PPASATAURNERM EMPLOI II QUE
d'armes dans les luttes contre les Anglais, préféra renoncer au commandement de l’armée.
En présence de cet incident, la Junte délibéra de nouveau sur le sort des conspirateurs et décida de maintenir sa première résolution. Un de ses membres, le D' Castelli, fut envoyé pour faire exécuter cette sentence de mort. « J'espère, lui dit Moreno en lui confiant cette tragique mission, qu’il ne sera pas pris de la même faiblesse que notre général ; si la détermination prise ne s’accomplissait pas encore, notre collègue Larrea, auquel, je pense, la résolution ne manquerait pas, 1rait la faire exécuter ; et enfin j'irai moi-même si c'est nécessaire » (1).
Tous les prisonniers, moins l’évêque Orellana (°), furent fusillés, en présence de Castelli, le 26 août, à l’endroit appelé la Montagne des « Papagayos », après que ce dernier leur eût lu la sentence de mort.
() Memorias y Autobiograf ias, t. Il, p. 162.— Parlant de Castelli, qui fut celui qui exécuta l’ordre de la Junte, le général Muller dit : « Partout il aima la liberté et abhorra le despotisme, condamnant en même temps tout ce qu’il trouvait opposé au nouvel ordre des choses. Ceux qui étaient en place crurent voir en Castelli un second Robespierre, prêt à immoler tous ceux d’entre eux qu’il croirait utile d’immoler au triomphe de ia liberté. En fait, Castelli fut un terroriste très imbu des maximes de la Révolution française et très au courant de tous ses détails. » (Memorias del general Garcia Camba para la Historia de la América española en el Peri, t. 1,
: (?) L’attitude de l’évêque Orellana contre la Révolution lui valut de la part de la Junte le décret suivant, daté du 7 août 1810 et adressé au Doyen et au chapitre ecclésiastique de son diocèse : « En présence des notoires crimes d’État de l’évêque fugitif de ce diocèse, la Junte a déclaré son église vacante et ordonne que, la reconnaissant comme telle, Votre Excellence la pourvoie d’un ” vicaire capitulaire selon ce qui est prévu par les sacrés canons dans des cas semblables. » (Registro Oficial, t. T, p. 62.)
Cette mort de Liniers a servi d’aliment à des commentaires sentimentaux.
Quelles que soient les opinions que l’on puisse avoir sur la Junte, elle fit ce qu’elle crut demandé et même exigé par le salut de la patrie. Elle considérait ce drame avec la logique du moment et ne douta pas qu’en faisant sentir sur les conspirateurs le poids de sa forte main, elle sauverait la Révolution.
Tous les mauvais desseins et la haine des conspirateurs de Côrdoba furent mis en évidence dans un manifeste par le D' Moreno : « Pour discréditer la Junte, dit-il, on la couvrit d’imprécations ; on lui imputa l’ignominieux caractère d’insurgé et de 1évolutionnaire ; on fit un crime d’État d’embrasser sa cause ; on intéressa même contre elle la Religion, le prélat voulant forcer les ministres à profaner la chaire et le confessionnal.
