LE TRIUMVIRAT ET L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE CONSTITUANTE
SOMMAIRE : La révolution et Montevideo. — Les Cortès de Cadix. — Les événements militaires de l’Uruguay et le traité de paix avec Elio. — Mesures patriotiques du Triumvirat. — La conspiration de Alzaga. — L'assemblée électorale d’avril. — Le soulèvement du 8 octobre 1812. — La loge Lautaro. — Te Triumvirat convoque l’Assemblée générale constituante. — Déclarations et premiers. actes de l’Assemblée. — Division des pouvoirs et déclaration de la souveraineté nationale. — Lois démocratiques. — Lois ecclésiastiques. — Lois patriotiques. — Pourquoi l’Assemblée ne sanctionna pas une constitution. — La question feligieuse créée par les lois schismatiques de l’Assemblée. — Création du Directoire. — Derniers actes et déclarations de l’Assemblée. — Quelle est sa gloire. — Obstacles qui gênent son œuvre politique. — L’escadre argentine. — Fin du pouvoir espagnol à Montevideo. — La soumission d’Artigas.
ANS aucune partie de la vice-royauté, la Ré- D volution argentine ne ‘rencontra autant de résistance qu’à Montevideo.
La Junte, sachant que les difficultés à vaincre dans cette province étaient nombreuses, ne se contenta
pas de lui faire connaître au moyen d’un document officiel ce qui avait été résolu dans le Cabildo du 25 mai 1810, mais décida de lui envoyer un de ses secrétaires pour négocier son adhésion au régime que le changement politique avait inauguré dans la capitale de la vice-royauté ; mais « une série continue d'insultes, dit un document de l’époque, l’empêcha d'atteindre le but précis de sa mission. On le reçut avec des troupes rangées avant son arrivée ; on l’introduisit avec un apparat rempli de puériles précautions qui semèrent la méfiance chez les gens crédules et qui surprirent la multitude, afin que, étouffant ses propres sentiments, elle se laissât entraîner aveuglément par ceux qui dirigeaient ce mouvement » (1).
Cette attitude, ainsi que le fait d’avoir demandé «un secours de troupes portugaises et l’aide pécuniere de la Cour du Brésil » pour attaquer Buenos-Ayres, décida la Junte patriotique à l’ouverture des hostilités qui fut décrétée le 13 août 18ro.
L'âme de la résistance armée que la Révolution argentine rencontrait à Montevideo était le gouverneur de cette province, le général Elio. À tout prix, lui et ses partisans voulaient soustraire à l’influence de Buenos-Ayres, pour la maintenir sous la tutelle espagnole du despotisme, cette partie de la viceroyauté que les hommes qui avaient créé la Révolution voulaient, avec justice, voir suivre l'orientation des nouvelles destinées.
En janvier 1811, le gouverneur Elio se présenta
(#) Registro Oficral, t. I, p. 64.