure à perdre. » Ils me proposèrent d’aller à la maison de Don Nicolas Rodriguez Peña, où il y avait une grande réunion d’Américains qui réclamaient à grands cris la destitution du vice-roi et la création d’un nouveau gouvernement. Là nous trou-
() Memorias y Autobiografias, t. I, p. 107.
vâmes les Drs Don Juan José Castelli et Don Manuel Belgrano, aujourd’hui défunts. La première chose que nous résolämes de faire fut de nous adresser au . premier alcade, qui était Don Juan José Lezica, et au procureur syndic, Dr Don Julian de Leiva, pour que, après en avoir donné connaissance au vice-roi Cisneros, il soit tenu un Cabildo public, où le peuple viendrait délibérer et résoudre les questions relatives à son sort. Belgrano et moi nous nous chargeâmes de faire cette démarche auprès de l’alcade, et Castelli auprès du procureur syndic D' Lerva » (:).
« Vers les 11 heures de ce jour (20 mai), dit un autre acteur du drame, nous envoyâmes à la maison de Saavedra pour savoir s’il était arrivé. Au même moment il passait le pas: de la porte donnant sur la rue. Dès qu’il nous eut rejoint, on lui rappela ce qu’il nous avait promis peu de temps auparavant et on le mit au courant des nouvelles. Il dit alors qu'il était prêt à tenir sa promesse, mais qu'il était nécessaire de chercher un autre local où nous nous réunirions le soir même, et qui soit situé dans une rue moins fréquentée que celle où j’habitais (aujourd’hui rue Cangallo, en face l’entrée du café de Catalanes). Alors Don Nicolas Rodriguez Peña dit que nous pourrions nous réunir dans sa maison située derrière l'hôpital San Miguel. On convint d'y convoquer ceux qui devaient faire partie de la réunion.
€ Il en fut ainsi et nous nous trouvâmes réunis : Don Cornelio Saavedra, Don Manuel Belgrano, Don
() Memorias y Autobiografias, t. I, p. 48.
EA RÉVOLUTEFON F4
Francisco Antonio Ocampo, Don Florencio Terrada, Don Juan José Viamonte, Don Antonio Luis Beruti, Doctor Don Feliciano Chiclana, Doctor Don Juan José Passo, son frère Don Francisco, Don Hipélito Vieytes, Don Agustin Donado et moi.
« On ne permit à aucun. soldat de sortir après l'appel. Ils restèrent tous consignés dans leurs quartiers et amplement pourvus de munitions, ignorant le motif de cette nouveauté, qu'ignorait aussi le peuple. Nous commençâämes donc à discuter sur la première chose à faire et l’on décida d’envoyer une commission sommer Cisneros d’avoir à abandonner le gouvernement.
« Le Dr Castellt et moï fûmes désignés, et pour mieux nous garantir, nous demandâmes que le commandant des Grenadiers d'infanterie Terrada nous fût adjoint, car son bataillon, qui était caserné au Fort, sous les balcons de Cisneros, comptait beaucoup d'officiers espagnols, et nous craïgnions qu’au moment de la sommation, le vice-roi ne parüt au balcon et n’appelât les grenadiers pour: nous faire arrêter.
« Le commandant Terrada vint avec nous, se mit à la tête de ses grenadiers, et nous, nous montâmes. Nous entrâmes dans le salon de réception et y trouvâmes Cisneros jouant aux cartes avec le brigadier Quintana, le procureur Caspe et un certain Cuaicolea, son aide de camp. Nous nous approchâmes de la table. Castelli prit la parole et dit :
« Excellentissime seigneur, nous avons le regret « de venir, envoyés par le peuple et l’armée, qui est
« sous les armes, pour sommer Votre Excellence « d'abandonner le gouvernement de la vice-royauté. »
« Tous se levèrent à la fois en entendant une semblable déclaration. Cisneros s’avança plein de feu vers Castelli, demandant ce que signifiait cette audace, comment il pouvait se faire que l’on foulât ainsi aux pieds la grandeur du roi, qu’il représentait ; que c'était le plus grand attentat que l’on pût commettre contre l’autorité. Castelli lui répondit de ne pas s’échauffer, que la chose était sans remède. Je pris alors la parole et lui dis : « Monseigneur, on nous a « donné un délai de cinq minutes pour revenir avec « la réponse ; que votre Excellence voie ce qu’elle a à « faire. » — Alors Caspe l’emmena dans son bureau ; ils restèrent un moment ensemble, Ro et Cisneros, plus calme :
« Messieurs, nous dit-il, combien je suis affligé « des grands malheurs qui vont s’abattre sur le « peuple, à cause de ce qui se passe! Eh bien, donc, « puisque le peuple ne me veut plus et que l’armée « m'abandonne, faites ce que vous voudrez. »
Nous prîmes alors congé, et, se retournant, il nous dit : « Eh bien, Messieurs, que pensez-vous faire de « ma personne et de ma famille ? » Castelli lui répondit : « Seigneur, la personne de Votre Excellence «et votre famille sont chez des Américains, et cela « doit vous tranquilliser. » Nous sortîimes et nous nous dirigeâmes vers le lieu de la réunion, où nous dîmes en arrivant : « Messieurs, la chose est faite : « Cisneros a cédé entièrement, et nous a dit que nous « fasSions ce que nous ra » Nous commen-
çâmes à nous embrasser, à pousser des vivats, à lancer nos chapeaux en l'air.
