‹ La Révolution ArgentineChapitre 41 sur 62 · PPRANIER TRATEV TR ANT PP ET OT AT CIO NS CI T QU A NÎTE · texte numérisé non relu

PPRANIER TRATEV TR ANT PP ET OT AT CIO NS CI T QU A NÎTE

divine, n’en avait pas assez pour se laïciser absolument en tout ce qui touchait la religion.

Les raisons qui obligèrent les constituants argentins à être modérés en cette matière ne nous échappent pas. La masse populaire vivait sous la pression de toutes les habitudes coloniales, et si la Révolution s'était montrée irréligieuse, la multitude ne l’aurait pas secondée dans ses desseins.

D'un autre côté, pour se tirer d’embarras, le Droit indien lui fournissait un moyen. En recourant au Patronage, ne franchissait-on pas le Rubicon? Au lieu de l’appeler Patronage royal, comme l’appelait la couronne, on l’appellera national, et la difficulté, . au moins en apparence, sera tranchée. Je dis en apparence, parce que si la Révolution, en s’appropriant une prérogative qui avait appartenu exclusivement à la couronne, évitait le conflit religieux devant le peuple, elle l’aggravait devant Rome, siège de l’enseignement du catholicisme. Celle-ci ne reconnut jamais à la Révolution argentine un droit à cette prérogative, et le conflit doctrinal créé par l'attitude de la Junte d’abord et sous une forme solennelle plus tard par l’Assemblée générale constituante, subsiste toujours. Le conflit qui existe entre le Syllabus et la Table des Droits de l’homme est le même que celui qui existe entre les lois édictées par les constituants argentins et les canons de l’Église.

Pour conjurer ces dangers et donner plus d’unité à la force directrice du gouvernement, l’année de son installation, l’Assemblée décréta la création d’un

Directoire.

Don Gervasio Posadas, qui était membre du Triumvirat supprimé, fut désigné pour ce poste, et le 31 janvier 1814, il prit possession du pouvoir concurremment avec le Conseil d’État qui, pour l’assister dans les graves questions d’État, fut créé par une disposition de l’Assemblée.

Le Directoire commença par promulguer une loi d’amnistie, et d’accord avec le règlement de l’Assemblée et le vote des représentants, il déclara ses sessions prorogées. Après avoir tenu trois séances dans le mois d’août et y avoir décrété que le Directeur était « autorisé à octroyer des écus, des médailles et des marques distinctives d'honneur pour services rendus dans la milice » (1), à entamer des négociations avec la Cour d’Espagne et à déclarer le général Alvear, vainqueur de Montevideo, bien méritant de la patrie a un degré héroïque, elle ne se réunit de nouveau que le 5 janvier 1815. Dans cette réunion l’Assemblée prit un décret pour témoigner publiquement la confiance dont s'était rendu digne le Directeur suprême par la manière dont il gérait les intérêts de la patrie, et rédigea un manifeste par lequel elle faisait connaître « que dans le but de manifester au monde que nos prétentions ne se fondaient pas sur des idées abstraites mais sur des principes pratiques de modération et de justice, elle avait suggéré au gouvernement le sage dessein d'envoyer dans la Péninsule, des députés, qui, placés sous la sauvegarde de la Grande-Bretagne, exposeraient à Sa Majesté Catholique l’état de ces

(:) Redactor de la Asamblea, p. 86.

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provinces, la nécessité d’entendre leurs réclamations et l’intérêt réciproque qu’il y avait à les satisfaire ».

Comme le 7 décembre 1815 il s'était produit un soulèvement dans l’armée du Nord que commandait le général Rondeau, mouvement provoqué par la discorde civile, les députés terminaient leur manifeste en disant : « Concentrez votre affection sur le bien commun et rappelez-vous que les impostures, la séduction et la tromperie sont les armes avec lesquelles vous attaquent en secret ceux qui n’osent pas Diners en public contre nos espérances. »

Dans la séance du 9 janvier, Posadas présentait sa démission de Directeur, et l’Assemblée choisissait pour le remplacer le brigadier général Don Carlos Maria de Alvear.

Sept jours plus tard les représentants se réunirent de nouveau et rédigèrent un autre manifeste. Celui-ci avait pour objet d’éclairer le pays sur sa situation politique et de le préparer aux « grands et extraordinaires sacrifices que demandait la guerre » (:).

Dans la séance du 26 janvier, on discuta les termes du manifeste qui, signé par tous les représentants, fut porté à la connaissance du pays. « Si, en dépit de nos intentions pacifiques, y disait-on au nom des représentants argentins, les troupes de la Péninsule envahissaient le territoire uni, le droit naturel qui nous autorise à le défendre nous obligerait aussi à sacrifier pour cela tout ce qui n’est pas indispensable à notre existence. Plutôt que de voir succomber la

(:) Redactor de la Asamblea, p. 96.

terre où nous sommes nés, il faut résister avec un cœur de bronze aux fatigues, aux privations et aux dangers (:). »

L'Assemblée générale constituante clôtura ses sessions par ce document, après avoir proclamé la souveraineté de la nation et élaboré des lois en faveur de Ia liberté.