(‘Pour dissiper tous les doutes qu’un zèle indiscret pourrait opposer, ou qui, par une double intrigue, pourraient quelque jour être mis en avant, nous dé-
putâmes vers le gouverneur intendant de Côrdoba son beau-frère le D' Don Mariano de Yrigoyen, personne de sa plus intime confiance. Le président de la Junte adressa des lettres amicales à Don Santiago Liniers, lui exprimant avec franchise et candeur les mêmes sentiments et faisant appel à l’amitié et aux titres les plus sacrés pour le détourner du mauvais chemin où il le voyait engagé. Diverses personnes recommandables unies à ces chefs par des liens étroits agirent de même. Bien décidés à fermer les oreilles aux clameurs de la raison et de la justice,
L'AMTUNTE POLITIQUE 177
ceux-ci consommèrent leur crime, empêchant les habitants de se rendre compte de la marche de notre cause. »
Parlant en particulier de la conduite de Liniers, il ajoute :
« Ce fut lui qui prit toutes les mesures et dispositions pour résister à nos troupes, que l’on n’envoyait pas pour contraindre les peuples par la violence, mais pour les libérer, sur leur propre demande, de l’oppression qui pesait sur eux. »
« Une opprobre éternelle, dit-il ensuite, couvrira les cendres de D. Santiago Liniers, et la postérité la plus reculée se répandra en exécrations contre cet homme ingrat, qui volontairement se chargea de ruiner et d’exterminer un peuple à qui il devait les plus grands bienfaits. »
L’attitude de l’évêque Orellana lui inspire l’apostrophe que voici : « Prélats ecclésiastiques, remplissez votre ministère de pacification et tenez-vous à l'écart des troubles et des séditions des méchants ; il a fallu tout le respect dû au sanctuaire pour soustraire l’évêque de Côrdoba à la rigueur du supplice que lui a mérité son exécrable crime ; mais nos religieuses considérations ne donneraient pas un second exemple de pitié si quelqu’autre prélat venait à abuser insolemment de son ministère. Le châtiment serait considéré par nous comme une conséquence nécessaire du délit, et le caractère sacré du délinquant ne ferait qu’augmenter l’horreur de son crime ». (1).
(:) Doctrina democrätica, p. 177.
L'énergie de ces déclarations laissait voir, parfaitement indiquées, les voies qu’allait suivre la Révolution. Après cette exécution, l’armée libératrice, sous le commandement de D. Antonio Gonzalez Balcarce, continua sa marche vers le nord, pénétra dans les provinces du Haut-Pérou, et le 27 octobre 1810 attaqua les fortifications de Cotagaita. Obligée de reculer, elle s’arrêta près du Rio de las Piedras, où, le 7 novembre, la Révolution remporta sa première victoire militaire. À la faveur de ce triomphe, Balcarce avança avec son armée, et le 13 du même mois il attaquait Cotagaita et s’en emparait.
Trois jours après, les quatre intendances du Pérou se déclaraient pour la Révolution, et le gouverneur de Potosi, Paula Sanz, celui de Charcas, général Nieto, et le colonel Cordoba, qui avaient organisé la résistance opposée à l’armée libératrice, étaient faits prisonniers et fusillés. Une nouvelle avance de cette armée permit aux patriotes d’arriver jusqu'aux rives du Desaguadero, où ils campèrent, sous les ordres de leurs chefs militaires et de Castelli, délégué de la Junte de Buenos-Ayres et qui se donnait le titre de général.
Pendant que ces opérations de marche en avant se. poursuivaient, une armée royaliste, envoyée de Lima et commandée par D. Manuel Goyeneche, arrivait au Desaguadero le 20 juin 1811 ; elle passait le fleuve le même jour et les deux armées furent en présence : devant les hauteurs de Huaqui. Castelli qui, d’après Saavedra (1), « croyait envahir et subjuguer toute la
(*) Memorias y Autobiografias, t. I, p. 64.
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vice-royauté de Lima », se fia imprudemment à ses forces, et contrairement aux ordres du gouvernement livra bataille à Goyeneche. Le sort des armes fut contraire à l’armée de la Révolution, et ce désastre du Desaguadero mit de nouveau aux mains des royalistes toute la partie du Haut-Pérou que les premiers triomphes de la cause patriotique lui avaient conquise.
L'armée patriote, dirigée par Pueyrredon, rétrogada jusqu’à Yatasto, point situé entre Salta et T'ucuman, et le gouvernement ordonna à Castelli, Balcarce et Viamonte de venir à Buenos-Ayres rendre compte de leur conduite.
