‹ La Révolution ArgentineChapitre 27 sur 62 · L'AMRIÉ VO L'ULT.I ON · texte numérisé non relu

L'AMRIÉ VO L'ULT.I ON

blique, si, conformément à ce qui a été résolu à la mayJorité des voix au Congrès général du 22 courant, l’Excellentissime seigneur vice-roi de ces provinces Don Baltazar Hidalgo de Cisneros était complètement destitué de son commandement, parce que ces provinces pourraient ou non se soumettre à semblable résolution, ou tout au moins susciter des doutes sur le point décidé, et que dans ce cas il pourrait s’ensuivre des maux de la plus haute gravité ; agissant en vertu des pouvoirs qui ont été conférés au Cabildo à la majorité des voix dans le Congrès général cité, les membres du Cabildo devaient ordonner et ont ordonné : Que l’excellentissime seigneur vice-roi Don Baltazar Hidalgo de Cisneros serait maintenu dans le commandement, associé aux seigneurs D' Don Juan Nepomuceno Soli, curé recteur de la paroisse de Notre-Dame de Monserrat de cette ville ; D' Don Juan José Castelli, avocat de la royale Audiencia prétoriale ; Don Cornelio Saavedra, commandant du corps des Patriciens, et Don José Santos de Inchaurregui, habitant de cette ville et commerçant ; ce comité ou junte devra être présidé par le susdit seigneur Excellentissim: vice-roi, qui y aura droit de vote » (:). - Après avoir accordé une amnistie pour tous les événements survenus dans la journée du 22 « se rapportant à des opinions concernant le maintien du gouvernement », le Cabildo décidait qu'aucun ordre ou mesure de l’excellentissime seigneur vice-roi ne serait exécuté « sans qu’il fût signé de toutes les autres

(:) Registro Oficial, p. 16.

personnes qui devaient composer la Junte » (1).

Après avoir consulté les commandants des corps de la garnison (°), il fut procédé à la solennelle installation de la Junte. « Placés sous un dais, avec devant eux un prie-Dieu sur lequel étaient posés l’image du crucifix et les saints Évangiles », les élus jurèrent de remplir loyalement leurs charges respectives, de conserver dans leur intégrité ces domaines à M° Don Ferdinand VII et à ses légitimes successeurs, et d’observer ponctuellement les lois du royaume.

Se référant à ce qui fut résolu par le Cabildo dans cette séance du 24, le général Tomas Guido, acteur du drame, nous dit ce qui suit dans ses Mémoires : « Le peuple parut satisfait de cette élection et les Espagnols se félicitèrent d’avoir évité le danger d’un bouleversement fondamental en voyant l’autorité du vice-roi triomphante. Bien différente fut la sensation produite par un dénouement si imprévu sur le club iréuni à huit heures du soir dans la maison du seigneur Peña. Là on analysa le caractère des élus ; on découvrit l’origine de la candidature Cisneros ; on reconnut unanimement que deux des membres, d’un caractère‘ ascétique et timide, se plieraient sans violence à la politique du président, et on en vint même à douter

(:) Registro Oficial, p. 17.

() Don José Ignacio de la Quintäna, colonel des dragons ; Don Cornelio Saavedra, commandant des Patriciens ; Don Gerardo Esteve y Llac, des artilleurs de l’Union ; Don Juan Florencio Terrada, des grenadiers de Ferdinand III : Don Francisco Ortiz de Ocampo, des Arribeños ; Don Pedro Andrés de Garcia, des Montañeses ; Don Martin Rodriguez, de hussards du roi ; Don Manuel Ruiz, des Naturales ; Don José Merelo, des Andalous.

de la fermeté du colonel Saavedra, sous la pression et l'influence d’un chef d’un grade supérieur (:)}. On comptait seulement sur Castelli. Il était donc nécessaire d’annuler ce qui avait été fait, de convoquer de nouveau le peuple et d’obtenir du Cabildo qu'il se prêtât à un nouvel examen, devant une autre assemblée populaire, de la sanction de la veille.

