PRE D PE RS ER MR
LA
(1817). Tous les deux également féconds et décisifs, également mémorables, comme opérations de guerre, celui du libérateur colombien montrant de grands dons de génie militaire, mais sans les admirables prévisions et la correcte régularité des combinaisons stratégiques du général argentin, tous les deux représentent une victoire de l’humanité ; mais c’est à San Martin qu’appartient spécialement la gloire initiale d’avoir donné, par son passage des Andes, le premier grand signal de la guerre offensive dans la lutte pour l’émancipation sud-américaine, léguant à l’histoire militaire du nouveau et de l’ancien mondes la leçon géniale la plus complète. »
Dès que le Congrès eut déclaré l’Indépendance, son intention fut de s’adresser à toutes les nations du monde pour leur en expliquer la raison. Un manifeste
s’'imposait comme consécration de cet acte solennël, et ce document fut signé et publié à Buenos-Ayres le 25 octobre 1817.
La Révolution avait brisé les limites coloniales, les provinces argentines avaient déjà prêté serment à. l’Indépendance, et l’espoir qui pouvait rester à l’Espagne de restaurer de nouveau un pouvoir que sept ans de lutte armée avait mis dans une situation critique s’évanouissait devant le triomphe de l’Amérique.
Le moment, donc, était opportun pour que les congressistes argentins se fassent entendre, et comme nous le verrons en lisant les principales lignes du manifeste, ils le firent avec la plus haute loyauté historique et sans autre ambition que celle d’obtenir
pour leur patrie une place honorable dans le concert des nations.
Le despotisme espagnol, la patience américaine
pour supporter le joug, comme aussi les actes de cruauté que le mulitarisme mit en jeu pour étouffer la Révolution, sont analysés dans ce Manifeste en un langage vigoureux.
__« L’honneur est la vertu que les mortels placent plus haut que leur propre existence et qu'ils doivent défendre par-dessus tous les biens qu’ils connaissent dans le monde, si grands et si sublimes qu'ils soient. Les Provinces Unies du Rio de La Plata ont été accusées par le gouvernement espagnol de rébellion et de perfidie devant les autres nations, et il a dénoncé comme tel l’acte fameux d’émancipation rédigé par le Congrès national à Tucumaän le 9 juillet 1816, imputant à ce dernier des idées d’anarchie et le dessein d'introduire dans d’autres pays des principes séditieux, tout en sollicitant l’amitié de ces mêmes nations et la reconnaissance de cet acte mémorable afin de pouvoir entrer dans son rôle.
« Le premier d’entre les devoirs les plus sacrés du Congrès national est de repousser de si noires accusations et de défendre la cause de son pays en publiant les cruautés et les motifs qui donnèrent lieu à la déclaration d’indépendance.
« Dès que les Espagnols se furent emparés de ces pays, ils choisirent, pour assurer leur domination, un système consistant à exterminer, à détruire et à. dégrader. : :
« Ils mirent une barrière au peuplement du pays ;
par des lois rigoureuses, ils interdirent l’entrée des étrangers ; ils limitèrent autant que possible celle des Espagnols'mêmes, et ils la facilitèrent dans ces derniers temps aux criminels, aux forçats et aux hommes immoraux qu’il convenait de chasser de leur Péninsule.
« Il y a des centaines de lieues dépeuplées et incultes d’une ville à l’autre. Des peuples entiers ont disparu, ensevelis sous les ruines des mines, ou ayant péri par l’antimoine avec la diabolique invention des mutas. L'art d’exploiter les minéraux, envisagé avec négligence et apathie, est resté chez nous sans avoir fait les progrès accomplis par les autres arts, dans les siècles éclairés, parmi les nations cultivées ; aussi, les mines les plus opulentes, exploitées presque à la brusca, en sont arrivées à se combler, les collines s'étant affaissées sur leurs bases, ou bien l’eau ayant inondé les travaux qui restèrent abandonnés.
« L'enseignement de la science nous était interdit et on nous permettait seulement la grammaire latine, la philosophie antique, la théologie et la jurisprudence civile et canonique. Le vice-roi Don Joaquin del Pino trouva fort mal que l’on eût permis au Consulat de faire les frais d’une chaire d’art nautique à Buenos- Ayres, et en accomplissement des ordres de la Couronne,on prescrivit de fermer les Courset on défendit d'envoyer à Paris des jeunes gens dans le dessein d'en former de bons professéurs de chimie, science qu'ils auraient ensuite enseignée ici.
« Le commerce fut toujours un monopole exclusif entre les mains des commerçants de la Péninsule et des consignataires qu'ils envoyaient en Amérique.