Si du côté des provinces du Haut-Pérou la cause patriotique rencontrait des adeptes enthousiastes et décidés, 1l n’en était pas de même du côté du Paraguay. Après avoir sondé l’opinion publique de cette province par l'intermédiaire d’un délégué, qui dans son rapport ne rendit pas un compte véridique de la volonté populaire, la Junte, croyant que les difficultés existantes, si elles étaient réelles, s’aplaniraient, résolut d’envoyer une expédition militaire dont elle confia le commandement à D. Manuel Belgrano qui fut improvisé général.
Avec deux cents hommes de troupes, Belgrano partit de Buenos-Ayres le 28 septembre 1810 ; en arrivant à San Nicolas de los Arroyos, un groupe de patriotes se joignit à lui. De là il se transporta à la ville de Santa Fé et traversa le Paranä, où l’incorporation de deux cents soldats du régiment des Patriciens lui permit de compléter une bien modeste armée de neuf cent cinquante hommes.
Il faut observer qu’en entreprenant cette expédition, Belgrano ne se faisait aucune illusion. Il pressentait l’échec de l’entreprise, mais il fit le sacrifice de s’en charger par esprit de discipline.
Les caractéristiques politiques et sociales du Paraguay n'étaient pas tout à fait de nature à permettre de compter sur son concours dans l’œuvre patriotique de la Révolution. Cependant la Junte de Buenos- Ayres, qui voulait solidariser dans un but démocratique tous les États coloniaux de la vice-royauté, et qui invitait les autres peuples qui la composaient à prendre part — en commençant par la reconnaître elle-même comme autorité légale — au Congrès de toutes les provinces, ne pouvait faire abstraction de ce gouvernement qui se rattachait à la vice-royauté dans l’ordre économique, social et politique.
Mais l’apathie paraguayenne devait être plus puissante que le zèle ardent des patriotes de Buenos- Ayres ; et si la cause de la liberté devait à un moment donné tirer ce peuple de sa léthargie, il n’en sortirait que pour s’enfermer dans l'isolement, comme effectivement cela se produisit peu après les débuts de la Révolution.
Pour résister aux forces de Buenos-Avyres, le Paraguay pouvait compter sur un gouverneur fanatique de sa charge, D. Bernardo de Velazco, qui était en même temps un militaire instruit, et sur une armée très supérieure à la colonne libératrice de Belgrano.
Après avoir traversé la province de Corrientes, Belgrano passa, le 19 décembre, le Rio Paranä, en face de Posadas, actuellement capitale du territoire de
L'ASPTRUINNNEMPIOT TEL TO ULE I8T
Misiones, et fut déboucher au lieu appelé Campichuelo, alors en territoire paraguayen, où se livra un combat dans lequel la Révolution triompha.
Sans attendre l’incorporation de quatre cents hommes et de plusieurs pièces d'artillerie qui, sous les ordres de Rocamora, étaient partis de Misiones pour se Joindre à lui, Belgrano se décida à avancer dans un terrain marécageux, dépourvu de ressources et au milieu de la saison la plus ardente de l’année.
Comprenant les avantages qu’il pouvait retirer de cette situation, Velazco donna l’ordre à ses troupes de se retirer et laissa Belgrano s’approcher de La Asuncién.
Le 19 janvier 1811, en un point appelé Paraguari, les deux armées se trouvaient en présence et il se livrait une bataille dans laquelle l’armée de Velazco, très supérieure en nombre et mieux disciplinée que celle de Belgrano, battait cette dernière et l’obligeait à rétrograder jusqu’au fleuve Tacuari.
Deux mois après, Belgrano se battait de nouveau sur les bords de ce fleuve contre une armée dix fois supérieure à la sienne, et, vaincu, il signait, le 10 mai 1811, une capitulation d’après laquelle l’armée patriote pouvait se retirer avec armes et bagages.