Le Cabildo du 25 commença par prendre connaissance d’un message de la nouvelle Junte. « Dans la première réunion qu'a tenue cette Junte, disait le message, elle a été informée par deux de ses membres de l’agitation qui règne dans une partie du peuple parce qu'on n'avait pas exclu l’excellentissime seigneur membre président du commandement des forces armées, ce qui ne peut ni ne doit être pour beaucoup de raisons de la plus haute considération. »

Pour les membres du Cabildo, ce n’était pas là une raison suffisante pour annuler ce qui avait été fait. Tenant en ses mains la force publique, la Junte n'avait pas autre chose à faire qu’à procéder au châtiment des mécontents.

Pendant qu’on donnait une forme écrite à cette pensée, « une multitude de gens envahit les couloirs de la maison capitulaire, dit le procès-verbal de ce jour, et quelques individus, en qualité de délégués,

(?) Il faut remarquer que Saavedra avait manifesté le désir, au Cabildo du 24, d’être éliminé de la formation de cette Junte «parce qu’il ne voulait pas être sujet à la moindre critique ». (Registro Oficial, p. 18.) — «Malgré mes réclamations, dit-il dans ses Wémoires, on ne tint pas compte de mon refus. Cisneros même fut un de ceux qui m’engagèrent à accepter ladite nomination pour faire

plaisir au peuple. » (Memorias y Autobiografias, t. I, p. 53.)

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après en avoir dûment obtenu l'autorisation, pénétrèrent dans la salle et exposèrent que le peuple était mécontent ; qu’en aucune manière il ne voulait admettre le choix fait de l’Excellentissime seigneur Don Baltazar Hidalgo de Cisneros comme président de la Junte avec droit de vote, et encore bien moins la décision par laquelle on lui avait confié le commandement de la force armée » (:).

Comme la volonté des membres du Cabildo n’était pas de satisfaire le vœu du peuple, mais de « contenir au moyen de la force » la partie mécontente, on décida de convoquer lès commandants militaires pour leur demander leur avis. À neuf heures et demie du matin, le 25 mai 1810, comparurent dans la salle du Cabildo les chefs suivants : D. Francisco Orduña, commandant de l’artillerie ; D. Bernardo Lecoc, du génie ; D. José Ignacio de la Quintana, des dragons ; D. Esteban Romero, commandant en second des Patriciens ; D. Pedro Andrès Garcia, des Montañeses ; D. Francisco Antonio Ortiz de Ocampo, des Arribeños ; D. Juan Florencio T'errada, des grenadiers de Ferdinand VII ; D. Manuel Ruïz, des Naturales ; D. Gerardo Esteve y Llac, des artilleurs de l’Union ; D. José Merelos, des Andalous ; D. Martin Rodriguez, des Hussards du roi ; D. Lucas Vivas, du second escadron de hussards ; D. Pedro Ramon Nuñez, dutroisième ; D. Alejo Castex, des Miguelets, et D. Antonio Luciano Ballesteros, des Ouinteros.

À l'exception des trois premiers « qui ne dirent

(*) Registro Oficial, t. I, p. 10.

DAMMRIENV ONE DIONN 161

rien », tous les autres répondirent que «le mécontentement était général parmi le peuple et parmi les troupes » à cause du choix de Cisneros ; que non seulement ils ne pouvaient soutenir le gouvernement établi, mais même se soutenir eux-mêmes, car on les tenait pour suspects ; qu'ils ne pouvaient pas même éviter que l’on adresse des injures à l’excellentissime Cabildo.—« Le peuple et la troupe continuèrent-ils, étaient dans une fermentation terrible, et il était nécessaire d’arrêter ce mal à temps, en s’en occupant avant toute autre chose, car la suprême loi l’exigeait, sans s’arrêter aux incidents que l’on soupçonnait et que l’on craignait » (1).

Au moment où les commandants achevaient d’exposer la situation, «les gens qui emplissaient les couloirs frappèrent à plusieurs reprises à la porte de la salle capitulaire, car ils voulaient savoir de quoi il s'agissait ; le commandant Don Martin Rodriguez dut sortir pour les apaiser ».

