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Lorsqu'Artigas fut informé du mauvais accueil qu'avaient subi ses députés, il quitta l’armée argentine qui assiégeait Montevideo.
Le Directoire le déclara hors la loi comme « traître à la patrie » et offrit une récompense de six mille piastres «à celui qui livrerait la personne de Don José Artigas, mort ou vif » (1).
Le directeur Posadas comprit que le progrès de la Révolution serait perpétuellement empêché si l’armée et la marine espagnoles n'étaient pas délogées, par une victoire complète, des rivages et des eaux de Montevideo.
Pour réaliser ce plan, il fallait pouvoir compter non seulement sur une armée puissante, mais aussi sur une marine de guerre. Après « d’indicibles efforts ». dit Posadas (*), on organisa l’escadre qui, confiée à Don Guillermo Brown, Irlandais de naissance et le futur héros argentin, commença ses opérations.
Tandis que l’escadre espagnole se composait de quatorze vaisseaux de guerre et dix vaisseaux marchands, l’escadre argentine comptait seulement quatre bateaux marchands armés en guerre, une frégate, deux brigantins et une goélette, avec un total de soixante-dix canons et de cinq cents hommes.
Une partie de l’escadre espagnole se trouvait dans le port de Montevideo, et l’autre en face de Martin Garcia. Le 11 mai, Brown se présenta devant cette île, mais il fut repoussé. Six jours après, il renouvela l’at-
(2) Memorias y Autobiografias, t. T, p. 169.
taque, s’empara des fortifications et les vaisseaux espagnols durent se réfugier dans l’'Uruguay.
Renforcée de quelques bateaux, l’escadrille patriote, vers le milieu d'avril, commença le blocus de Montevideo. Le 16 mai, un combat acharné s’engagea dans le port même, et après avoir pris à l’abordage trois vaisseaux ennemis avec quatre cent dix-sept hommes, Brown obligea les navires restants à s’échouer sur les côtes ou à chercher protection sous les canons de la place.
Alvear, qui était à la tête de l’armée argentine, resserra le siège, et le 20 juin 1814 offrit aux Espagnols une capitulation. Deux jours après, il faisait son entrée dans la ville, s’'emparant de trois cents canons, de huit mille six cents fusils, de huit drapeaux et d'autre matériel de guerre. Ce fut la fin du pouvoir de l’Espagne dans les régions du Rio de La Plata. Le général Gaspar de Vigodet commandait, en qualité de gouverneur espagnol, la place de Montevideo, et le capitaine de vaisseau Don Jacinto Romarate était à la tête de l'escadre vaincue par Brown.
Par un décret du 7 mars 1814, le Directoire forma une province avec toutes les villes de la Banda Oriental de l’Uruguay et de la partie orientale et septentrionale du Rio de La Plata (:). Après les triomphes
(*) Par décret du 10 septembre 1814, furent créées deux provinces, celle de Entre-Rios et celle de Corrientes. Un autre décret du 8 octobre créa celles de Tucuman et de Salta, qui jusqu’alors avaient formé une seule juridiction politique. Parlant des progrès effectués pendant son Directoire, Posadas nous dit : « Quelques villes reçurent un nouveau relief et un nouvel éclat, parce que j'érigeai en capitales de provinces les villes de Tucuman, Men-
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militaires que nous venons d'exposer, on nomma un gouverneur de la province, et en désignant D on Nicolas Rodriguez Peña pour remplir cette charge, le Directeur disait aux habitants de Montevideo : « Les quatre années qui se sont écoulées, souillées de sang et d’horreurs, depuis notre fatale séparation, doivent vous émouvoir et vous plonger dans une amère incertitude en ce qui concerne notre destinée. La subordination et l’obéissance feront revenir dans nos foyers la paix et l’abondance (1). »
« Mais à peine maître de l’antique boulevard espagnol, le valeureux Alvear entendit derrière lui le fracas des campagnes conduites par Otorgues, lieutenant d’Artigas, qui venait réclamer la souveraineté orientale. La guerrilla ayant été défaite à Las Piedras, dans la nuit du 25 juin, Artigas reconnut le gouvernement du Directoire. Le 23 juiliet les derniers restes du pouvoir naval de l'Espagne capitulèrent dans la
rade de Buenos-Ayres ; le 21 on ratifia la convention
par laquelle Artigas se soumettait, et le 127 août Alvear débarquait dans la capitale, acclamé comme vainqueur de Montevideo et pacificateur de l’Orient (*). »
Un décret du 17 août 1814 réhabilitait de nouveau Don José de Artigas. Cet acte du Directoire et du Conseil qui l’assistait avait pour motifs la conduite qu’il avait observée après le décret de proscription
doza, Corrientes, Montevideo et Concepcién de Entre-Rios. » (Memorias y Autobiografias, t. X, p. 173.)
da José M. EsrrapaA, Lecciones sobre la Historia de la Repiblica Argentina, t. II, p. 92.
qui le concernait et le pacte conclu entre lui et le général Don Carlos de Alvear (:). ;
La soumission du chef oriental ne devait être que momentanée.
Bientôt son mauvais exemple devait avoir des imitateurs et le littoral argentin allait se voir précipité, par les ambitions d’Artigas et d’autres chefs de parti, dans le chaos d’une guerre civile.
(*) Registro Oficial, t. I, p. 280.
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