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« de leur volonté, sous là caution et la garantie de « leurs vies, biens et renommées (1). »
La prestation de serment à l’Indépendance eut lieu dans la salle des séances du Congrès, le 21 juillet, en présence des autorités civiles et militaires de Tucumän.
(:) Le procès-verbal était signé : Francisco Narciso Laprida, député pour San Juan, président ; Mariano Boedo, député pour Salta, vice-président ; D' Antomio Säenz, député pour Buenos- Ayres ; D' José Darregueira, député pour Buenos-Ayres ; Fr. Cayetano José Rodriguez, député pour Buenos-Ayres ; Dr Pedro Medrano, député pour Buenos-Ayres ; DT Manuel Antonio Acevedo, député pour Catamarca ; Dr Don José Ignacio de Gorriti, député pour Salta ; DT José Andrés Pacheco de Melo, député pour Chichas ; D' Teodoro Sänchez de Bustamante, député pour la ville de Jujuy et son territoire ; Eduardo Perez Bulnes, député pour Cérdoba ; Tomas Godoy Cruz, député pour Mendoza ; DT Pedro Miguel Haraoz, député pour la capitale de Tucumän ; Dr Pedro Agustin Gazcén, député pour la province de Buenos-Ayres ; Pedro Francisco de Uriarte, député pour Santiago del Estero ; Pedro Leon Gallo, député pour Santiago ‘del Estero ; Pedro Ignacio Rivera, député pour Mizque ; Mariano Sanchez de Soria, député pour Charcas ; Dr José Severo Malabia; député pour Charcas ; Dr Pedro Ignacio de Castro Barros, député pour Cérdoba ; Dr José Colombres, député pour Catamarca ; DT José Ignacio Thames, député pour Tucumän ; D' Justo de Santa Maria de Oro, député pour San Juan ; José Antonio Carrera, député pour Côrdoba ; DT Juan Agustin Maza, député pour Mendoza ; Tomäs Manuel Anchorena, député pour Buenos-Ayres ; José Mariano Serrano, député pour Charcas, secrétaire ; Juan José Passo, député pour Buenos-Ayres, secrétaire.
« Dans la séance privée du 18 juillet, le député Medrano présenta une motion pour qu'après les mots de ses successeurs et de la métropole soient ajouté sur l’acte : et de toute‘autre domination étrangère. De cette manière on étoufferait la rumeur répandue par certains hommes méchants prétendant que le directeur de l’État, le général Belgrano et même quelques membres du Congrès souverain nourrissaient l’idée de livrer le pays aux Portugais. Cette motion fut adoptée.» (M1TRE, Historia de Belgrano, t. II,
En prêtant serment, tous protestent devant Dieu et devant la patrie vouloir provoquer et défendre la liberté des Provinces Unies et leur indépendance à l'égard du roi d’Espagne, de ses successeurs et de la Métropole, ainsi que de toute autre domination étrangère, promettant de tenir ce serment même au péril de leur vie, de leurs biens et de leur renommée. Dans la séance du 2 fut sanctionnée, sur la motion du député Gazcén, représentant de Buenos-Ayres, la loi suivante : « Les Provinces Unies du Sud-Amérique ayant été élevées au rang de nation, son insigne particulier sera le drapeau bleu céleste et blanc dont on 2 fait usage jusqu’à présent et dont on usera exclusivement à l'avenir dans les armées, sur les vaisseaux et les forteresses en guise d’étendard, en attendant que, la forme de gouvernement ayant été décrétée à la fin de la présente discussion, on fixe conformément à cette forme les emblèmes du drapeau national (:). »
(*) Cette disposition du Congrès fut complétée par une loi que ce même corps, siégeant à Buenos-Ayres, dicta de 25 février 1818. Par cette loi on décidait que « les deux couleurs blanc et bleu, selon la manière et la forme accoutumée jusqu’à présent, servant pour toute sorte de drapeau national, l’insigne particulier du drapeau de guerre serait un soleil peint en son milieu. » (Registro Oficial, t. II, p. 458.) :
Le Triumvirat avait déjà autorisé, le 18 février 1812, pour «les troupes de la patrie », l’usage de Ia cacarde blanche et bleu céleste.
