‹ La Révolution belge de 1830, racontée par les affichesChapitre 18 sur 46 · MESSIEURS · texte numérisé non relu

MESSIEURS

Arrivés à La Haye, lundi à une heure, nous avons demandé une audience à S. M. Une demi-heure s'était à peine écoulée, que déjà nous avions reçu réponse favorable. Le mardi, à midi nous nous sommes rendus au palais; S. M . nous a reçus avec bienveillance, nous a demandé nos pouvoirs et n'a pas décliné le titre en vertu duquel nous nous présentions.

Après avoir entendu la lecture de notre mission écrite; S. M. nous a dit qu'elle était charmée d'avoir pu devancer nos vœux, en convoquant les états-généraux pour le 13 septembre. Moyen légal et sûr de connaître et de satisfaire les vœux de toutes les parties du royaume, de faire droit aux doléances, et d'établir les moyens d'y satisfaire.

Après quelques considérations générales, nous sommes entrés dans l'exposé, puis dans la discussion des divers points dont votre réunion du 28 nous avait chargés verbalement de faire communication à S. M.

Discussion s'est établie sur les théories de la responsabilité ministérielle et du contre-seing. Le Roi a dit que la loi fondamentale n'avait pas consacré nos théories; qu'elles pouvaient être justes et même utiles, mais qu'elles ne pouvaient être établies que par un changement à la loi fondamentale de commun accord avec les étatsgénéraux, convoqués en nombre double. Qu'une session extraordi-

naire s'ouvrant au 13 septembre, il pourrait y avoir lieu, soit à sa demande, soit sur l'invitation de la 2" chambre, à une proposition sur ce point, comme sur tous les autres exposés par nous et jugés utiles ou avantageux au pa3's.

Sur la demande de renvoi de quelques ministres et particulièrement de M'' Van Maanen, S. M. n'a pas dit un mot en leur faveur; elle n'a ni témoigné de l'humeur ni articulé de contradiction sur les plaintes que nous lui avons énumérées longuement à leur charge. Elle a fait observer que la loi fondamentale lui donne le libre choix de ses ministres ; que du reste elle ne pouvait prendre aucune détemiination aussi long-temps qu'elle y paraitrait contrainte; qu'elle tenait trop à l'honneur de conserver sa dignité royale, pour paraître céder, comme celui à qui on demande quelque chose /e pistolet sur la gorge. Elle nous a laissé visiblement entrevoir ainsi qu'aux députés Liégeois, qu'elle pourrait prendre notre demande en considération. (Cette question est actuellement soumise à la commission organique créée par le Prince d'Orange : nous avons l'heureuse conviction qu'avant la fin de la journée, elle aura pris une résolution qui satisfera nos vœux.)

Au sujet de la Haute-Cour, S. M. a dit que ce n'était qu'après mure délibération que le lieu de son établissement avait été choisi ; que du reste elle s'occupera de cette réclamation et avisera au moyen de concilier tous les intérêts.

Sur nos demandes au sujet de l'inégale répartition des emplois, des grands établissements et administrations publics, S. M. a paru affligée; et sans contester la vérité des faits, elle a dit qu'il était bien difficile de diviser l'administration; qu'il est bien plus difficile encore de contenter tout le monde; qu'au reste elle s'occuperait de cet objet aussitôt que le bon ordre serait rétabli. Qu'il convenait, avant tout, que les Princes, ses fils, rentrassent dans Bruxelles à la tète de leurs troupes et fissent ainsi cesser l'état apparent d'obsession à laquelle elle ne pouvait céder, sans donner un exemple pernicieux pour toutes les autres villes du royaume.

Après de longues considérations sur les inconvéniens et même les désastres probables d'une entrée de vive force, par les troupes, et les avantages d'une convention et d'une proclamation pour cette entrée, en maintenant l'occupation partielle des postes de la ville

par la Garde Bourgeoise. S. M. nous a invités à voir le ministre de l'intérieur et à nous présenter aux Princes, lors de notre retour à Bruxelles. En terminant, S. M. a exprimé le désir que tout se calmât au plus vite ; et nous a dit avec une vive émotion et répété plusieurs fois combien elle avait horreur de l'effusion du sang.

Après deux heures d'audience, nous avons quitté S. M. , et nous sommes allés chez le ministre de l'intérieur, qui, devant se rendre chez le Roi, nous a donné rendez-vous à huit heures du soir.

Les mêmes discussions se sont établies sur les divers objets, soumis par nous à S. M. ; tout s'est fait avec une franchise et un abandon qui nous a donné les plus grandes espérances. M"" De Lacoste nous a prouvé qu'il a le cœur Belge et qu'il est animé des meilleures intentions.

