‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 179 sur 396 · Arch. Ard. £ 967 et Fonds Mazon. Chr · texte numérisé non relu

Arch. Ard. £ 967 et Fonds Mazon. Chr

pandre. » ! C'est à lui que, dans les conversations quotidiennes ou du haut de la chaire, ? le curé insermenté expose les limites du pouvoir civil et proclame les droits inaliénables de Dieu et de l'Eglise.Si les clubs et les autorités constituées s'efforcent de créer une atmosphère favorable à la loi par la diffusion d'opinions *, de discours et de journaux révolutionnaires, les adversaires rispotent par une avalanche d'écrits, de pamphlets et de libelles, parfois singulièrement mordants. « Des catéchismes, écrit Delichères,des instructions remplies de suppositions,de mensonges,de raisonnements captieux mais à la portée du peuple, étaient colportés de maison en maison. On tenait des conciliabules secrets de dévotes, où les prétres exaltaient les têtes de leur mieux. » !

On rend coup pour coup et, dans cette polémique, les imprudences, les excès de langage ainsi que les accusations de mauvaise foi remplacent :es arguments et tiennent le plus souvent lieu de raisons. Ces violences de parole, ces excitations finissent par agir profondément sur la mentalité fruste des petites gens. «€ On ne voit de toute part que ce spectacle effrayant : le fils armé contre son père, le mari contre son épouse, la sœur contre la sœur, la sœur contre son frère et les moines, ci-devant morts au monde, tous sont prêts à se déchirer le flanc, tous croient avoir le droit de troubler impunément l'ordre établi par nos lois..…..'» *. Cette agitation et ce désordre pénétrent jusque dans les villages les plus reculés et risquent de mettre en péril la paix et la tranquillité de tout le département, lorsqu'il est question de remplacer les réfractaires.

1. Adresse de l'assemblée administrative de l'Ardèche du 1°" février 1791. Arch. Ard, L 106 et arch. nat. Dxxix 1.

2, Dénonciation, le 10 février 1791,au tribunal de district du curé de Mirabel, qui a lu en chaire un écrit intitulé « développement du serment exigé des prêtres en fonctions par l'Assemblée nationale. » Arch. Ard L 106. Dénonciation du «prône incendiaire et inconstitutionnel » de Pascal, curé de St Pierre de Colombier, le 13 février. Arcb. Ard L 120. Décret de prise de corps du 3 août 1791 contre le vicaire de Colombier-le-Vieux. Arch.-Ard. EL 853.

3. À sa séance du 20 avril 1791, la Société populaire d'Annonay fait tirer à 900 exemplaires la lettre de Fernand de Bovinet aux curés du district de Vienne et l’envoie à toutes les municipalités du district du Mézenc, & et partout où be soin sera. » Impr. Agard. Annonay 15 p. 1791. B.A. Le 12 mai, « pour éclairer les consciences qu'on égare », elle décide l'impression du discours civique de Baudin, prêtre citoyen de St-Etienne. Imprimerie Agard, 8 p. Annonay.

5. cf) « Aux demoiselles d'Annonay » imp. 16 p. s. 1. 1791, note p. 5 et 6. cf) encore & avis au peuple par un citoyen » impr. 24 p.s.l. n. d. p. 2 et nombreux autres libelles.

Même des maires et officiers municipaux, qui ont refusé de s'associer aux restrictions de leur clergé ou qui ont dénoncé avec indignation toute formule équivoque de serment, protestent énergiquement contre l'injustice et l’inopportunité d'une telle mesure. Le Mézenc parle de troubles imminents qu'il serait € dangereux de provoquer » ! dans une région qui s’est toujours distinguée par son calme et son patriotisme. Le Tanargue redoute un nouveau soulèvement et déclare qu'on ne peut compter, pour assurer l'application de la loi, sur les compagnies du 40° de ligne «que l'on prétend aussi très fanatisées » 2. Le maire des Vans, en donnant sa démission, écrit de son côté au directoire, le 30 mai 1791 : « La fermentation dans notre ville... ne fait qu'accroître et tout annonce une explosion prochaine. Le clergé a soufflé le fanatisme et toute la ville est égarée, à l'exception de la majorité des protestants et de 4 ou 5 tout au plus catholiques patriotes. Tout est en rumeur, les campagnes voisines commencent à se fanatiser à leur tour. La troupe que nous avons est entièrement aristocrate » °.

Les administrateurs du département, gardiens de Ja légalité et responsables de Fordre, devant un état d'esprit aussi inquiétant, hésitent à convoquer les électeurs #. Tout en affirmant leur intention de faire appliquer les décrets, 5 ils cherchent à gagner du temps. Ils font valoir longuement les raisons qui commandent la circonspection et la prudence. En mars, ils veulent laisser tomber l’effervescence suscitée par le deuxième camp de Jalès ; en avril, les districts n'ont pas encore envoyé leurs listes et il faut donner aux nonconformistes le loisir de la réflexion f.

La minorité patriote, au contraire, est impatiente d'assurer l’exécution intégrale de la loi. De voir les réfractaires continuer paisi-

blement leurs fonctions l'irrite et l’indigne, comme d’une injure faite

1. Observations du directoire du Mézence en envoyant, le 7 avril 1791, l’état des prestations de serment. Arch. Ard. L 545.

2. Lettres du procureur général syndic de l'Ardèche an ministre de l’intérieur des 6, 13 et 19 juin 1791. Arch. nat. F. 19 403.

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