€ Le même soir nous fûm?s à la maison du seigneur Leiva, qui était le premier des avocats et l’assesseur de tous les vice-rois (Cisneros inclus), Saavedra, Castelli, le Dr Passo,Balcarce et moi. Nous lui racontâmes ce qui venait de se passer. Il nous demanda où se trouvait Cisneros ; nous lui dîmes qu'il était à la Forteresse. « Je suppose, répliqua-t-il, qu’il y est «prisonnier »,et lui ayant affirmé le contraire, il nous dit que nous avions agi bien mal ; que la première chose que nous aurions dû faire, c'était de nous assuter de la personne du vice-roi. Je lui demandai alors ce qu'il pensait que pourrait faire ce pauvre homme, qui n’avait comme soutien que les régiments «Fijo » y « Dragones », qui étaient à l’état de squelette ; pendant que nous, nous avions cinq mille hommes sous les armes. Leiva répliqua : « Messieurs, vous savez com- « bien il y a d’années que je suis en contact avec ces « hommes, et vous ne pouvez pas vous figurer le pres- « tige qu'ils exercent sur les peuples ; cette même « force sur laquelle vous comptez, Monsieur le colonel, « il peut se faire que ce soit elle qui vous arrête de- « main ». Après cela, nous nous retirâmes (1). »
Les démarches de Saavedra et de Belgrano furent couronnées du plus grand succès. »
Le Cabildo s’étant réuni le 25 mai, Lezica et Leiva firent connaître «que certains des commandants des corps de la garnison et quelques simples particuliers
(1) re clé t.rES D. 129:
étaient venus leur déclarer que ce peuple loyal et patriote, au courant des funestes événements de Îa Péninsule, était dans l'incertitude sur sa situation actuelle et sur son sort futur, et que son désir qu’il soit le plus conforme possible à son bonheur et au but inébranlable de conserver intégralement ces domaines sous la domination de Ferdinand VIT le troublait, alors qu'il était déjà en proie à une foule d’idées difficiles à concilier qui, si on ne parvenait pas bientôt à les fixer, pouvaient causer la plus lamentable fermentation (:). »
La pression révolutionnaire était déjà trop sensible pour que le Cabildo pût la négliger. «La municipalité, disaient ses membres au vice-roi, qui veille sur sa prospérité et s'intéresse grandement à l’union, à l’ordre et à la tranquillité, désire avoir de Votre Excellence la généreuse permission de convoquer au moyen de billets la principale et plus saine partie de la population pour que dans un congrès public s’exprime la volonté du peuple et pour qu’on prenne les mesures les plus propres à éviter tout malheur et à assurer notre destinée future » (?).
La réponse du vice-roi ne tarda pas à arriver ; mais l'autorisation pour le Cabildo public était subordonnée à cette règle : « J'attends du constant discernement et de la fidélité bien connue de Votre Excellence, ainsi que de l'intérêt qu’elle a toujours manifesté envers le
Q Actas Capitulares de la Revoluciôn de Mayo. Registro Oficial, TD.
