E. Nicod. Le ts St Martin. Lettres de
qui supprime tant d'abus et ramène l'Eglise à l'idéal évangélique et à la perfection des premiers âges du christianisme, ne soit pas l'objet de l'admiration universelle 6. Les plus ardents, comme Delichères, en viendront bientôt à ne voir dans les opposants «que vanité, hypocrisie et audace la plus éhontée, sous le manteau de la religion »?. Les réfractaires ne seront que des fanatiques, aux « vues pertides », des contre-révolutionnaires qui prêchent l'insurrection et cherchent à rouvrir l'ère sanglante des guerres de religion #.
Tous, même les administrateurs du directoire du département et du Tanargue qui, en leur for interne, n'arrivent pas à étouffer quelques inquiétudes, croient sincèrement que leur devoir de fonc-tionnaire n'a pas à connaitre les scrupules du croyant, mais à assurer l'application de la loi. Cependant, comme ils veulent paraître tolérants, ils sont décidés à ne rien brusquer, à être très larges, dans l'interprélation des décrets, et même à fermer les yeux, sur quelques vices de forme, pourvu qu'ils n'apparaissent pas trop ouvertement en contradiction avec les prescriptions de l’Assemblée,
Quant aux fidèles, le plus grand nombre sont incapables de saisir la complexité de ces problèmes. Leur solution réclamerait des connaissances historiques et philosophiques qui leur font dé-faut. Aussi bien n'est-ce pas avec leur intelligence qu'ils vont apprécier les arguments exposés de part et d'autre Ce sont leurs sympathies ou leurs antipathies qui vont Ieur tenir lieu de raisons et décider de leur jugement. Dans les villes, pour la minorité qui a pris parti pour ou contre les idées nouvelles, c'est la question politique qui règle les positions. Si les patrioles se posent en rigides observateurs de la loi, leurs adversaires, par contre-coup, lui sont hostiles. La majorité reste indécise, sauf les femmes qui, presque partout,
1. Tous ces arguments sont bonguement développés dans la proclamation du directoire du département du 15 décembre 1790. Fonds Mazon. Chr. 14.