Si l'expédition militaire commandée par Belgrano ne donna pas le résultat immédiat que l’on cherchait, elle contribua sans aucun doute à définir une situation équivoque et même à provoquer une insurrection locale qui, trois jours après la signature de la capitulation de T'acuari, déposa Velazco de sa charge de
gouverneur et fit passer le gouvernement de cette province entre les mains d’une Junte composée de trois membres. |
Cette révolution portait en elle-même les germes d’une tyrannie qui devait compromettre la destinée politique du Paraguay, en la séparant, comme le fit Francia, son dictateur, du gouvernement de Buenos- Ayres, quoique la révolution de 1811 qui avait déposé Velazco se fût effectuée au nom des mêmes idées que la capitale de la vice-royauté avait invoquées pins S 'insurger.
Le régime d'isolement qu'entraîna cette mesure politique empêcha le Paraguay de se solidariser avec les Provinces unies du Rio de La Plata dans la lutte pour la liberté. |
Par cet isolement, il sauva sa cause ; mais il empêcha la démocratie paraguayenne de prendre une part active à l'épopée continentale.
La circulaire du 27 mai, par laquelle la Junte faisait connaître son ol don et demandait l’adhésion des Cabildos de la vice-royauté, produisit son effet dès le premier moment de son envoi. La colonie du Sacramento reconnut la Junte le $ juin 1810, le 8 la Concepciôn de l’Uruguay, le o Santo Domingo Soriano, le 13 le commandant de Santa Teresa, le 14 la ville de San Luis, le 16 celles de Corrientes et de San Juan, le :18 les bourgs de Misiones, le 19 la ville de Santa Fé, le 23 celle de Salta, le 22 la municipalité de Gualeguay, le 23 la ville de Tarija, le 27 Mendoza, le 26 Tucuman, le 29 Santiago del Estero, le 4 août Catamarca, le 13 le bourg de Rio Cuarto, le 10 no-
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vembre la ville de La Plata, le 18 celle de La Paz, le 4 décembre celle de Oruro.
Ces reconnaissances furent suivies de l'élection par chaque Cabildo d’un député appelé à le représenter au Congrès général. En conséquence, San Luis élut Don Marcelino Pollet, Corrientes le Dr Don José Simon Garcia de Cossio, Santiago del Estero le prêtre Don Juan José Lami, Mendoza Don Manuel Ignacio Molina, San Juan Don José Ignacio Maradona, Catamarca Don Francisco de Acuña, Tucuman le Dr Don Manuel Felipe Molina, Cordoba le Doyen Don Gregorio Funes, Tarija le DT Don Julian Perez de Echalaz, Salta le D' Don Francisco Guruchaya, Jujuy le DT Don Juan Ignacio Gorriti, Cochabamba le Dr Don José Francisco Javier de Orihuela, La Paz Don Ramon Mariaca. |
Dans cette série d’adhésions et de nominations, ne figurent 'pas celles des Cabildos du Paraguay et de Montevideo. Le reste de la vice-royauté se prononce pour la Révolution, seules ces deux circonscriptions géographiques sont récalcitrantes au vœu de la capitale. La conduite du Paraguay et sa destinée ont déjà été exposées. La manière d’agir de Montevideo est assez caractéristique pour que nous lui consacrions une page à part. Mais avant d’en entreprendre l’exposition, arrêtons-nous un moment sur des détails d'ordre intérieur qui provoquèrent une crise politique au sein de la Junte provisoire du Rio de La Plata.
Une des premières mesures que prit cette assemblée fut de décréter la fondation d’une Gazette (:). Com-
(#) Les rédacteurs de la Gaceta furent le D' Moreno, son
mentant ce décret, son secrétaire disait : « Le peuple a le droit de connaître la conduite de ses représentants, et l’honneur de ceux-ci est intéressé à ce que tout le monde sache l’exécration avec laquelle ils considèrent les réserves et les mystères inventés par le pouvoir pour cacher ses jouissances » (:).
