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Provinces Unies du Rio de La Plata ayant assumé de nouveau leurs primitives facultés ordinaires, devaient en user pleinement dans leurs diocèses respectifs tant que ne seraient pas rétablies les relations avec le Saint-Siège apostolique » (:).
Par ces déclarations, le nonce apostolique résidant en Espagne était empêché d’exercer un acte quelconque de juridiction dans l’État argentin.
Comme corollaire de ces lois, il fut créé par une autre loi du 28 juin un Commissariat général de réguliers. Ce commissariat devait recevoir la plénitude de son autorité des évêques ou des proviseurs si le siège était vacant. Le commissaire pouvait être un membre du clergé séculier ou régulier, et sous sa présidence on procéderait à l’élection des vicaires provinciaux.
L’Assemblée donna aussi à l'Exécutif la faculté de nommer un vicaire-général militaire et un commissaire des croisades. Ces lois furent suivies d’une série de décrets ou de mesures qui mettent en évidence l'esprit de l’Assemblée. Le 1° mai elle autorise les proviseurs à dispenser, lors de la vacance d’un siège, des interstices (*) pour recevoir les ordres sacrés. Le 19 du même mois elle ordonne « que les réguliers des deux sexes ne pourront professer sur le territoire des Provinces Unies avant d’avoir trente ans accomplis», et le 12 juin, « que les ecclésiastiques espagnols qui
1) Redactor de la Asamblea, p. 42.
2) Interstices : intervalle de temps entre la réception de deux
ordres sacrés. Cet intervalle est ordinairement de trois mois,
n'auront pas été jugés dignes d’obtenir le droit de cité seront privés des emplois ou bénéfices qu'ils possèdent » (:).
Dans la séance du 14 août fut présenté un projet intéressant la santé publique, formulé par le Proto- Medicato. Il avait pour objet de réglementer le baptême en dépouillant l’eau servant à baptiser les nouveau-nés de sa froideur naturelle, et en retardant la cérémonie jusqu’au huitième ou neuvième jour de la naissance. |
Après discussion, l’Assemblée décida qu'on ne baptiserait plus qu'avec de l’eau tiède. Par cette sage mesure elle voulait préserver de la mort la «multitude d'enfants qui périssaient aussitôt nés du mal appelé vulgairement #1al des sept jours, qui débutait par un spasme produit par l’eau froide avec laquelle ils étaient baptisés » (°).
Dans la séance du 31 août, on décida d’appeler l'attention des autorités civiles et ecclésiastiques sur l'utilité qu'il y avait, dans les dispenses de mariage, à tenir compte de « la nécessité d’accroissement de la population dans laquelle se trouvait l’Amérique » (°).
Finalement, l’Assemblée réglementa les revenus de l'évêché de Buenos-Ayres, y compris ceux des membres du chapitre et des curés dépendants du dio- . cèse ; elle sécularisa les ‘biens des Hospitaliers, communauté religieuse qui se consacrait au soin des
(:) Redactor de la Asamblea, p. 40.
(?) Redactor de la Asamblea, p. 56.
(5) Redactor de la Asamblea, p. 83.
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malades (:), et supprima le serment dans les actes contentieux, aussi bien civils que criminels, et même dans les contrats.
Le citoyen Valle fut l’auteur de cette loi: « Exiger de l’accusé la vérité sous la foi du serment, disait-il, c'est le mettre dans la dure alternative d’invoquer le saint nom de Dieu pour autoriser le mensonge, ou de placer lui-même entre les mains du bourreau la durée de son existence, violant ainsi cet axiome de droit naturel qui dit: Nemo tenetur se ipsum prodere » (°). | |
Le député Monteagudo compléta cette motion en y ajoutant que « seule l’obéissance à la loi et aux autorités constituées par elle devrait être sanctionnée par serment » (*). « Le serment ne sera plus un lien d’iniquité, et on n'invoquera le nom du Tout-puissant que pour assurer le salut du peuple et l’autorité de la loi (‘). »
Peu de temps après la réunion de l’Assemblée, on apprit que l’armée espagnole commandée par Tristan avait été vaincue par celle de Belgrano au lieu appelé
( Dans son exposé, le député Vieytes dit : « Que les maisons hospitalières, vu le total de leurs revenus, pourraient être servies avec surabondance. Que pour son malheur il avait été quelquefois ‘spectateur des misères que supportent ces tristes victimes, condamnées à trouver toujours la mort là où on devrait leur rendre toujours la vie, et que l’on frémirait si l’on calculait les. maux qu’avaient causés à l’humanité l’incurie et l’avarice de certains des réguliers qui étaient chargés de ces établissements. » (Redactor de la Asamblea, p. 47.)
(2?) Redactor de la Asamblea, p. 56.
(3) Redactor de la Asamblea, p. 56.
(:) Redactor de la Asamblea, p. 56.
des Castañares, près de la ville de Salta, le 20 février 1813.