Enhardi par ce décret, Belgrano, en inaugurant, le 20 février 1812, ‘deux batteries dans les ravines du Rosario sur le Paran4, pour la première fais et sous sa responsabilité, arbora le drapeau composé de ces deux couleurs, à la place du drapeau espagnol dont jusqu’alors l’armée patriote avait fait usage. Il renouvela cet acte le 25 mai 1812 à Jujuy, près du fleuve Pasaje qui depuis lors s’appela Juramento, à cause de la prestation de serment au nouveau drapeau qui y fut effectuée par son armée. |
Si les congressistes argentins étaient d’accord en ce qui touchait l’idée de l'émancipation, des différences de critérium politique les séparaient pour ce qui se référait à la forme de gouvernement. Sous quelle forme les Provinces Unies se constitueraient-elles ? Formeraient-elles une monarchie ou une république ? Le débat ayant été ouvert par le député Dr Acevedo, la majorité des congressistes paraissait incliner vers la monarchie constitutionnelle. Cette tendance avait l'appui du général San Martin et du général Belgrano, depuis peu arrivé d'Europe, où l’avait appelé une mission diplomatique.
Selon Belgrano, les idées qui régnaient en Europe étaient absolument monarchiques. La France même les avait adoptées, et la nation anglaise avait incité les autres à suivre son exemple. |
D'autre part, la Révolution américaine qui, au début, « avait mérité une haute opinion parmi les puissances de l’Europe »,avait décliné dans leur estime à cause du désordre et de l’anarchie qui s’y mêlaient.
Dans son idée, « la forme qui conviendrait le mieux à ces provinces serait celle d’une monarchie tempérée,
Le Triumvirat n’approuva aucun de ces deux actes de Belgrano, mais l'Assemblée générale constituante consentit à ce que l’armée fît usage du drapeau créé par le chef argentin.
Le Congrès de Tucumän le couvrit de la sanction légale.
Le 5 janvier 1817, le général San Martin, avant de passer les Andes, décida que son armée prêterait serment au drapeau adopté par le Congrès de Tucumän. Il fit précéder cette cérémonie de ces paroles : «Soldats ! Ce drapeau est le premier drapeau indépendant qui ait été béni en Amérique. Soldats ! Jurez de le soutenir en mourant pour sa défense, comme moi je le jure ! » (MirrEe, Historia de San Martin, t. I, p. 503.)
en y appelant la dynastie des Incas, à cause de la justice que comporterait le rétablissement de cette maïison si iniquement dépouillée du trône » (+).
« Seul le député Anchorena, dit Estrada, mit à l’abri sa conscience de républicain, parce que, se rappelant ses lectures de Montesquieu, il ne trouvait pas que le sol des Provinces Unies fût un lieu propice à l'établissement d’une monarchie ethnographique (°)».
Selon le député Castro Barros, le système monarchique constitutionnel convenait aux Provinces Unies parce que « c'était celui-là que le Seigneur avait donné au peuple d'Israël, celui que Jésus-Christ avait constitué dans l’Église, celui qui était le plus favorable à la conservation et au progrès de la religion catholique et le moins sujet aux maux qui affectent les autres ; cette base étant admise, l’ordre héréditaire était préférable à l’ordre électif, et en conséquence les Incas devaient être appelés au trône de leurs ancêtres, dont ils avaient été dépouillés par usurpation des rois d’Espagne ».
« Divers députés parmi ceux du Haut-Pérou, dit Mitre citant «El Redactor del Congreso », appuyèrent chaleureusement l’orateur, et ajoutèrent qu’on devrait dès ce moment déclarer El Cuzco capitale du royaume ; plusieurs députés, en s’opposant à cette dernière motion, réussirent à paralyser le vote (*). »
“ MITRE, Historia de Belgrano y de la Independencia Argentina, t. p- 522
Q pe sobre la Historia de la Repiblica Argentina, t. I,
© Fe de Belgrano y de la Independencia Argentina, t. I, P- 374:
Le Père Oro, député pour San Juan, protesta contre ces prétentions monarchiques et demanda l’autorisation de se retirer du Congrès si, faisant abstraction de la volonté des peuples, on adoptait la forme monarchique.
« Toute idée de gouvernement monarchique, disait ET Censor, organe du gouvernement de Buenos-Ayres, me paraît s'appliquer mal à notre cas. Quels avantages aurions-nous à rétablir un despote que nous avons déjà brisé, en faisant la guerre à nos propres pères ou frères? Les hommes ne peuvent pas supporter le gouvernement d’un de leurs compatriotes, d’un simple particulier qui occupe le siège pour peu de temps, et ils supporteraient la domination perpétuelle d’un tyran? Quels avantages apporterait à l’État une tête couronnée, quand même ce serait avec la garantie d’une constitution ? La guerre ne cesserait pas un instant, et celui qui voudrait verser des millions pour soutenir la monarchie commettrait une grande erreur. Les cendres des héros qui ont répandu leur sang pour défendre notre glorieuse indépendance se lèveraient contre nous et le triste écho de leurs reproches martyriserait éternellement nos consciences (1). »!