(2) Idem.
bien public de cette cité, que comme étant son représentant, elle applique tout le zèle qui la caractérise et la distingue à faire en sorte qu'il ne s'exécute ou ne se décide rien qui ne soit en faveur du meilleur service de notre aimé souverain le seigneur Don Ferdinand VII, de l'intégrité de ses présents domaines et de la complète obéissance envers le suprême gouvernement national qui lè représente durant sa captivité ; car, comme le sait Votre Excellence, la monarchie est une et indivisible et, par conséquent, il faut agir conformément à nos lois » (:).
Pendant qu'avait lieu cet échange de notes, le peuple qui entourait le Cabildo avait manifesté des signes d'inquiétude. Le D' Leiva dut se montrer au baicon et lui adresser la parole pour le tranquilliser.
Comme le tumulte continuait et que même on entendait dire parmi le peuple : « Nous voulons que le vice-roi soit déposé, » on eut recours à Saavedra, chef du corps des Patriciens, pour faire évacuer la place par « ces gens ». La présence du célèbre militaire calma les nerfs de la multitude qui rentra chez elle avec l'espoir que ses vœux seraient bientôt accomplis.
Avant de quitter la salle où il tenait ses sessions, le Cabildo avait décidé de rédiger le billet suivant :
« L’Excellentissime Cabildo vous convoque pour que vous daigniez assister sans faute demain 22 courant à 9 heures, sans aucune étiquette et en qualité d’habitant de cette ville, au Cabildo public qu'avec
(:) Actas Capitulares de la Revoluciôn de Mayo. Registro Oficial, De
l’assentiment de l’excellentissime seigneur le vice-roi il a décidé de tenir ; vous n’aurez qu’à montrer ce billet aux troupes qui garderont les avenues de cette place pour qu'il vous soit permis de passer librement » (1).
Cette convocation était adressée à l’évêque de Buenos-Ayres, au général Don Pascual Ruiz Huidobro,aux membres de la royale Audiencia, du Tribunal des Comptes et de l’administration des Finances, aux chefs des bureaux, aux membres du chapitre ecclésiastique, aux curés, aux prélats des Ordres religieux, aux membres du Consulat royal, aux commandants ou chefs et à quelques officiers des corps de la garnison, aux alcades de quartiers, aux membres de l’université et aux professeurs de droit. Un total de deux cent quarante-six habitants remplissait les salles et les hautes galeries du Cabildo en cette journée du 22 mai 1810 (°).
Les personnes convoquées étant réunies, on procéda au vote. Mais d’après quelle formule devait-on
(:) « Y assistèrent toutes les corporations ecclésiastiques et civiles, un grand nombre d’habitants et un peuple immense, Don Pascual Ruiz Huidobro et tous les commandants et chefs de la garnison. Les troupes étaient consignées dans leurs quartiers respectifs prêtes à accourir où leur présence aurait été nécessaire. La place de la Victoire était pleine de monde, et déjà on arborait au chapeau comme emblème un ruban bleu et un ruban blanc. Parmi toute cette agglomération de peuple, il ne se produisit pas le plus léger désordre. » (CORNELIO DE SAAVEDRA, Memorias y Autobiografias, t. X, p. 49.) :
D’après le procès-verbal du 22, les convocations envoyées pour faire partie du Cabildo public furent au nombre de 450. (Registro Oficial, p. 14.)
(?) Registro Oficial, t: I, p. 4.
voter? Après en avoir rejeté deux à cause de leurs termes vagues qui ne résolvaient pas Ja question, on se décida pour la suivante : « Y a-t-il lieu de subroger au pouvoir supérieur dont jouit l’excellentissime seigneur vice-roi, une autre autorité qui dépende de l'autorité souveraine et s'exerce légitimement au nom de notre seigneur Don Ferdinand VII, et quelle sera cette nouvelle autorité ? » — En outre, le vote devait être public. « Les auditeurs, dit Saavedra, opinèrent que Cisneros devait être maintenu dans ses fonctions, sans aucune altération ni modification. Les fonctionnaires se rangèrent, pour la plupart, à l’avis des auditeurs ; un petit nombre d’entre eux opinèrent qu’on devait lui adjoindre quelques personnes qui aient la confiance du peuple. “
« MF l’évêque eut une attitude très particulière dans ce vote.Il dit : (Que non seulement il n’y avait «pas lieu de rien changer vis-à-vis du vice-roi,mäis « que même s’il ne restait aucune partie de l’Espagne «qui ne soit pas subjuguée, les Espagnols qui se «trouveraient en Amérique devaient prendre et «assumer le commandement, et que ce comman- «dement ne pouvait être mis entre les mains des «fils du pays, que lorsqu'il n’y resterait plus un seul « Espagnol ». |
« Les DT$ Don Juan José Passo et Don Juan José Castelli, irrités contre lui et à cause du ton sur lequel il avait dit ce qui précède, prirent la parole pour le réfuter. À peine avaient-ils commencé de parler que l’évêque coupa leur discours en disant : « On m'a « convoqué en ce lieu non pas pour soutenir des dis-
« cussions, mais pour que je dise et manifeste libre- « ment mes opinions, et c’est ce que j'ai fait dans les « termes que vous venez d'entendre » (1).