Pour perpétuer cette victoire, l’Assemblée résolut, dans sa séance du 6 mai, d’ériger un monument sur le lieu même de la bataille, et lorsque parvinrent à Buenos-Ayres les premiers trophées pris à l'ennemi elle lança une proclamation disant : « Aujourd’hui nos représentants ont enfin vu humilié le simulacre devant lequel a tant de fois gémi la liberté de la patrie (:).»
Par une loi du 5 mai, on décida de créer les fêtes de mai. Le 25 de ce mois, sur tout le territoire des Provinces argentines, serait solennisé comme le jour de la liberté (°).
Quelques mois plus tard, le 4 août, on résolut d’ouvrir un registre civique où on inscrirait les noms des citoyens morts « pour l’amour de la liberté de la patrie » (°).
Conséquente avec l'esprit d’émancipation qui l’animait, l’Assemblée, le 13 avril 1813, décréta la frappe d’une nouvelle monnaie. Cette monnaie serait d’argent et d’or, elle serait frappée à Potosi, et selon le décret, « elle porterait d’un côté le sceau de l’Assemblée générale, en supprimant le soleil qui est en tête, et une inscription tout autour portant les mots : Provincias del Rio de La Plata. Au revers, un soleil occupant tout le centre, et tout autour l'inscription suivante : En union y libertad » (*).
(:) Redactor de la Asamblea, p. 14.
(?) Redactor de la-Asamblea, p. 30.
(°) Redactor de la Asamblea, p. 56.
(+) Registro Oficial, t. 1, p. 210.
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Le 27 du même mois, il avait été arrêté par le Pouvoir Exécutif que dans tous les lieux publics les armes du roi seraient remplacées par celles de l’Assemblée (1).
Le patriotisme de l’Assemblée donna sa note culmimante en décrétant, le 11 mai, comme Marche patriotique, l'hymne composée par le citoyen Don Vicente Lôpez y Planes.
Dans les strophes du poète on évoque, avec un enthousiasme épique, les triomphes de la Révolution. La patrie y apparaît couronnée de lauriers, avec le lion à ses pieds, et faisant résonner d’un pôle à l’autre le clairon de ses victoires. Les hommes libres du monde se dressent et font parvenir jusqu’à nous ce cri : « Au grand peuple argentin, salut! »
Le labeur législatif de l’Assemblée dura toute la première année. Pendant cette période, de janvier 1813. à janvier 1814,sa préoccupation fut de créer une législation nationale, émancipant le pays de l’empire du Code indien et établissant le nouvel ordre de choses sur une organisation démocratique. S'il est certain que par ces lois on n’organisait pas la nation constitutionnellement, il est du moins évident que l’on faisait éclater sa souveraineté (*).
(?) Registro Oficial, t. I, p. 210.
(2) Par décret du 18 novembre 1812, le Triumvirat nomma une Commission, composée ainsi : D' Luis Chorroarrin, Pedro José Agrelo, Nicolas Herrera, Valentin Gomez, Pedro Somellera, Manuel José Garcia et Hipélito Vieytes, qui prépara une constitution unitaire qui resta à l’état de projet. ;
Un écrivain argentin, étudiant ce projet, dit : « Selon
- « cette constitution, les Provinces Unies du Rio de La Plata for- « maient une république libre et indépendante ». On anticipait ainsi sur la déclaration de l’indépendance et sur la solution du pro-
Une constitution ne pouvait être que le résultat logique d’un progrès politique appuyé sur l’harmonie de tous les éléments sociaux, et la Révolution argentine ne pouvait faire ce pas au moment où précisément le facteur anarchique entrait en jeu grâce à la décomposition coloniale.
Le fait de donner une constitution au pays impli- ‘ quait celui de sanctionner une forme de gouvernement. Une semblable manière d’agir était-elle possible, alors que commençaient à se faire sentir de forts symptômes de méfiance de la part des provinces envers la capitale, et, qu’au nom d’un pâle fédéralisme, on voyait surgir des chefs de parti qui menaçaient de retarder le progrès de la Révolution ?
En ce qui touche à la religion, les lois promulguées par l’Assemblée sont franchement schismatiques.
Les constituants argentins, comme. les constituants français, ne haïssent pas la religion, mais ils veulent, pour la sauvegarde de la souveraineté démocratique, subordonner l’Église à l’État.
En agissant ainsi, ils ne faisaient que suivre l’exemple politique de la mère patrie. Le pouvoir espagnol n’avait-il pas toujours été le pouvoir tutélaire du catholicisme? La Révolution, qui avait eu assez de courage pour dépouiller les roïs de la couronne
blème relatif à notre forme de gouvernement, alors qu’on discutait encore s’il l’on devait maintenir la souveraineté de la couronne d’Espagne ou ériger un nouveau trône dans les Provinces Unies du Sud. » (CarLos M. URïEN, Soberana Asamblea general Constituyenie de 1813, p. 111.)