La fondation de l’École de mathématiques est décrétés le 19 août 1810, et en même temps il est ordonné que « tous les officiers et cadets de la garnison doivent suivre ses cours ». C’est le noyau d’une future armée, et à sa tête on place le lieutenant-colonel Don Felipe Sentenech, dont la Junte accepte le programme. « Notre armée, dit son secrétaire, après avoir épouvanté l’ennemi par sa valeur, doit gagner les peuples par l’irrésistible attraction de son instruction, de sa modération et des vertus nationales dont elle doit être ornée ».(?). .
La Junte qui, au dire de Moreno, « se voit dans la nécessité de tout créer, ordohne, le 19 août, la fondation d’une Bibliothèque publique. Par bonheur, dit
fondateur, jusqu’en décembre 1810 ; de décembre jusqu’à mars 1811,le Doyen Funes ; de mars à octobre de la même année, le D' Pedro José Agrelo. À partir de cette date, elle était rédigée les mercredis par le Dr Vicente Pazos Silva, et les vendredis, par le D* Bernardo Monteagudo. Elle eut aussi comme rédacteurs, par périodes successives, Nicolas Herrera, Gregorio Funes, Fr. Camilo Enriquez, le DT Julian Alvarez et D. Bernardo Velez.
Son dernier rédacteur fut le D' Manuel Antonio Castro, du 27 septembre 1820 au 12 septembre 1821. À ce moment elle cessa de paraître et fut remplacée par le Registro Oficial. Voir la Efemeridografia, par A. Ziny.
(?) Marrano Moreno, Doctrina democrdtica, p. 111.
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son secrétaire, nous avons assez de livres pour donner naissance à une œuvre qui croîtra en proportion des développements successifs de ce peuple » (:).
Mais, pour le génial secrétaire, il ne suffisait pas qu’un nombre plus ou moins grand d’ouvrages fussent catalogués dans un édifice public : il était nécessaire de faire parvenir jusqu’au peuple la connais- . sance des idées nouvelles, de le tirer de l’apathie que produit l’ignorance et de lui faire savoir quels sont les droits dont l’exercice rend un peuple libre et heureux.
« Pour que mes désirs soient accomplis dans toute leur amplitude, disait-il, je n’ai pas trouvé d’autre moyen satisfaisant que de réimprimer ces livres de politique que l’on a toujours considérés comme le catéchisme des peuples libres et qui, à cause de leur rareté dans ces pays, sont dignes de la même considération que les pensées nouvelles et originales » (?).
« Parmi les diverses œuvres qui doivent former le précieux présent que j’offre à mes concitoyens, J'ai donné la première place au Contrat social, écrit par le citoyen de Genève Don Juan Jacobo Rousseau. Cet homme immortel, qui fit l'admiration de son siècle et sera l’étonnement de tous les âges, fut peut-être le premier qui, dissipant complétement les ténèbres dont le despotisme enveloppait ses usurpations, mit en pleine lumière les droits des peuples, et en leur enseignant quelle était la véritable origine de leurs obligations, démontra celles que, corrélativement,
(:) Marrano Moreno, Doctrina democrätica, p. 180. (2) Doctrina democrätica, p. 290.
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contractaient les dépositaires du gouvernement.
« Les tyrans avaient cherché à prévenir adroitement ce coup en attribuant une origine divine à leur autorité ; mais l’impétueuse éloquence de Rousseau, la halte de ses discours, le naturel de ses démonstrations dissipèrent ces illusions ; et les peuples apprirent à chercher dans le pacte social la racine et l’origine de l’obéissance, en attendant que soient produits les diplômes attestant que le ciel destinait les tyrans à régner sur leurs semblables ; mais ces diplômes n’ont pas été montrés jusqu’à présent, et 1l n’est. pas possible de les confondre avec les moyens qui fréquemment conduisent au trône et au gouvernement » (:).
