Fonds Mazon chr
4. & Des circonstances imprévues et bien plus alarmantes que celles qui sont consignées dans notre première délibération nous avaient forcés à surseoir à cette exécution... Nous ne pouvons même vous dissimuler les craintes et les alarmes que nous cause le parti que nous venons de prendre ». Lettre du 6 juin 1791 à Delessart. Arch. nat. F 19 403.
5 Lettre du directoire du département au Tanargue, le 26 février 1791.Arch. Ard-a2007
6. Procès-verbal du directoire du 31 mai 1791. Arch. Ard. L. 120.
à la majesté de la nation souveraine. Les adresses et pétitions se multiplient, de plus en plus acerbes et menaçantes. Les municipalités des principaux centres, les clubs d’Annonay, de Tournon, d'Aubenas et de Viviers ! saisissent de leurs doléances les députés du département ? et incriminent l’apathie et la négligence des divers directoires *,
Devant les demandes d'explications et les sommations de l’autorité supérieure, le département { n'ose plus tergiverser. Le 31 mai 1791, à la suite d'une longue délibération explicative de sa conduite, il fixe les assemblées électorales des districts à des dates différentes, dans l'espérance que les remplacements effectués dans une région auront & une influence salutaire » sur les non-conformistes des cantons voisins et les décideront à retirer leurs réserves.? |
Les électeurs, en nombre restreint 5, se réunissent, le 12 juin, dans le Mézenc et, le 19, dans le Coiron et le Tanargue. Ils avaient à pourvoir à deux catégories de cures, à celles qui, par suite de mort ou de démission, se trouvaient sans litulaire ou pourvues simplement d'un curé commis et à celles, plus nombreuses, qui étaient réputées vacantes, par défaut de serment légal.
La nomination aux premières ne soulevait pas de difficultés graves. Même les catholiques les plus scrupuleux, surtout après le précédent de Meysse, croyaient pouvoir s'y prêter, en considérant cette élection comme une simple désignation, faite à l'évêque, pour fixer son choix. Ces postes sont d’ailleurs assez rares: Chandolas dans le Tanargue, Villeneuve-de-Berg dans le Coiron, St Clair, Monteil, Vocance et Peyraud dans le Mézenc. Le remplacement des
1. Au mois de juin 1791, il n'y avait encore dans l'Ardèche que ces quatre sociétés qui fussent affiliées aux Jacobins de Paris. 9, Lettres de St Martin à Chomel, 1 et 25 avril et 15 mai 1791. cf) Nicod. Le représentant St Martin.
3. Adresse du 2 juin 1791 de la société populaire d'Annonay. Fonds Mazon. ‘Chr. 13.
4. cf) diverses lettres de Delessart au département. Arch. Ard. L 120 cf) surtout sa lettre du 28 mai. Arch. nat. F. 19 403. 5. Procès-verbal du directoire du 31 mai 1791. Arch. Ard. L 120. 6. Lettre du procureur syndic du Mézenc à Dalmas le 15 juin 1791. Arch. Ard. L. 977.
insermentés troublait davantage les consciences et l'attitude des diverses assemblées électorales laisse deviner la perplexité croissante des électeurs.