En présence de la pression de la volonté populaire, le Cabildo dut «changer d’idées » et décida que deux de ses membres, Manuel Mansilla et Tomas Anchorena, iraient trouver le vice-roi pour le convaincre de la nécessité de donner sa démission (°).

Dans cette occurrence, une nouvelle intervention populaire se fait sentir. Non seulement le peuple ré-

() Registro Oficial, t. I, p. 20. | |

(2) « Ce fut moi qui dis à Cisneros qu'il était nécessaire que la présidence lui soit enlevée, parce que le peuple le voulait ainsi ; ‘à quoi lui aussi accéda sans difficulté. » (C. DE SAAVEDRA, Memorias y Autobiografias, t. I, p. 52.)

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clame l'élimination du vice-roi, mais ayant appris la renonciation à leurs emplois respectifs des membres de la Junte qui lui étaient adjoints, « comme possesseur de l'autorité » il demande que l’on procède à la constitution d’une autre Junte, choisissant pour membre président et commandant général de la force armée D. Cornelio de Saavedra ; comme membres : D. Juan José Castelli, le licencié D. Manuel Belgrano, D. Miguel de Azcuénaga, D' D. Manuel Alberti, D. Domingo Matheu, et D. Juan Larrea ; pour secrétaires : les D'S$S D. Juan José Passo et D. Mariano Moreno.

C'était la liste rédigée par la plume de Beruti, dans la maison de Pe a, qui triomphait, de par la volonté du peuple, sur les degrés du Capitole argentin.

À la suite de cela,le Cabildo se borna à couvrir sa

déroute d’un formalisme légal. « Après quelques discussions, dit le procès-verbal, avec les dites personnes, les membres du Cabrldo leur signifièrent que pour procéder d’un meilleur accord le peuple devait présenter de nouveau les mêmes réclamations par écrit. »

Les patriotes n’hésitèrent pas à accéder à cette demande, «et après un intervalle d’attente assez long », le temps qui était certainement nécessaire pour recueillir les signatures, ils revinrent au Cabrldo «et présentèrent l'écrit qu'ils apportèrent signé d’un nombre considérable d’habitants, de religieux, de commandants et officiers des corps de troupes, et exposant les mêmes idées qu’ils avaient manifestées de vive voix »(:).

() Registro Oficial, t.T, p. 20.

Mais cette demande étant écrite, il fallait, d’après le Cabildo, qu’elle fût confirmée par le vote de ratification du peuple : nouvelle exigence de la réaction et nouveau triomphe de la démocratie.

À peine le procureur du Cabildo,le DT Leiva, a-t-il paru au balcon principal, et voit-il que le nombre réduit de gens « ne répond pas à ce qu'il s’était imaginé, qu'il s’écrie : Où donc est le peuple ? » Après diverses réponses faites par ceux qui s'étaient approchés et des récriminations de la part du syndic, on entendit des. voix disant « que si jusqu’à ce moment on avait procédé avec prudence afin que la ville ne subît pas de désastres, 1l allait être maintenant nécéssaire de recourir aux moyens violents ; que les gens, à cause de l’heure avancée, avaiént regagné leurs maisons ; qu'il fallait sonner la cloche du Cabildo et que le peuple s’assemblerait alors en ce lieu, pour donner satisfaction à la municipalité ; que si, le battant de la cloche manquant, on ne pouvait en faire usage, ils feraient battre la générale et ouvrir les casernes, et alors la ville aurait à souffrir ce que jusqu’à ce moment on avait cherché à éviter.