- Heureusement, pour le bonheur et l’honneur du Congrès même, l’idée monarchique fut mise de côté et la grande assemblée « finit, selon un illustre internationaliste, par trouver instinctivement le chemin
& (2) CarLos CALvo, Anales histéricos de la Revoluciôn de la America latina, t. II, p. 323.
” du salut, entrant pleinement dans la voie républicaine et proclamant ouvertement l'unité de régime pour tous les peuples qui composaient la nation » (:).
La diplomatie de la Révolution ne fut pas étrangère à cette idée monarchique. Les agents que le gouvernement argentin avait envoyés en Europe pour influencer en leur faveur les cours de l’Ancien Monde se trouvèrent en face d’une coalition de tous les trônes et crurent sincèrement qu’en traitant avec quelqu’une des maisons régnantes on sauverait la Révolution. Toutes ces divagations eurent une fin, et le candide projet de Belgrano contribua vite à les discréditer. Restaurer la famille des Incas était véritablement une idée étrange. Le concours de tous les députés péruviens lui était certainement acquis ; mais elle dénaturait la démocratie argentine en soumettant sa liberté à un sceptre exotique. Cette parenthèse ouverte par les velléités de Belgrano et par le songe des députés du Haut-Pérou fut qualifiée, et avec justice, par le général Mitre, de mythologie de la Révolution (°).
() Our. cité, t. TI, p. 323.
(?) « Les Américains de l’époque, dit un écrivain, en haïne de . l'Espagne et des Espagnols, se considéraient comme les descendants des races indigènes, sans se souvenir du sang espagnol qui coulait dans leurs veines ; et dans leurs proclamations, dans des hymnes patriotiques, ils invoquaient avec enthousiasme les mânes de Manco Capac, de Montézuma et de Atahualpa comme étant les pêres et les protecteurs de la race américaine. Les Incas constituaient à cette époque la mythologie de la Révolution, et même les républicains croyaient en elle comme en une véritable religion. » (CarLos CaLvo, Anales histéricos de la Revoluciôn de la América latina, t. I, p. 302.)
Pour ce qui est de San Martin, républicain par principe et par inclination, — il se définit ainsi lui-même dansunelettre au député de Mendoza Godoy Cruz (1}— il était cependant un partisan décidé du système monarchique. Il croyait, comme Belgrano, qu’avec une monarchie il serait plus facile de consolider l’ordre, de fonder l'indépendance et d’assurer la liberté ; et que la monarchie pourrait nous ouvrir la voie vers des alliances puissantes et neutraliser en même temps l’antagonisme du Brésil. C’était chez lui une conviction « que les colonies hispano-américaines étaient dépourvues des éléments les plus nécessaires pour fonder avec quelque chance de succès le système démocratique adopté par nos frères du Nord » (*).
La passion même de la liberté et de l’indépendance poussait ces deux éminents personnages argentins et le grand parti politique et social qui les suivait à vouloir consolider la cause démocratique sous la forme de gouvernement qui, pendant trois siècles, avait servi au despotisme pour subjuguer l’Amérique (°).
Le 17 août 1810, le Congrès lança un mani-
(2) CarLos CALVO, ouvr. cité, t. II, p. 303.
(7) CarLos CaLvo, ouvr. cité, t. II, p. 304.
(5) Parmi les personnages importants de la Révolution qui marchaient d’accord avec San Martin et Belgrano, on cite Alvear, Zapiola, Anchoris, Pueyrredon, Castro Barros et Rivadavia ; « tout ce qu'il y avait de plus éclairé et de plus intelligent dans la société de Buenos-Ayres, dit Calvo se référant à un toast porté par San Martin à' la fin de 1812, dans la maison de Don José Antomio Escalada, — qui fut depuis son beau-père, — accueillit avec une vive
mpathie le projet de monarchie constitutionnelle proposé par : San Martin. tue de la Revoluciôn de la América latina, t, II,
feste invitant les peuples argentins à l’union et à l’ordre.
