‹ La Révolution belge de 1830, racontée par les affichesChapitre 28 sur 46 · BRAVES CONCITOYENS · texte numérisé non relu

BRAVES CONCITOYENS

La proclamation du gouvernement vous est connue; il semble se refuser à nos vœux légitimes; au lieu de contribuer avec nous au maintien de l'ordre et à la consolidation de la dynastie régnante, il ne recule pas devant la possibilité d'une guerre civile et ébranle lui-même ce que nous voulions raffermir. Eh bien ! que son obstination porte sa peine. Braves concitoyens, l'avenir de la Belgique dépend désonuais de nos efforts et de notre courage. La proposition de la séparation des provinces du Nord et de celles du Midi avec le maintien de l'intégrité nationale, voilà l'étendard sous lequel il faut que tous nous venions nous ranger : là est le salut de la patrie, là est la garantie suprême de nos droits trop long-temps méconnus, de nos libertés trop long-temps foulées aux pieds. Mais pour atteindre notre but, pour voir réaliser nos espérances les plus vives, il faut du patriotisme, du dévouement. L'Europe a les yeux sur nous, braves concitoyens ! Jusqu'ici elle a admiré l'élan énergique de quelques-unes de nos villes; que cet élan se propage, qu'il s'exalte! Belgique! Liberté! voilà notre cri; il est celui de tout homme qui sent battre dans son sein un cœur de citoyen. Indépendance, séparation d'intérêts incompatibles, union pour une commune défense, tel est le vœu émis par tout ce que nos provinces renfemient d'hommes honorables, de députés consciencieux, de régences éclairées !

L'heure avance, braves concitoyens, où notre sort sera décidé; si nous ne prenons la ferme résolution de triompher, quels que soient les obstacles, cette heure sera suprême; ce sera un tocsin de mort dont le dernier retentissement sera pour nous tous un signal de servitude. Si, au contraire, nous demeurons résolus, unis, confians surtout dans la justice de notre noble cause, c'est à nous que la Belgique devra sa délivrance et son avenir.

Mais, aux résolutions fortes, il faut au besoin faire succéder l'action prompte, énergique. Bruxelles est le théâtre où se décident en ce moment nos destinées; c'est là qu'il faut porter secours au besoin ; secourir Bruxelles, c'est secounr vos foyers et vos familles. Si Bruxelles succombe sous les coups de la Hollande, vous succomberez avec lui. Braves concitoyens, accourezdonc vers vos frères au moment du dano^cr; que le premier coup de feu tiré contre eux soit pour vous le signal de marcher sur Bruxelles. On compte sur vous; vous ne trahirez pas l'espoir d'une généreuse cité qui, la première, arbora le drapeau tricolore brabançon, à l'ombre duquel se fonderont et se consolideront nos libertés.

Le i3 septembre .s'ouvrit la session extraordinaire des Etats généraux. Ce jour avait été attendu avec impatience, mais avec plus d'anxiété que d'espoir par les Belges pour lesquels allaient se décider les plus graves questions.

On comptait beaucoup sur les déclarations que le souverain allait faire dans le discours du trône. L'attente générale fut déçue, non sur l'importance mais sur le sens de ces déclarations : la demande de séparation sera soumise au vote de la chambre, la majorité décidera et cette majorité, on le sait, c'est le roi qui la dirige; ainsi le résultat est prévu, il faut que les Belges cèdent, ou sinon, le cas est prévu également, les armes raffermiront l'autorité royale. « Le discours du trône, » dit Poplimont, « c'est le gant du combat jeté dans l'arène, la Belgique entière se précipitera pour le ramasser, »

L'impression causée par la déclaration de Sa Majesté fut telle, qu'on n'osa pas afficher le texte des paroles royales ; il fut distribué en feuilles volantes dans la soirée du 14 septembre.

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