Les emplois étaient réservés aux Espagnols, et quoique les Américains y fussent admis d’après les lois ils parvenaient rarement à en obtenir et seulement à force de rassasier la cupidité de la Cour par des sommes énormes.
€ Parmi les cent soixante vice-rois qui ont gouverné les Amériques, on compte seulement quatre Américains ; et des six cent deux capitaines-généraux et gouverneurs, à l'exception de quatorze, tous étaient espagnols. Il en était de même, proportionnellement, pour le reste des emplois importants, et à peine y avait-il quelques Américains parmi les nombreux Espagnols employés dans les bureaux.
« L'Espagne réglait ainsi toutes choses pour qu’en Amérique les naturels restent dans leur état dégradant. Il ne lui convenait pas qu'il se forme des savants : elle craignait qu’il ne se développe des génies et des talents capables de favoriser les intérêts de leur patrie et de faire progresser rapidement la civilisation, les mœurs et les excellentes dispositions dont ses fils étaient doués. Elle faisait baisser incessamment le chiffre de notre population, dans la crainte qu’un jour elle ne soit capable de faire quelque entreprise contre sa domination, soutenue par un nombre de bras très réduit alors qu'il fallait surveiller des régions si diverses et si étendues. L'Espagne faisait un commerce exclusif, parce qu’elle soupçonnait que l’opulence nous rendrait orgueilleux et capables d’aspirer à nous libérer de ses vexations. Elle s’opposait au développement de notre industrie, afin que nous manquions des moyens de sortir de la misère et de la pauvreté, et elle
nous excluait des emplois afin que toute influence dans le pays reste dans les mains des péninsulaires, qui façonneraient les inclinations et les habitudes nécessaires pour pouvoir nous tenir sous une dépendance qui ne nous laisse penser ou agir que selon les formules espagnoles. :
« Ce système était soutenu avec fermeté par les vice-rois ; chacun d’eux avait reçu la même investiture qu’un"vizir : leur pouvoir était suffisant pour annihiler tous ceux qui osaient leur déplaire ; si grandes que fussent leurs vexations, on devait les supporter avec résignation, et elles étaient comparées superstitieusement par leurs satellites et adulateurs aux effets de la colère de Dieu. Les plaintes que l’on adressait au trône, ou bien se perdaient à travers les milliers de lieues de chemin qu'elles avaient à parcourir, ou bien étaient ensevelies dans les bureaux des ministères de Madrid par les parents et protecteurs de ces proconsuls. Non seulement ce système ne s’adoucit pas, mais il n’y avait pas à espérer de le voir se modérer avec le temps. Nous autres, nous n’avions aucune influence, directe ou indirecte, sur notre législation = elle était élaborée en Espagne, sans qu’on nous concédât le droit d'envoyer des procureurs pour assister à son élaboration et exposer ce qui serait convenable, comme en avaient le droit les villes d’Espagne. Nous n'avions pas non plus d'influence dans les gouvernements, qui auraient pu beaucoup adoucir la rigueur des lois dans leur exécution. Nous savions qu'il ne nous restait qu’à avoir recours à la patience, et que pour celui qui ne se résignerait pas résolument, le
dernier supplice ne serait pas un châtiment suffisant,
Car on avait inventé pour de tels cas des tourments d'une cruauté nouvelle et inconnue jusque-là qui remplissaient d’épouvante la nature même. »
. Entrant dans le chapitre des atrocités, les congressistes s’expriment comme il suit : « La postérité sera épouvantée de la férocité avec laquelle s’acharnèrent contre nous des hommes qui avaient intérêt à conserver les Amériques.
« Ils ont adopté pour système de tuer les hommes indistinctement afin de nous diminuer ; ils ont placé parmi leurs troupes nos soldats faits prisonniers, emmené les officiers enchaînés dans des places fortes où 1l est impossible de conserver la santé pendant une année ; ils en ont laissé mourir d’autres de faim et de misère dans les prisons, et en ont obligé beaucoup à peiner aux travaux publics. Ils ont fusillé avec jactance nos parlementaires et commis les dernières horreurs sur des chefs qui s’étaient rendus et sur d’autres personnes considérables, en dépit de l’humanité avec laquelle nous, nous traitons les prisonniers ; comme preuve de ces faits on peut citer le député Matos, de Potosi, le capitaine-général Ponmacagua, le général Angulo et son frère, le commandant Muñecas, et d’autres chefs de partis, fusillés de sang-froid après être restés prisonniers pendant de longs jours.