Les détails de ce débat politique, que le procèsverbal du Cabildo omet et que passent aussi sous silence les Mémoires de Saavedra, un autre assistant de cette séance historique, le général Don Nicolas de Vedia, les enregistre dans les siens ().
« L’évêque Lue, qui était asturien, prit d’abord la parole et, dans un sermon inopportun qui tendait à exhorter à la paix que personne ne faisait montre de vouloir troubler, conseilla longuement de laisser les choses en l’état où elles se trouvaient, ce qui paraissait préférable à son Excellence Illustrissime. Dès que ce dignitaire eut cessé d’ennuyer les assistants, ce fut, si je ne me trompe, le régent de l’Audiencia qui parla, démontrant, dans un discours assez soutenu, ce qu’il y aurait de périlleux à porter atteinte à l’ordre des choses qui régissait pacifiquement le pays ; ül s’efforça enfin de prouver qu’un changement quelconque serait nuisible à la tranquillité publique, et qu’en outre, il n’y avait pas de lois sur lesquelles on
() Memorias y Autobiografias, t. I, p. so.
(?) « Le général de Vedia était un latiniste consciencieux et possédait en outre plusieurs langues ; il avait étudié la théologie et ses lectures favorites pendant sa vie furent les philosophes et les publicistes du xvrrre siècle, principalement Voltaire. En Angleterre et en Espagne, où il séjourna peu de temps avant la Révolution de mai, il acquit des notions avancées sur les hommes et les choses de l’époque. Bien qu’encore très jeune, il vivait dans l’intimité des plus illustres patriotes, parmi lesquels on peut citer le D' Don Vicente Lôpez y Planes. » (MITRE, Nuevas comprobaciones histéricas, p. 174.)
pût s'appuyer. Son exposition terminée, l'assistance resta dans un morne silence: Conticuere omnes intenfique ora tenebram.
«€ Au bout de quelques instants, il se produisit une certaine rumeur, et bien que certaines personnes eussent envie de répondre, la résolution et l'habitude leur manquaient, la crainte les retenait, car ils avaient peur de se mettre trop en évidence dans ce drame grandiose. Les principaux personnages qui devaient élever la voix au nom du peuple étaient placés le plus près des autorités de l’un et de l’autre parti.
« Le célèbre DT Don Mariano Moreno s’était placé derrière les bancs du peuple, pour montrer qu’il ne
se présentait pas comme un des principaux acteurs du moment. Castelli fut invité à répondre, et le défunt Dr Don Cosme Argyerich et le capitaine Don Nicolas de Vedia, le prenant par les bras, l’exhortèrent à parler, lui disant énergiquement : « Parlez pour nous, «Monsieur le Docteur ; que craignez-vous ? Montez ». Alors Castelli, changeant de couleur, comme quelqu’un qui hésite ou a des craintes vu la délicatesse de la situation (il faut dire qu’à ce même moment il y en avait qui conseillaient à Cisneros d’ordonner la dispersion de l’assemblée), rompit le silence : au commencement en balbutiant un peu, et à la fin avec la profusion de paroles qui. lui était particulière, Les objections qui lui furent opposées par un des assistants — ce fut, je crois, Villota — l’embarrassèrent tellement, que pour le retirer du champ de la controverse, le digne et éloquent avocat Don Juan José Passo se chargea de défendre la cause du peuple, s’en
acquittant avec tant d’autorité et de vaillance qu'il
rendit confus et silencieux les orateurs de l’Audiencia, et parmi euxle D' Caspe, qui tirait vanité de son savoir. Passo prouva jusqu’à l’évidence que vu l’absence involontaire du monarque, les peuples avaient le droit d’assumer l'autorité souveraine et de choisir le gouvernement qu’ils croieraient le plus propre à favoriser les droits du roi. Personne n'ayant rien trouvé à lui répliquer, la réunion fut suspendue pour quelques instants, le Cabildo se retirant à l’intérieur pour délibérer sur ce qu’il convenait de faire dans ces circonstances critiques » (:).