Les décrets prévoyaient une nouvelle démarcalion et une réduction notable des paroisses et beaucoup de curés réfractaires occupaient des postes destinés à être supprimés. Mais alors,disent les. adversaires de la loi dans le Coiron et le Mézenc, à quoi bon jeter le trouble et l'inquiétude dans le pays, pour des nominations qui risquent de devenir caduques à bref délai ?! Les patriotes répliquent que la réorganisation territoriale du culte est indépendante de la désignation des titulaires. Toutes les cures subsistent, tant qu'une nouvelle délimitation n’a pas eu lieu, et par suite, les insermentés, quels qu'ils soient, n'ayant plus aucun titre pour exercer leur ministère, doivent céder la place à des conformistes. Ils essaient d'intéresser à leur thèse les paysans qui tiennent encore: plus à leur église qu’à leur curé. Ils leur font craindre que le défaut, d'élection n'ait l'air de vouer, à l'avance, leurs paroisses à la suppression. La lutte est d'autant plus ardente que chacun mène la discussion avec l’arrière-pensée d’assurer l'exécution de la loi ou de lui faire échec. En fin de compte, dans les deux districts, les circonstances imposent une solution de compromis et de concessions réciproques. Si, dans le Coiron, la dialectique passionnée de Delichères décide d’abord les électeurs à pourvoir à tous les postes vacants, devant l'excitation des esprits, l'insuffisance des candidats. et la crainte des troubles, on ne remplace que 18 curés, à titre d'exemple. ? Dans le Mézenc, la majorité penche pour l'abstention, mais, pour qu'on ne l’accuse pas de s’insurger contre les décrets, elle consent à remplacer six réfractaires choisis parmi les plus compromis, les curés d'Annonay, Boulieu, Roiffieu, St Alban d’'Ay, St Péray et St Symphorien ?.
Le Tanargue, de crainte d’éveiller les Susceptbies des ruraux, ne soulève pas la question dela réduction des paroisses, mais il découvre un moyen ingénieux d’éluder la loi, sans encourirle reproche de désobéissance et de rébellion. L'assemblée électorale n’est pas un tribunal. Ce serait usurper des droits qu'elle n’a pas que de porter elle-même un jugement sur la validité des serments. Seule,
“"Anch ardt" 2 Arch. Ard. Liste des curés remplacés dans le Coiron,liasse non cotée. 3. Arch. Ard. L 852. La plupart sont élus par un re de voix très restreint, de 17 à 30 sur une cinquantaine de votants et plus de 120 électeurs inscrits.
l’Assemblée nationale, dans sa souveraineté, peut apprécier leur valeur. En attendant sa décision, la majorité, malgré l'opposition bruyante des patriotes de Joyeuse, arrête de surseoir à toute élection. ! Mais les paysans, satisfaits d'une solution qui permettait de gagner du temps, eurent le tort de se retirer avant la clôture du procès-verbal. Les délégués de Joyeuse, à l’instigation de Dussargues, profitent de leur dispersion, pour obliger le président à rouvrir les débats, et une infime minorité procède à la nomination de 31 curés par une moyenne de 10 à 15 suffrages®?.
Les choix sont d'ailleurs faits sans discernement ; il suffit qu'un électeur propose un candidat pour qu'aussitôt il soit agréé. Parmi les élus, on compte même un certain nombre de vicaires non-conformistes *, qui seront les premiers surpris de leur désignation.
Au mois de septembre, les districts eurent encore à s'inquiéter du remplacement des insermentés. Le Mézenc, cédant aux sollicitations du maire d'Annonay, se résigne, de mauvaise grâce, à donner un autre successeur à Léorat Picansel, puisque le premier se dérobait. Il nomme aussi un titulaire pour Vernosc, * mais refuse catégoriquement de s'occuper des autres cures vacantes. Pour le Coiron et le Tanargue, l'absence de tout procès-verbal ne permet pas de donner des chiffres précis. Nous n'avons trouvé trace que d'une quinzaine d'élections, © mais peut-être en est-il quelques-unes qui nous échappent.
En 1792, la question futencore agitée. Mais, cette fois, sous prétexte d'attendre l'application du « nouveau plan d'organisation religieuse » que préparait la Convention, le Mézenc® , le 21 novembre, décide qu'il n’y a pas lieu d'ouvrir le scrutin. Le Tanargue suit son exemple, le 1% décembre, mais le guet-apens de l'année précédente se renouvelle, et, après le départ des paysans, quelques patriotes de Joyeuse, le 2 décembre, donnèrent l'investiture légale à 14
1. Arch. Ard. £ 545. Lettre du président du corps électoral, le 25 juin 1791.