« Ceux qui provoqueraient ou encourageraient l'insurrection contre cette autorité — le Congrès — ou les autres autorités constituées ou qui pourraient se constituer dans les villes, ceux qui d’égale manière provoqueraient la discorde des peuples entre eux ou y prendraient part, ceux qui y aideraient ou prêteraient leur coopération ou appui, seront réputés ennemis de l’État, perturbateurs de l’ordre et de la tranquillité publique et châtiés avec la plus grande rigueur jusqu’à encourir la peine de mort ou d’expatriation, selon la gravité de leur crime et la part d'action ou d’influence qu’ils y auront prise. »
Les congressistes regardaient comme un crime de lèse-patrie le fait de semer l’anarchie au moment où les ennemis extérieurs multipliaient leurs efforts pour étouffer la Révolution. « Notre situation, disaient-ils, est difficile et périlleuse. Deux armées ennemies et victorieuses nous menacent et nous pressent sur deux points ; nos forces, sur l’un de ces points, sont insuffisantes, et sur l’autre, elles sont nulles et sur le point de se dissoudre. Sans protection ni recours étrangers, nous ne devons compter que sur nous-mêmes (1). »
(:) Manifiesto del Congreso a los pueblos, Buenos-Ayres, 1816.
L'année 1816 et celle de 1817 furent des années d’épreuve pour la Révolution Argentine. Pezuela ayant été nommé vice-roi du Pérou, le général La Serna lui succéda dans le commandement de son armée. Celui-ci était un général renommé, qui s'était distingué dans les guerres de la Péninsule ; il commandait à des bataillons espagnols qui avaient combattu sous les ordres de Castaños, du marquis de la Romana, de Blacke, de Berresford et de Wellington. L'armée royaliste formait un total de quatre mille cinq cents
Le général Don Martin de Pueyrredon, nouveau Directeur désigné par le Congrès de Tucuman, arriva à Buenos-Ayres le 29 juillet 1816.
Une des premières mesures qu’il prit fut de faire procéder à la prestation de serment à l'Indépendance, et par un édit il fixa pour cette cérémonie la journée du 31 août 1816. La discussion sur la forme de gouvernement étant terminée, le Congrès désigna sainte Rose de Lima comme patronne de l'Indépendance d'Amérique, et le 26 août du même mois il décida de nommer auprès des États-Unis un envoyé qui négocierait la reconnaissance de l’Indépendance et « s’ef-
hommes, et celle de Belgrano, qui avait succédé à Rondeau à la tête de l’armée du Nord, campée dans le Tucumän, en comptait à peine trois mille. Entre ces deux forces se trouvait le chef de partisans Güemes, qui, maître de Salta, par le prestige de son courage entraînait avec lui toute la cavalerie gaucha.
La Serna choisit pour effectuer son invasion le ravin de Humahuaca, et après avoir vaincu la sérieuse résistance qu’offraient à son passage les soldats de Güemes, il s’empara d’abord de Jujuy et ensuite de Salta. « Lorsque ces faits se produisirent, dit Mitre, il vint aux oreilles de La Serna que La Madrid avait pénétré dans le Haut-Pérou pour soulever le pays sur ses derrières et que San Martin, après avoir escaladé les Andes, avait triomphé à Chacabuco et était maître du Chili. »
En présence de ces circonstances, la retraite lui était imposée, et dans les journées des 10, 11 et 12 avril les colonnes espagnoles, harcelées dans leurs arrière-gardes par la cavalerie patriote, aban-
+ donnaient Salta.
À l'évacuation de cette dernière ville succéda, en mars, celle de Jujuy. L’armée de La Serna, discrédité et vaincu, revenait, après six mois de marches infructueuses à travers les montagnes du Haut-Pérou, se réfugier à son point de départ.
Ce désastre militaire subi par l’armée espagnole la plus brave et la plus disciplinée d'Amérique, eut pour conséquence immédiate de sauver la Révolution argentine de la menace qui lui venait du Nord et de mettre en jeu l’élément gaucho, type parfait de la bravoure et de l’esprit individualiste de la Révolution.
forcerait d'obtenir tous les avantages possibles en faveur du pays » (*). Dans la même séance, il arrêta « que les chargés d’affaires résidant à la Cour du Brésil et à Londres emploieraient les moyens qu'ils jugeraient à propos pour obtenir les avantages mentionnés des autres puissances de l’Europe, parmi lesquelles la Russie et la Suède devraient de préférence appeler leur attention ».