(:) Manuscrit autographe inédit du général Don Nicolas de Vedia faisant partie de son Mémoire. Cité par MITRE, Nuevas Comprobaciones histéricas, p. 174. — Selon la version de Francisco Segui, ce furent la parole et l'intervention de Passo qui imposèrent la solution révolutionnaire à ce débat. Relisons-la telle que l’insère le général Mitre à la page 178 deses Comprobaciones histéricas, l'empruntant à l’ouvrage du précédent écrivain : Los 1ltimos cuatro años de la dominaciôn española :
« Don Juan José Castelli dit à haute voix : « L'Espagne est «déchue de son pouvoir sur ces pays », soutenant au moyen de citations d’auteurs et de principes que le peuple devait assumer le pouvoir ou les droits de souveraineté et en conséquence former un gouvernement qui ait sa confiance et qui veille à sa sécurité.
« Le procureur Villota, prenant la parole, concéda à Castelli la vérité de sa proposition en ce qui touchait la souveraineté ; mais nia que le peuple de Buenos-Ayres, pris isolément, eût ce droit ; car il n’était que l’un des peuples formant la vice-royauté ; de sorte que leur gouvernement pourrait légitimement être formé seulement après que tous auraient été entendus et sur leur avis conforme.
« Cette réponse bien dirigée déconcerta quelque peu Castelli, et alors un des assistants, voyant sa perplexité, invita le D' Passo à rétorquer les arguments du procureur. Passo était un bon auxiliaire, mais se conformant à son caractère et à sa modération, il. n'avait été jusque-là qu’un simple spectateur. Effectivement,
LATRÉVOLUTION 153
Le général Don Pascual Ruiz Huidobro fut d’avis que le vice-roi devait cesser ses fonctions, que son autorité devait être assumée par le Cabildo en sa qualité de représentant du peuple et être exercée par lui en attendant l'établissement d’un gouvernement provisoire dépendant de l’organisation qui, dans la Péninsule, exercerait l’autorité au nom du monarque. Cette opinion sur la formation immédiate d’une Junte, mais qui dépendrait de l’autoritéexistant dans la Péninsule, obtint, y compris le vote de ce général, trentedeux voix, et parmi ces votants on trouve les créoles Chiclana, Viamonte, Rodriguez Peua, Balcarce. Don Pedro Antonio Cerviño et Don José Martin Zuloeta opinèrent pour la formation de cette Junte, mais après consultation des provinces de la vice-royauté.
Don Cornelio Saavedra, commandant du corps des Patriciens est plus radical. Il opine pour la destitution du vice-roi, pour la formation d’une Junte effectuée immédiatement par le Cabildo ; mais de manière à « bien spécifier que c’est le peuple qui confère l’auto-
acceptant l’invitation, il répondit à peu près dans les termes suivants : « Le seigneur procureur dit avec raison que la volonté des « autres peuples de la vice-royauté doit être consultée ; mais que « l’on pense à l’état actuel de cette capitale et aux dangers auxquels « elle est exposée par sa situation, et on conviendra que le retard « qu’entraînerait cette proposition ne serait pas prudent. Buenos- « Ayres est dans l’urgente nécessité de se mettre à couvert des « périls dont elle est menacée par la puissance de la France, à « cause de la triste situation de la Péninsule. Pour cela, une des « premières mesures à prendre doit être la formation immédiate « d’une Junte provisoire qui gouverne au nom de notre seigneur « Don Ferdinand VII, et qui invite sans retard les autres peuples « de la vice-royauté à s’assembler au moyen de leurs représentants « (Congrès) pour établir un gouvernement sur des bases fermes. »
rité ou le commandement ». Cent douze votants joignirent leurs suffrages au vote de Saavedra. Don Francisco Antonio Ortiz de Ocampo, Don Gregorio Tagle, Agustin Pinedo, Don Manuel Belgrano, Don Martin Rodriguez, DT Bernardino Rivadavia, D' Mariano Moreno, Dr Juan José Passo, Don Domingo French, Don Domingo Matheu, Don Vicente Lopez, Don Antonio Luis Beruti, tous fils du pays et qui plus tard devaient jouer un rôle sur la scène de la Révolution, constituent avec d’autres, ce parti patriotique. Dix-huit votants, parmi lesquels figure Don Miguel Azcuénaga, acceptent l’adjonction proposée par Saavedra, mais déclarent être d’avis que la formation de la Junte ne soit pas effectuée avant qu’on ait consulté les provinces.