La Révolution argentine avait trouvé son oracle. Le langage du secrétaire de la Junte est le langage du verbe révolutionnaire, et tout ce qu'il dit et écrit traduit fidèlement ce que pense et désire la colonie émancipée.
Contre le despotisme espagnol qui assujettissait la raison à une censure inquisitoriale, Moreno s’élevait courageusement et disait : « Serait-il possible qu’il faille bannir de l’univers un bienfait qui ferait ses plus grandes délices si on l’encourageait et si on savait le protéger? Pourquoi ne serait-il pas permis à l’homme de combattre les préoccupations populaires qui ont tant d'influence non seulement sur la tranquillité mais aussi sur la fidélité de son existence misérable ? ‘
(:) Doctrina democrätica, p. 290.
L'ASATIUNIT EVP'OILT IT I QUE 187
€ Pourquoi doit-on mettre un bâillon au héros qui tente de les combattre et mettre la pensée en formidable interdit, l’enchaînant d’une telle manière que l’on peut comparer son sort au sort malheureux que traîné l’esclave entre les chaînes qui l’oppriment ?
« Détrompons-nous enfin, car les peuples seront . plongés dans l’abrutissement le plus honteux, si l’on n’accorde pas une franchise absolue et la Dbene pour traiter tout sujet qui ne soit opposé en aucune manière aux saintes vérités de notre auguste religion et aux déterminations du gouvernement, toujours digne de notre plus grand respect » (1).
Pour la première fois la liberté de la presse rencontrait un champion dans les États espagnols du Rio de La Plata. L'avocat qui la défend y met deux restrictions qui, à son avis, n’affectent pas l’essence de cette liberté. La première, qui est d’ordre religieux, traduit avant tout un but politique, et la seconde la nécessité de mettre à l'abri des coups politiques le progrès, chaque jour plus grand, de cette même liberté.
Dans l’Acte du 25 mai, on avait stipulé la réunion d’un Congrès dans lequel les représentants de toutes les provinces décideraient « la forme de gouvernement qui paraîtrait la plus opportune ».
Alors que les circulaires pour cette convocation avaient déjà été envoyées et que les Cabildos avaient commencé, chacun de son côté, à élire leurs représentants, Moreno se décida à éclairer l’opiniop publique sur un événement si important, et rédigea, dans
() Doctrina democrätica, p. 118.
diverses pages de La Gaceta, « une étude qu’il intitula : Sur les buts du Congrès que l’on vient de convoquer et la Constitution de l'État. »
Étant donné son importance, il convient que nous nous attardions, dans l’exposé de ce document, à en faire ressortir les idées fondamentales, car nulle part plus que dans cet écrit ne brille l’idéologie philosophique de la Révolution.
Si l’on tient compte que les chaînes coloniales n'étaient pas complètement brisées, nous ne pouvons que reconnaître qu’en rédigeant ces pages, Moreno donnait des preuves, non seulement de talent, mais aussi de patriotisme et d’audace. Cela peut expliquer en outre la forme équivoque de quelques-unes de ses conceptions. Le vocabulaire de la Révolution ne pouvait encore proserire le nom de Ferdinand VII ; et de là l’apparition presque constante de ces formules purement littéraires d’obéissance et de fidélité au monarque que la Révolution maintint jusqu’à ce que l’heure opportune pour y renoncer eût sonné.
« Nos représentants vont discuter, dit-il, sur le sort de peuples qui désirent être heureux, mais qui ne pourront l’être tant qu’un code de lois sages n’aura pas établi l'honnêteté des mœurs, la sûreté des personnes, la conservation de leurs droits et les devoirs de la magistrature, les obligations du sujet et les limites de l’obéissance. »
Après avoir nié que les lois des Indes, « dictées pour des néophytes et dans lesquelles on accorde par grâce et par pitié ce que, sans offenser la nature, on ne peut refuser à aucun homme », puissent être notre