SOLDATS BELGES
Non, vous n'imiterez pas la poignée de misérables qui, dans Paris, s'est couverte d'infamie en tirant sur les citoyens.
Non, vous ne serez pas assassins de vos frères.
Vous éviterez les remords auxquels sont livrés ceux qui se sont souillés de ce crime.
Vous éviterez les actes de désespoir qlii ont porté plusieurs de ces malheureux aveuglés à se délivrer d'une vie devenue désormais insupportable et odieuse à leurs yeux.
Vous éviterez le malheur affreux qui décida le ^y régiment à fraterniser avec les citoyens : un fils venait de tuer son PÈRE !!!
Consultez votre conscience et examinez si en jurant d'être fidèles, jamais vous avez entendu combattre d'autres ennemis que les ennemis de votre pays, les ennemis de la tranquillité, de l'ordre et de nos libertés ! Sommes-nous ces ennemis ? N'avons-nous pas aussi no2is juré d'être fidèles, par l'organe de nos représentans ? N'avait-on pas aussi d'autre part, fait le même serment ? Oui l'a violé ? est-ce nous ? Décidez.
Rappelez-vous que vous êtes des soldats chargés de défendre la patrie et non des bourreaux pour assassiner vos concitoyens; le dogme de l'obéissance passive ne s'applique qu'à vos devoirs purement militaires. Si l'on vous prescrit d'emporter une place, montez
tous sur la brèche; mais si l'on vous ordonne de violer les lois, d'attenter aux droits des citoyens, brisez vos épées; elles n'ont soif que du sang ennemi ! Malheur ! malheur et honte à celui qui répand le sang belge !
Les journaux hollandais ne faisaient qu'augmenter la violence de leurs diatribes, la presse bruxelloise ne les répétait qu'avec trop de complaisance, certaine de ne pas trouver de meilleur moyen de monter les tètes. A ces excitations venaient s'ajouter les continuelles alarmes qu'occasionnait la présence des troupes royales à deux lieues de Bruxelles; car le prince Frédéric et ses généraux ne cachaient pas leur hostilité au mouvement national, et, le 5 septembre, à Tervueren, les patrouilles de la garde bourgeoise faillirent ou^•rir les hostilités contre les avantpostes du prince. En quelques jours, tout le bon effet produit par les promesses du prince d'Orange, par le départ des troupes de la garnison et par l'espoir d'une séparation administrative fut détruit, cette fois sans retour. Le prince Frédéric comprit trop tard le danger que présentait le séjour prolongé de ses troupes à V^ilvorde, tant pour la sécurité de la capitale que pour le moral de ses soldats, il promit aux députes que lui avait envoyés la garde bourgeoise la dislocation de son corps d'armée.
PROCLAMATION
S. A. R. le Prince Frédéric des Pays-Bas a donné l'assurance à MM. le baron Joseph Vanderlinden-d'Hooghvorst et Gendebien qui lui avaient été députés, que les troupes cantonnées à Tervueren et à Cortenberg ont reçu l'ordre, les unes de quitter Tervueren de suite, et les autres d'abandonner Cortenberg demain matin. Il a donné de nouveau l'assurance qu'aucune troupe n'entrerait ni à
Loiivain, ni à Bruxelles. Il a annoncé de plus que les troupes du camp de Vilvorde seraient très-incessamnient disloquées et distribuées dans les cantonnemens en arrière de cette ville.
Bruxelles, le 6 septembre 1830.
Pour le commandant en chef de la garde bourgeoise, Ph. Lesbroussart, membre du conseil de la garde.
L'attitude de la garde bourgeoise continuait d'être calme et digne, une revue passée par le commandant en chef, le 6 septembre, produisit une grande impression sur la population bruxelloise, le baron d'Hoogvorst en félicita ses troupes.
ORDRE DU JOUR