« Dans le village de Valle-Grande, ils se donnèrent le plaisir de couper les oreilles aux naturels de l’endroit et d'envoyer une corbeille pleine de ces présents au quartier-général ; ils se sont dépouillés de toute moralité et décence publique, faisant fouetter sur les
places de vieux religieux et des femmes attachées à un canon, les ayant d’abord dévêtues avec une fureur scandaleuse et ayant livré leurs corps à la honte.
« Ils ont pourchassé nos navires, pillé nos côtes, fait une boucherie de leurs habitants sans défense, sans épargner les prêtres septuagénaires ; et par ordre du général Pezuela, ils brûlèrent l’église du village de Cuna et passèrent au fil de l’épée les vieillards, les femmes et les enfants, qui furent les seuls êtres qu’ils y trouvèrent.
« Ils ont excité des insurrections locales en corrompant avec de l’argent et au moyen de toute sorte d’intrigues les habitants pacifiques de la campagne, afin de nous plonger dans une effrayante anarchie ; ils ont violé honteusement et avec infamie toutes les capitulations que nous leur avons accordées, et mis en pratique une nouvelle invention d’horreur en empoisonnant les eaux et les aliments quand ils furent vaincus à La Paz par le général Pinelo.
« Telle était la conduite des Espagnols envers nous lorsque Ferdinand de Bourbon fut rétabli sur le trône. Il nous parut qu’un roi qui s’était formé dans l’adversité ne serait pas indifférent à la désolation de ses peuples, et nous envoyâmes un député pour lui faire connaître notre état. Mais il était réservé aux pays d'Amérique de connaître une nouvelle ingratitude sans exemple jusque-là.
(€ Il nous déclara mutins, ne voulut pas écouter nos plaintes, ni admettre nos suppliques, et nous offrit son pardon comme dernière grâce. Il confirma les vice-rois, gouverneurs et généraux qu'il avait trouvés
POTRMOCNONPR EIRE CONGRÈS DE TUCUMAN 277
en place au moment de cette boucherie, Il déclara crime d’État notre prétention de nous donner une constitution qui nous régisse en dehors du pouvoir divinisé, arbitraire et tyrannique sous lequel nous avions été courbés pendant trois siècles, chose qui pouvait irriter seulement un prince ennemi de la justice et de la bienfaisance, et par conséquent indigne de gouverner. »
Le fanatisme espagnol ne pouvait manquer d’être blâmé, et les congressistes argentins le font dans les termes suivants : « On nous a calomniés, disent-ils, d’une manière atroce, en nous attribuant le dessein de détruire notre religion sacrée, d’abolir toute moralité et de faire régner la licence dans les mœurs. On nous fait une guerre religieuse, jetant de mille manières le trouble et l’alarme dans les consciences, faisant rendre contre nous des décrets de censure ecclésiastique aux évêques espagnols, lancer des excommunications et semer, au moyen de quelques confesseurs ignorants, des doctrines fanatiques au tribunal de la pénitence. Par ces discordes religieuses, on a mis la division dans les familles, on a fait disparaître l'affection entre les pères et les fils, on a brisé les doux liens qui unissaient le mari à l’épouse, on,a semé des rancunes et des haines implacables entre les frères qui se chérissaient le plus, et on a essayé de mettre la discorde dans la nature entière. »
Ce Mémoire se termine par cette déclaration solennelle : «Nous avons juré au Roi et Juge suprême du monde que nous n’abandonnerons pas la cause de la justice ; que nous ne laisserons pas ensevelir sous des
décombres et submerger ‘dans le sang répandu par les mains de bourreaux, la patrie qu’il nous a donnée ; que jamais nous n’oublierons l'obligation qui nous incombe de la sauver des périls qui la menacent, et le droit sacro-saint qu’elle possède de réclamer de nous tous les sacrifices nécessaires pour qu’elle ne soit pas outragée, bafouée et foulée par les pieds immondes des usurpateurs et des tyrans (:). »
() « Manifiesto que hace a las Naciones el Congreso general Constituyente de las Provincias Unidas en Sud América sobre el tratamiento y crueldades que han sufrido de los españoles y motivado la Declaracion de su Independencia acompañado del examen y juicio critico que hizo de él en Madrid un Americano del Sud. Lima, Imprenta de Ruiz. Año 1820.» Ce manifeste porte au bas la signature du Dr Pedro Ignacio de Castro Barros comme président du Congrès, et celle du Dr José Eugenio de Elias comme secrétaire.
NA
TND
AUAVAVAUAVAUAUAUVAVUAVAUAUAUAU.