‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 151 sur 396 · Interrogatoire de Roger. Arch. nit. F · texte numérisé non relu

Interrogatoire de Roger. Arch. nit. F

4. Tous les détails concernant les efforts des patriotes pour faire échouer la fédération sont tirés du @ rapport fait au directoire du département de l’Ardèche par les sieurs Chastanier, Roger et Roux d'Aubepas » le 24 février 1791. Fonds Mazon, chron. 13 et aussi de leurs interrogatoires. Arch. nat. à 7 4 493. :

l'enthousiasme des légionnaires, on colporte le bruit de la rentrée en France des princes émigrés, de l’arrivée imminente d’un chef envoyé par eux. Les uns préconisent la marche immédiate sur Uzès pour délivrer les catholiques ; les autres veulent s'emparer de l'artillerie de Pont-St-Esprit pour tomber sur les corps administratifs, réduire Nimes et Alais, soulever tout le midi de la Franse et marcher sur Paris pour dissoudre l’Assemblée nationale !. Déjà, de nombreux détachements vont renforcer le corps de Barjac.

Les patriotes, pour prémunir leurs troupes contre les sollicitations perverses des ennemis de la Révolution et les soustraire à la contagion du fanatisme, forment un camp hors de la ville et les officiers tiennent conseil. La municipalité de St-Ambroix, malgré ses sympathies contre-révolutionnaires, finit par déclarer qu'elle ne connaîil pas le Comité de Jalès et qu'elle 5e Iui a adressé aucune demande. Elle ne sait des évènements d'Uzès que ce qu'en racontent les émigrants, dont les récits sont suspects et dénués de preuves ?. Ces renseignements font impression sur les fédérés. Roux en profite pour prêcher 12 paix et la concorde et cherche à ramener l'opinion égarée, mais des exaltés parcourent les rangs, l’accusant d'être de connivence avec les protestants, et quelques &« malintentionnés » risquent de lui faire un mauvais parti ?.

L'hésitation est cependant de plus en plus grande parmi les paysans. La bise aigre qui, depuis deux jours, souffle en rafales et la faim qui commence à préoccuper les estomacs ont rabattu l’enthousiasme du début. La guerre civile les effraie ; déjà, ils entrevoient les conséquences fatales et sanglantes de cette folle équipée et, sans oser encore l'avouer, ils en viennent à regretter d’être partis de chez eux. L’agitation est extrême. Des discussions violentes se produisent, des conflits éclatent. Les divers détachements sont « prêts à se déchirer » entre eux. Le moment est critique.

C'est alors qae Chastanier oftre de se mettre à la tête des troupes. Adroitement, les patriotes persuadent aux légionnaires de nommer un général, pour assumer la responsabilité des évènements et sortir du gâchis et du désordre. Dans la matinée du 22, Chastanier est élu. Il prête serment { devant l'armée. Dans un discours habile, plein d’optimisme, il feint d'entrer dans les sentiments des catholi-

Page 1