Sur l'invitation de plusieurs membres de l'état-major de la Garde Bourgeoise, réunis hier soir et conformément aux désirs exprimés par S. M. ; MM. Joseph d'Hooghvorst et Gendebien se sont rendus chez le Prince d'Orange, ils lui ont donné communication des résultats de leur mission à La Haye et de Tétat des choses à Bruxelles, qu'ils lui ont dépeint tel qu'il est, sans rien dissimuler. Il les a assurés qu'il espérait de la réunion de la commission (laquelle a eu lieu ce matin) les résultats les plus satisfaisants et les plus propres à prouver son désir et sa résolution inébranlable de satisfaire aux vœux du pays. Il les a chargés de vous dire qu'il se constituait l'intermédiaire entre S. M. et les habitans du midi et qu'il appuierait nos demandes, de manière à obtenir le succès le plus prompt et le plus complet.

Nous avons appris positivement ce matin, que la commission réunie au palais du Prince, s'occupe avec activité de l'objet de sa mission, et que dans la journée il vous sera transmis sur plusieurs points de vos réclamations des résolutions très-satisfaisantes.

Bruxelles, le 2 septembre 1830.

(Signé) MM. Jos. D'HOOGHVORST.

Alex. GEXDEBIEX.

Le Comte FÉLIX DE MÉRODE.

Baron Frédéric DE SECUS, fils.

PaLMAERT, père.

On le voit, les réponses du roi sans être caté^oricjuement négatives, necontenaient aucune promesse formelle. Tout devait être soumis au vote des États généraux dont la session extraordinaire allait s'ouvrir le i3 septemljre. Malheureusement pour le roi Guillaume, l'opinion publique avait marché à pas de géants pendant les quelques jours que les députés avaient passés à la Haye. Il n'était plus temps de se concilier le peuple par quelques paroles bienveillantes ou de l'apaiser par quelques vagues promesses ; il fallait des réformes, non pas timides et indécises, mais complètes, radicales, telles que les Belges les demandaient.

Dans ces conditions, le rapport si impatiemment attendu fût loin de calmer les esprits et l'opinion publique s'exalta plus que jamais. Les m^embres de la commission consultative crurent devoir intervenir et prièrent le peuple de patienter encore quelque temps, confiant dans la justice de sa cause et dans la bonté du prince d'Orange.

PROCLAMATION

Habitans de Bruxelles !

Le rapport de vos Députés vous donne la certitude que vos désirs et vos vœux sont connus du Monarque ; ils ont été manifestés au Prince d'Orange, et vous avez l'espoir fondé qu'ils seront accueillis par Sa Majesté. Dans cet état de choses, pleins de confiance dans les paroles royales et dans l'appui que S. A. R. vous a promis, vous en attendrez les résultats avec tranquillité. Le maintien du calme et de l'ordre exige cependant la continuation du service dont la brave Bourgeoisie a bien voulu se charger. A cet eftét, il a paru désirable que le Garde Bourgeoise fut régularisée et prit un caractère de stabilité. Le commandant baron d'HooGHVORST est chargé de ce travail, de concert avec son Etat-Major; ce qui doit vous donner la certitude que les troupes n'entreront pas en ville.

La commission qui est chaînée non de prendre des résolutions mais de proposer des mesures utiles au pays, se fera un religieux devoir de continuer ainsi à soumettre à S. A. R., tout ce qui peut ramener le calme et la confiance.

Le Président de la Commission, Le Duc d'URSEL.

Le Secrétaire, P. J. STEVENS.

Vu et approuvé,

GUILLAUME, Prince d'Orange.

Cette proclamation ne produisit pas l'effet que l'on en attendait, les Belges perdaient patience, ils comprenaient que les hautes autorités ne s'entendaient pas entre elles et cju'ils ne pouvaient compter sur aucune promesse positive.

Dans la soirée du 2 septembre, des groupes tumultueux parcoururent la ville, la populace, prompte à s'émouvoir, cria à la trahison et ne cacha pas son hostilité envers les troupes cantonnées aux palais et mêmes envers la personne du prince d'Orange.

Le mot de séparation administrative, prononcé d'abord timidement, par quelques voix à peine, ne choquait déjà plus personne. Les députes à la 2'"*^ chambre des Etats généraux, présents à Bruxelles en ce moment, furent appelés chez le prince et lui exposèrent les désirs de leurs mandataires.

PROCLAMATION

Nos chers Compatriotes !

Xou*^ soussignés, députés aux Etats-Généraux, actuellement à Bruxelles, avons été appelés chez S. A. R. le prince d"Orange; nous avons eu l'honneur de lui exposer consciencieusement l'état des choses et des esprits.

JLO

Nous nous sommes crus autorisés à représenter au prince royal que le désir le plus ardent de la Belg^ique était la séparation complète entre les provinces méridionales et les provinces septentrionales, sans autre point de contact que la d3mastie régnante.

Xous avons représenté à S.A.R. qu'au milieu de l'entraînement des esprits, la dynastie des Nassau n'a pas cessé un instant d'être le vœu unanime des Belges; que les difficultés de sa situation, l'impossibilité de concilier des opinions, des mœurs, des intérêts inconciliables, venant à cesser, la maison d'Orange, libre de s'associer désormais à nos vœux, pouvait compter sur l'attachement et la fidélité de tous.

Nos représentations ont été favorablement accueillies, aussi bien que celles de plusieurs commissions spéciales ; et déjà le prince royal est allé en personne porter l'expression de nos désirs à son auguste père.