«Les membres du Cabildo, se voyant menacés de la sorte et dans le dessein d’éviter la moindre effusion de sang, ce qui serait une tache irréparable pour un peuple qui avait donné tant de preuves irréfutables de sa loyauté, de sa noblesse et de sa générosité, résolurent que par moi, le greffier, serait lue à haute et intelligible voix la requête présentée, et que les assistants déclareraient expressément si telle était leur volonté. La requête fut lue, et tous s’écrièrent d’une

seule voix : que c'était bien ce qu’ils demandaient et uniquement ce qu’ils voulaient que l’on exécute. » — « En considération de tout cela, il fut décidé que sans perdre un instant on constituerait la nouvelle Junte par un acte séparé et simple, en choisissant pour cela comme membres les mêmes personnes qui avaient été désignées de vive voix, sur des feuilles volantes et sur la liste présentée par ceux qui avaient pris la parole au nom du peuple. » Comme on le voit, dans une scène démocratique, les derniers vestiges du despotisme colonial furent vaincus (:).

« La foule, dit Guido, n’abandonna pas la place, les couloirs et les salles de l’antique Cabildo avant que l’accord n’eût été annoncé et la nouvelle Junte proclamée. À trois heures de l’après-midi, une proclamation solennelle faisait connaître la délibération du Cabildo public installant une nouvelle Junte gouvernementale au nom de Ferdinand VII » (°).

Avec le même rituel que la Junte du 23 avait prêté serment dans l’enceinte fdu Cabrldo, la Junte élue par le vote populaire prêta le sien le 25 mai 1810. Cette cérémonie. terminée, le président, s'adressant au

peuple, recommanda à sa bienveillance la personne

du vice-roi et sa'famille. C’était un geste chevaleresque de la part de la démocratie vis-à-vis du vaincu.

(1) « Des débats animés furent entamés entre les partisans de l’ancien régime et les promoteurs de la Révolution. Le peuple attendait impatient ; la grave séance fut souvent interrompue par les clameurs populaires excitées par d’ardents tribuns. » (Général Tomas Guipo, Memorias y Autobiografias, t. I, p. 16.)

(?) Memorias y Autobiografias, t. I, p. 16.

Du Cabildo, la Junte, au milieu d’une foule immense, au son des cloches et au bruit des salves d’artillerie, se dirigea vers la Forteresse qui jusqu'alors avait été la résidence des vice-rois. Par ce nouvel acte, la Révolution délogeait la monarchie des rives du rio de La Plata (:).

Comme on le voit, dans cette semaine laborieuse le facteur peuple joue le rôle principal. Il est, sans aucun doute, l’agent le plus puissant de la démocratie qui va naître, comme le Cabildo l’est, par sa résistance, de cet absolutisme monarchique que la puissance de Napoléon subjugue en Espagne et que l’insurrection

(:)-Le vice-roi déposé demeura à Buenos-Ayres jusqu’au 23 juin 1810, et à cette date, accompagné de cinq membres de la Royale Audiencia, il fut transporté par ordre de la Junte sur un coutre anglais qui les débarqua aux îles Canaries le 4 septembre de la même année.

La mesure prise par la Junte ne fut pas arbitraire, car, comme le laisse voir le mémoire qu’il avait préparé pour informer le gouvernement de la Péninsule des événements qui s’étaient produits à Buenos-Ayres pendant la semaine de mai, la présence de Cisneros dans la capitale argentine était dangereuse pour la marche de la Révolution. Dans ce rapport il traite le peuple de « faction d’agitateurs », l’évêque Lue de « fidèle serviteur de Sa Majesté », Matheu et Larrea de « marchands ». Ceux qui dans le Cabildo public ne votèrent pas pour sa déposition, étaient « les bons ». Selon le viceroi, deux mille hommes de troupe avec de bons et éprouvés officiers suffiraient pour vaincre et pour se venger de « ces misérables et inexpérimentés factieux, » au grand désenchantement de la Cour de Londres. — La colère de Cisneros contre les Anglais venait de leur participation à la cérémonie de la prestation de serment de la Junte.

« Les officiers anglais résidant ici, dit-il dans son rapport, ont pris part d’une manière solennelle à tous les actes publics concernant l’installation et la reconnaissance de la Junte ; et le jour de la prestation de serment leurs vaisseaux et même ceux des simples particuliers anglais joignirent leurs salves à celles de la place, » (Registro Official, t. I, p. 40.)

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