« Ces deux puissances, disaient les congressistes, n’ayant pas d'établissements en Amérique, et l’extension du commerce étant une matière de première importance, se prêteront avec moins de difficultés à nous rendre justice (?). »
La déclaration de l’Indépendance rendit évident, sans aucun doute, le but final de la Révolution, mais ne fit pas disparaître l'esprit anarchique de quelquesunes des Provinces, et encore moins le désir de vengeance qui était la caractéristique de ses ennemis extérieurs.
Les forces militaires du Directoire avaient dû être employées à étouffer les insurrections soulevées successivement par des chefs ambitieux dans les provinces de Santa Fé, de Cordoba et de Santiago del Estero. Ces résistances brisées, le gouvernement restait en face du grave problème de vaincre les Portugais qui étaient entrés en envahisseurs dans la Banda Oriental, et les Espagnols qui, enhardis par leur victoire de Sipe-Sipe, s’avançaient par le Nord d’un
() Registro Oficial, t. I, p. 380.
(2) Registro Oficial, t. I, p. 387.
pas triomphal. Dans ces circonstances, la translation du Congrès était un problème capital ; cette translation étant décidée, Buenos-Ayres, de préférence à une autre ville, était tout indiquée comme le futur siège des congressistes. Cette opinion, qui était celle de la majorité, rencontra quelques résistances chez les députés des provinces du Nord ; ces résistances ayant été brisées, le Congrès fixa son changement de résidence au 17 février 1817, mais en lançant auparavant un manifeste pour en exposer les raisons.
« L’éloignement de Buenos-Ayres où réside le Suprême Pouvoir exécutif, la situation actuelle peu favorable des villes intermédiaires nous réduisent à un état d'isolement qui nous empêche d’examiner de
près les périls, de prévoir les malheurs, de mettre en .
œuvre nos ressources et de changer l’ordre intérieur de l’État avec toute l’attention qui conviendrait à sa sûreté.
« L’anarchie et l’arbitraire découvrent déjà sur
notre sol leurs visées déstructrices. L'expédition portugaise s’approche de Maldonado. La Banda Oriental
agit séparément, et en persévérant dans son isolement
se prive des avantages qu’elle pourrait retirer de son union avec les autres peuples. Santa Fé s’obstine dans ses prétentions et ses commotions intestines lui font ressentir l’absence d’une autorité centrale.
« Le Paraguay s’isole, et, réduit au cercle de son territoire, demeure simple spectateur de la destinée des provinces sœurs. »
Après avoir constaté que l’armée espagnole était :
parvenue iusqu’à Juguy, que l’armée de Mendoza ne
pouvait encore se mettre en marche à cause de « l’infernale conspiration du tyran », et que Buenos-Aÿres, enfin, « était la ville des ressources », le manifeste concluait en disant : « Nous ne changeons pas de siège quand nous ne changeons pas d'intention (:).» |
La translation du Congrès à Buenos-Ayres ne put empêcher les événements de la Banda Oriental de continuer à se développer selon la fatalité vers laquelle les poussaient l’anarchie locale, l'ambition portugaise et les directions douteuses qu'avait prises la diplomatie à la Cour de Rio de Janeiro (*). |
Pueyrredon, sachant que la pacification du pays n'était possible qu’à condition d'attirer à la cause patriote le concours d’Artigas, chercha à entrer en négociations avec lui ; mais lé chef oriental s’y refusa nettement au nom du fédéralisme. -
Sa gloire serait, selon lui, non d’obéir au Directoire
(?) Le manifeste fut signé le 2 octobre 1816. Il porte les signatures de Felipe Antonio de Iriarte, député, président ; et de José Agustin Molina, pro-secrétaire. (CALVO, Anales historicos, t. II, DAT:
(?) De toutes les nations qui prirent part au Congrès de Vienne, le Portugal fut celle qui en retira le moins de bénéfices. Dans ce congrès, on l’obligea à rendre à la France la Guyane française, à adhérer à l’abolition du trafic des esclaves et à laisser au pouvoir de l'Espagne la place d’Olivenza. Cet affront influença la Cour portugaise résidant à Rio, et profitant de cette circonstance, le prince régent éleva le Brésil au rang de royaume et de métropole provisoire de la monarchie. Irrité contre l'Espagne à cause de la rétention de la place d’Olivenza, il résolut de s'emparer de la . Banda Oriental. Son dessein était d’arriver jusqu’au Rio de La Plata et de former solidement de cette manière une grande monarchie américaine,
À ce plan d’invasion n'étaient pas étrangers deux Argentins résidant à Rio de Janeiro. L’un était le Dr Nicolas Herrera, qui
de Buenos-Ayres, mais de s'opposer à l’invasion portugaise et de la vaincre, et dans ce but il prépara des forces qui furent vaincues à India Muerta le 19 novembre 1816, et à Arroyo Catalän le 4 janvier 1817. Lorsque l’imminence du péril lui fit voir qu'avec ses seuls éléments il ne pourrait vaincre l’ennemi, il résolut de s'entendre et de traiter avec le gouvernement argentin. Selon les termes de l’accord signé à Buenos-Ayres le 8 décembre 1816 entre Pueyrredon et les délégués d’Artigas, « le territoire de la Banda
s’y était réfugié depuis la chute d’Alvear ; et l’autre le Dr Don Manuel José Garcia, agent diplomatique de notre gouvernement.