Persuadés, nos chers Compatriotes, que nous avons été les interprètes de vos sentimens, que nous avons agi en bons et loyaux Belges, nous vous informons de notre démarche. C'estici, dans votre capitale, que nous attendons avec confiance le résultat de vos efforts et des nôtres.

Bruxelles, le 3 Septembre 1830.

Etait signé : Comte de Celles, baron de Sécus, Barthélémy, De

Langhe, C. De Brouckère^ comte Cornet de Grez. Adhésion : {signé) Huysman d'Annecroix.

Pour copie confonne : C. De Brouckère.

C'était un premier pas vers l'autonomie, il était décisit, le prince accepta de se rendre à la Haye plaider la cause du peuple belge auprès de son père.

PROCLAMATION

HABITAXS DE BRUXELLES !

Son Altesse Royale Monseigneur le Prince d'Orange vient de nous offrir de se rendre de suite à La Haye, afin de présenter lui-même nos demandes à Sa Majesté; il les appuira de toute son

influence, et il a tout lieu d'espérer qu'elles nous seront accordées.

Aussitôt après son départ, les troupes sortiront de Bruxelles.

La Garde Bourgeoise s'engage sur l'honneur à ne pas souffrir de changement de D3'nastie et à protéger la Ville et spécialement les palais.

Bruxelles, ce 3 Septembre 1830, au soir. (Sigjiés)

Falise, commandant de la 3^ section ; le chevalier Pletinckx-J anssens, lient. -colonel de la Garde Bourgeoise ; Sylvain Van de Weyer, membre du Conseil de l' Etat-Major; le chev. Vandersteen, commandant l'artillerie de la Garde Bourgeoise; le chev. Hotton, colonelcommandant la Garde Bourgeoise à cheval; Vandormal, lieutenant de la Garde à cheval; Jolly, adj*. -major de la y section; Brinck, commandant en 2^^ de la 3^ section ; le comte Vander Meeren, major de la Garde Bourgeoise ; Vanderlinden-d'Hooghvorst, commandantgénéral de la Garde Bourgeoise ; Cattoir, p"^ le commandant de la 2^ section; Palmaert, fils, major des 5^^ et 6" sections; Fleury Duray, major; Hagemans, capitaine de la 5^ section; Moyard, major de la Garde; Van Gelder-Parys, commandant la i" section; Rouppe, attaché à l'État-Major; Blaes, commandant la 4^ section; De Proft, commandant la 7" section ; Michiels, commandant la S*" section ; Vanhaelen-Heberlé, lieutenant de la Garde à cheval; J. L. Vandelft, lieutenant de la Garde à cheval.

Ont signé covnne prèsens :

Aberson, général-major; le comte de Cruquenbourg^ colonel, aide-de-camp de S. A. R. le prince d'Orange; le baron H. de Roisin, col. attaché à l' État-major de S. A. R. le prince d'Orange ; le comte Dumonceau, h. -col., aide-de-camp de S. A. R. le prince d'Orange; le l'-colonel De Xhennemont, adjudant du Roi; le comte Alexandre Vander Burch, chambellan du Roi; le comte G. J. De Hogendorp; le comte C. J. W. De Hogendorp.

Conforme à la vérité,

(Signé) GUILLAUME, Prince d'Orange.

N'ons soussignés, membres de l'État- Major déclarons nous unir aux vœîlx et aux sentiinents exprimés par ceux de nos Concitoyens dont les signatures précèdent.

Baron Vancler vSmissen, commandant en second la Garde ; chev. De Xieuport ; Ph. Lesbroussart, membre du Conseil de la Garde ; J. Nicolay, aide-de-camp du commandant en chef ; Isid. Plaisant, idem; Bosch, idem; Max ])elfosse, idem; Opdenbosch, aide-decamp de section ; J. F. Vleminckx, idem.

La garde bourgeoise s'engageait donc sur l'honneur à ne pas souffrir de changement de dynastie, la non observation de cet engagement a souvent été reprochée à la population bruxelloise par les partisans de la Maison d'Orange.

Ce reproche n'est pas mérité. Ce ne fut que plus tard, lorsque l'élément populaire eut supplanté la bourgeoisie, que le mouvement national devint anti-dynastique, et du reste l'aggression du. prince Frédéric sur Bruxelles allait délier les Belges de leurs devoirs de fidélité envers les Nassau. Le départ du prince d'Orange amena la dissolution de la commission consultative créée Pavantveille.

Nous PRINCE D'ORANGE, déclarons que la COMMIS- SION nommée par Nous, au nom du Roi, par la proclamation du premier Septembre, est dissoute. 3 Septembre 1830.

GUILLAUME, Prince d'Orange.

Le départ des troupes régulières que le prince emmenait avec lui redoubla la charge de responsabilité qui pesait sur la garde bourgeoise, seule gardienne de l'ordre. La proclamation suivante en avertit la population, elle annonçait en même temps que la capitale n'était pas seule à revendiquer sa liberté et ses droits. Liège promettait de secourir Bruxelles.

PROCLAMATION

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