Castelli et quatre autres votants se conforment au vote de Saavedra ; mais veulent que les membres de la Junte soient nommés « directement par le peuple ».
Cinquante-neuf votants, en majorité employés de l’administration, certains auditeurs, quelques religieux et l’évêque à leur tête, votèrent pour le maintien définitif du vice-roi. Huit votants furent plus modérés et acceptaient ce maintien du vice-roi jusqu'à ce qu'on ait consulté les provinces.
Le suffrage populaire n’avait donc, le 22 mai 1810, pas plus de cinq partisans.
Le Cabildo public du 22 se termina après minuit et ses membres furent convoqués pour le jour suivant, afin de faire le recensement des votes. |
« Le recensement ayant été fait avec le plus grand soin, 1l en résulte, — à l’excessive pluralité des voix,
dit le procès-verbal — que l’excellentissime seigneur vice-roi doit cesser de gouverner et que le gouvernement doit échoir provisoirement à l’excellentissime Cabildo jusqu’à la création d’une Junte que devra former le Cabildo même de la manière qu'il jugera à propos. »
Mais si telle était la volonté populaire, tout autre était celle des membres du Cabildo. Le vice-roi, d’après eux, devait faire partie de cette Junte. Il devait en être le président, et dans cette idée, pour Savoir si On pouvait compter sur son assentiment, on lui envoya une délégation qui revint au Cabrldo apportant une réponse hésitante. S'il était nécessaire, pour la tranquillité publique, que sa personne soit éliminée, il était disposé à ce sacrifice ; mais si le moyen proposé par le Cabildo était le plus avantageux celui-ci pouvait compter sur lui.
Cependant, comme il savait que cette solution n'était pas la plus conforme « aux désirs du peuple », ainsi qu'il eut Ja franchise de le dire aux délégués Ocampo et Anchorena, il conseillait de consulter les commandants des corps de la garnison avant de prendre une résolution quelconque.
Selon le désir du vice-roi, les commandants furent convoqués, « et une fois informés de la décision du Cabildo et de l’assentiment qu’y avait donné l’excellentissime seigneur Don Baltazar Hidalgo de Cisneros, ils signifièrent que ce que le peuple attendait avec anxiété, c'était que l’on rendit publique la cessation du commandement du vice-roi et la prise de ce com- : mendement par l’excellentissime Cabildo ; que tant
que cette publication n'aurait pas lieu, le peuple ne se calmerait pas » (°).
Après une déclaration si catégorique, le Cabildo n'avait pas à hésiter. Aussi bien, la nuit approchait et le peuple, assemblé sur la place dans l’attente de la proclamation déclarant que le représentant de la métropole n’était plus en fonctions, ne se dispersait pas. Voyant cela, Saavedra et Belgrano prennent la résolution de pénétrer dans la salle capitulaire et décident les membres du Cabildo à faire la publication que le peuple attendait avec impatience. Le 23 mai, une compagnie de grenadiers, ayant à sa tête le capitaine Don Eustaquio Diaz Velez, avant le coucher du soleil, publiait dans la capitale de la vice-royauté l’édit déclarant que par la volonté du peuple le viceroi Don Baltazar Hidalgo de Cisneros était déchu de ses fonctions. |
Les intrigues du Cabildo, qui dans la journée du 23 avaient essayé de l’emporter sur la volonté populaire, remplirent de nouveau leur rôle réactionnaire dans la journée du 24.
La déchéance du vice-roi étant enfin déclarée, le Cabildo n'avait plus pour mission que de procéder à la formation d’une Junte. Réunis dans la salle des séances, les membres du Cabildo entrèrent en délibération et arrêtèrent, comme mesure de salut public, ce qui est contenu dans les lignes suivantes : « Considérant les graves inconvénients et risques qui pourraient survenir en ce qui concerne la sécurité pu-
() Registro Oficial, t. I, p. 16.