« Sa plus grande gloire lui vient, dit un historien, du tact patient et habile avec lequel elle porta la réforme jusqu'aux entrailles du colonialisme en matière sociale (?). » |

Si tous les desseins qu’elle nourrissait lorsque, souveraine, elle ouvrait ses séances, le 11 janvier 1813,ne purent pas se réaliser, il faut reconnaître qu’elle fit au moins tous ses efforts pour rendre effective la doctrine démocratique de la Révolution de mai. Elle vécut deux ans, avec l’intention de donner une constitution au pays, et elle se sépara sans lavoir fait. Fut-ce de sa faute ? Si on examine les faits impartialement, on ne peut pas l’en inculper. Les démocraties sont complexes, surtout lorsque, sans éducation politique, elles se désorganisent au choc des instincts locaux.

Les constituants argentins de 1813 virent cela de près, et comme il n’était pas possible de vaincre d’un seul coup l’ancien dominateur et de se retourner aussitôt pour imposer silence aux chefs du mouvement anarchiste de par la volonté impérative de la capitale,

(1): Redacior de la Asamblea, p. 98.

() José ManuEL EsrRaDA, Lecciones sobre la historia de la Repriblica Argentina, t. II, p. 81.

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1l fut logique, parce que fatal, d'abandonner à leurs instincts les forces inorganiques afin que de leur choc et de leur fusion sortît, lumineux, le destin d’un peuple. |

Si les désastrés subis dans le Haut-Pérou par

l'armée de Belgrano après les brillants triomphes de

Tucuman et de Salta avaient un peu attristé les espérances de l’Assemblée (:}, le moral politique de la

(:) A la suite de Ia victoire de Salta du 3 février 1813, le général Belgrano pénétra dans le Haut-Pérou qui s'était soulevé en armes contre les Espagnols. Après être entré à Potosi, il avança d’une trentaine de lieues et s’arrêta à la pampa de Vilcapugio, où, attaqué par armée espagnole que commandait le brigadier Joaquin de la Pezuela, malgré une résistance héroïque, il fut vaincu.

Cette bataille eut lieu le 12 octobre et le 14 novembre, mettant à profit l’infériorité numérique de Belgrano, le chef .espagnol l’attaqua de nouveau à Ayouma et le défit pour la seconde fois. Le reste de l’armée se retira à Jujuy et le général San Martin fut désigné pour la réorganiser. Au général San Martin, qui demanda son transfert à Mendoza pour raisons de santé, et parce que l’entreprise libératrice qu’il concevait pouvait seulement se réaliser en cherchant un point de départ au pied des Andes, succéda le général Rondeau avec le titre de brigadier. Celui-ci abandonna l’armée assiégeante de Montevideo qu’il dirigeait et vint occuper le nouveau poste qui lui était assigné par le Directoire. Le plan tracé à lParmée du Nord était d'avancer de nouveau dans le Haut-Pérou, et après avoir mis en déroute les forces royalistes, d'arriver jusqu’à Lima, centre du pouvoir politique et militaire de l'Espagne en

Amérique.

Après avoir vaincu les Espagnols, le 14 avril 1815, au Puerto de Marques, l’armée de Rondeau continua d’avancer jusqu'à la ville de Potosi. Le 28 novembre, elle fut attaquée par Pezuela sur les hauteurs appelées de Sipe-Sipe, et le désastre qu’elle y subit mit fin à la campagne militaire de la Révolution dans le Haut-Pérou. Le chemin que l’on cherchait dans le Nord pour parvenir jusqu’à Lima serait plus tard ouvert, à travers les défilés andins, par le génie de San Martin, et l’armée argentino-chilienne réaliserait les prouesses que n’avaient pu réaliser les héros de Cotagaita, de Suipacha, de Fucuman et de Salta.

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Révolution s’aggrava par suite de l’attitude de Môntevideo. De tous les peuples de la vice-royauté, après le Paraguay qui se renferma dans un localisme absolu, Montevideo fut le centre de la plus forte résistance rencontrée par la Révolution dans sa marche.

A la réaction espagnole succéda la réaction portugaise, et celle-ci conjurée par la politique du Triumvirat, on vit surgir le particularisme, personnifié par Artigas, force qui aurait évité l’anarchie et hâté le triomphe de la Révolution, si elle s'était mise au service de la pensée directrice de la capitale.

A l'invitation adressée par l’Assemblée à Montevideo d’élire ses représentants, «le chef des Orientales » répondit par un acte dictatorial. Au lieu de procéder à l'élection des députés au moyen d’un comice légal, Artigas se contenta d’appeler à sa tente de campagne dix électeurs nommés arbitrairement, et leur ordonna d’élire les députés qui devaient s’incorporer à l’Assemblée générale constituante. Ces députés, entre autres instructions, avaient le mandat d’exiger de l’Assemblée l’adoption du régime fédéral.

Les instructions impératives d’Artigas, et le vice de nullité qui accompagnait l'élection de ses représentants, obligea l’Assemblée constituante à la déclarer nulle et à refuser aux élus le droit d’incorporation qu'ils réclamaient. Ce fut seulement après que le pouvoir espagnol à Montevideo eut été vaincu, que cette province argentine put élire ses représentants ; dans la séance du 5 janvier 1815, Don Pedro Fabian Perez et Don Feliciano Cabia, prêtant le serment requis, occupaient leur place à l’Assemblée argentine.

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