« Herrera, dit un historien, en haine du parti d’Artigas et croyant mieux servir ainsi le triomphe des idées monarchiques pour lesquelles il s’était prononcé, se livra corps et âme à la politique du Brésil, comptant être l’intermédiaire de futurs arrangements entre les Portugais et les Argentins. Garcia, convaincu qu’il n’y avait rien à espérer de l’Angleterre, avait tourné ses regards vers le gouvernement portugais, se flattant de pouvoir diriger dans le sens des intérêts de son pays des événements Qu'il ne pouvait éviter, et en prenant pour base l’indépendance et la monarchie ; il ne reculait pas devant une annexion au Portugal, à laquelle il aimait mieux avoir recours que de rester sous le joug de l’anarchie ou de se soumettre de nouveau à l'Espagne. » (MITRE, Historia de Belgrano; t. II, p. 649.) :
Selon le diplomate Garcia, les provinces argentines étaient impuissantes à se sauver toutes seules. Leur incorporation au Brésil les mettrait hors de danger. Donc, d’après lui, « par une combinaison des plus heureuses pour les Américains du Sud, les intérêts de la maison de Bragance étaient devenus homogènes avec ceux de notre continent. » — « Ces manœuvres souterraines, écrit Mitre, dont les rumeurs se faisaient sentir à la surface, ne modifiaient en rien le mouvement génial du peuple argentin, qui agissait au grand jour dans son atmosphère vitale. Elles représentaient les alarmes secrètes d’une époque historique qui faisait plier les âmes faibles sous le joug de la fatalité, cherchant leur salut en dehors des conditions de son propre organisme. » (Historia de Belgranc, t. II, p. 666.)
Oriental du Rio de La Plata devait prêter obéissance au souverain Congrès, y envoyer ses députés, jurer fidélité à l'indépendance qui avait été proclamée, reconnaître le Directoire et arborer le pavillon des Provinces Unies. De son côté, le gouvernement s’obligeait à lui fournir toutes les ressources qui lui seraient nécessaires. Malheureusement, Artigas n’accepta pas ce qui avait été convenu, et le 20 janvier 1817, le général Lecor, chef de l’armée portugaise, faisait, sous un dais, son entrée à Montevideo.
« Cet acte de soumission ne s’accomplit pas sans protestation de la part du parti patriote ; maïs les membres du Cabildo, fatigués par trois années de bouleversement et de violences, et craignant davantage Artigas que les Portugais, ne revinrent pas pour cela en arrière ; au contraire, peu de jours après, ils décidèrent, dans une séance secrète, d'envoyer près de Don Juan VIT, qui était alors rot de Portugal et du Brésil, une députation, pour demander l’incorporatio de la Province à ses domaines (:). » :
‘(9 Après cette occupation, Artigas ne discontinua pas de combattre les Portugais. Vaineu à la fin à T'acuaremb6 en 1820, il se réfugia au Paraguay où il demeura le restant de sa vie.
Le gouvernement de Buenos-Ayres dut d’autre part Faccepter comme un mal inévitable. En 1821, l'empire déclara la Banda Oriental province incorporée à la couronne et lui donna le nom de Cisplatine.
En 1822 le Brésil se sépara de la monarchie portugaise pour former un empire indépendant. La province de l’Uruguay accepta la proclamation de cet empire, le reconnut solennellement et envoya plus tard ses députés au Congrès général réuni à Rio de Janeiro. ES
Pour la délivrer du joug du Brésil, trente-trois Orientaux, ayant Lavalleja à leur tête, partirent de Buenos-Ayres le 17 avril 1825.
di da; a ENTIER