LE TRIUMVIRAT/ET LA CONSTITUANTE
En sanctionnant le statut provisoire, on avait arrêté que « l’amovibilité de ceux qui gouvernent étant l'obstacle le plus puissant qu’on puisse opposer aux tentatives de l'arbitraire et des tyrannies », les membres du gouvernement —c'étaient les triumvirs — devaient être renouvelés tous les six mois, en commençant par le plus ancien dans l’ordre de nomination.
Pour procéder à cette élection, on devait convoquer une assemblée composée de la municipalité, du Cabildo, des représentants nommés par les villes et d’un certain nombre de citoyens choisis par la population de la capitale.
Le 4 avril 1812, se réunissait pour la première fois cette assemblée, qui élisait Don Martin de Pueyrredon pour remplacer un des triumvirs ; en même temps, dans sa communication à l’exécutif, elle lui faisait
savoir que c'était elle, et nul autre, qui était « l’autorité suprême des Provinces unies du Rio de La Plata » (). Te
Comme :1l était à prévoir, le Triumvirat ne prêta -pas l’oreille à ses prétentions, et résolut de la dissoudre « comme nulle, illégale et attentatoire aux droits souverains des peuples, contraire à l’autorité du gouvernement et du Statut constitutionnel juré » (*).
Le Triumvirat, complété par Pueyrredon, crut conjurée la crise qui travaillait le gouvernement et.
régiment n° 2, un sabre et un écu portant cette légende : Pour avoir
été fidèle à la patrie. I] jouissait en outre d’une pension de l'État. () Registro Oficial, t. E, p. 167.
(2) Registro Oficial, t. I, p. 162.
220 L'AUREÉVO.LUTION ARGENTINE
convoqua pour octobre une autre assemblée appelée éventuelle qui aurait pour but d’accélérer la réunion du Congrès général des Provinces unies et la sanction d’une Constitution.
Cependant, comme il interprétait plutôt ses vues politiques que les intérêts de la Révolution, — car il était réactionnaire et se basait sur la prépondérance communale de Buenos-Ayres sur les. autres provinces, — le mécontentement commença à devenir général parmi le peuple.
« Mais la Révolution, dit Mitre, était arrivée à une de ces périodes de transformation où le gouvernement n’est que la forme extérieure d’un organisme en voie de croissance, qui doit s’en dépouiller comme d’une enveloppe inerte. La Révolution, obéissant à sa loi de développement et guidée par l'instinct de la conservation, aspirait à s’inoculer les forces vives de la société qui gisaient dans l’inaction. Sans se rendre compte qu'il était une dictature sans dictateur, sans autre loi que le bon plaisir, sans autre force morale ni matérielle que celle que lui donnait une opinion locale, le gouvernement, en même temps qu’il contrariait les forces auprès desquelles il aurait dû chercher son appui, exposait le parti qu’il représentait à tomber enseveli sous ses ruines, comme on le vit bientôt (1). »
La commotion populaire que présageait cet état de choses ne tarda pas à se produire, et le 8 octotobre 1812, les forces démocratiques en action, avec
en Historia de San Martin y de la APE sud-americana, | PsT70: 5
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le concours militaire des grenadiers de San Martin, déclarèrent caduc le premier Triumvirat et en nommèrent un second composé de Don Nicolas Rodriguez Peña, Juan José Passo et Don Antonio Alvarez Jonte.
Le triomphe de Belgrano à Tucuman avait calmé et encouragé les insurgés. Ce n’était pas un secret pour eux que Belgrano s'était décidé à livrer cette bataille malgré les ordres du Triumwvirat qui lui ordonnait de rétrogader.
La nouvelle de cette grande victoire qui dans le Nord sauvait la Révolution étant parvenue à la capitale alors que l’Assemblée se trouvait réunie, l’insurrection en germe sut la mettre à profit et en tirer parti contre le gouvernement qui n'avait concouru en au-
cune manière à cette héroïque entreprise (:).
(:) Après la déroute de Huaqui, l’armée du Nord rétrograda jusqu’à Yatasto, sous les ordres de Pueyrredon, et Belgrano, nommé pour le remplacer, se mit à sa tête le 26 mars 1812. L'état de cette armée était déplorable. Outre que ses soldats n’atteignaient pas le nombre de mille cinq cents, la majeure partie étaient attaqués des fièvres. Tout son parc consistait en six cents fusils, deux cent cinquante baïonnettes et trente-quatre miile cartouches,
Pendant que Belgrano était occupé à la réorganiser, le général Tristan recevait l’ordre de battre l’armée patriote et de s’avancer jusqu’au Sud pour prendre contact avec les troupes espagnoles de Montevideo.
Informé de ce plan, le gouvernement avait ordonné à Belgrano
de ne pas s’exposer à une rencontre avec Tristan, car la déroute serait inévitable ; en conséquence, il lui ordonnait de rétrograder jusqu’auprès de la capitale. |
Belgrano ne tint pas compte de ces ordres et avança jusqu’à Jujuy. De là il dut battre en retraite, et le 2 septembre l’avantgarde de Tristan était aux prises avec celle de l’armée de la Révolution sur les rives du Rio de« Las Piedras », cette dernière demeurant victorieuse. En azrivant à Tucuman, l’amour de la
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D'un autre côté, un nouvel élément révolutionnaire entrait en jeu : c’était la loge Lautaro. Association patriotique, de forme maçonnique, fondée à Londres par le général Franciso Miranda pour fomenter et protéger la Révolution sud-américaine, elle avait été introduite par San Martin et Alvear dans les Provinces unies du Rio de La Plata.
« Cette loge, écrit le général Mitre, fut une machine de révolution et de guerre indigène contre l’ennemi commun, en même temps que de défense contre les ennemis de l’intérieur. En ce sens, elle contribua efficacement à donner un ton et une direction fixe à la Révolution en centralisant et'dirigeant les forces gouvernementales, en donnant de l’unité et de la régularité aux évolutions politiques qu’elle fit naître et auxquelles elle présida ; elle donna aussi une vigoureuse impulsion aux opérations militaires assujetties à un plan préconçu, en imprimant une plus grande énergie dans les conflits, pour suppléer dans beaucoup de cas au manque d'hommes et corriger jusqu’à un certain point les égarements d’une opinion fluctuante, en
patrie exprimé par le vœu des peuples qui le suppliaient de résister, le décidèrent à une désobéissance formelle à ce qu'avait disposé le gouvernement, et s’arrêtant de pied ferme aux alentours de la ville de Tucuman, le 24 septembre 1812 il présenta la bataille à l’armée espagnole. L’ennemi, qui fut complètement vaincu, laissa sur le champ du combat quatre cent cinquante morts, six cents prisonniers, sept canons, quatre drapeaux et un nombre considérable de fusils. Après ce triomphe, l’armée patriote poursuivit l’ennemi jusqu’à Salta, où elle le vainquit de nouveau le 20 fé- . virer 1813. Dans cette seconde bataille, Belgrano prit à Tristan deux mille prisonniers, deux généraux, sept commandants, cent dix-sept officiers et trois drapeaux. Les triomphes de Belgrano: dans le Nord sauvèrent la Révolution d’un désastre militaire.