‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 181 sur 396 · Ibidem... et arch. Ard. L · texte numérisé non relu

Ibidem... et arch. Ard. L

3. On peut citer notamment Combes de Colombiers, Volle de Burzet, Cotta de Montpezat, Liabeuf du Béage.... et dans le Mézenc Manoha et Dorel.

4. Battendier, élu par le district du Mézenc, avait donné sa démission.

5. L'élection de Vernosc sera cassée par le directoire du département, le 23 février 1792. Arch. Ard. L 123.

6. Dans le Coiron, des titulaires sont désignés pour Aubenas, Aizac, Baix, Le Teil et dans le Tanargue pour Valgorge. Le Béage, St Etienne de Lugdarès, Ste Eulalie, Ruoms, Beaumont, Chassiers, Pradons et aussi fort probablement pour Prades.

7. Arch. Ard. L 790, procès-verbal de l'assemblée électorale.

prêtres conformistes!. Le Coiron se borna à faire quatre nominations?, dont trois pour des paroisses déjà pourvues en juin ou septembre 1791. C’est donc de 95 à 100 nouveaux curés qui furent proclamés par les diverses assemblées électorales de 1792, pour environ 70 postes, dont quelques-uns reçurent trois titulaires* successifs.

Les élus devaient signifier leur acceptation au district, se faire: agréer par l’évêque et renouveler leur serment, en prenant possession de leur église. L'installation, faite suivant les anciens usages, s'agrémentait d'innovations imposées par les circonstances. À la messe solennelle, on réservait une place d'honneur, non seulement au corps municipal, mais à la garde nationale, et, dans les villes, aux membres de la Société populaire. L'importance donnée au procès-verbal de l'élection et à la prestation de serment, si elle reléguait dans l'ombre les pouvoirs de juridiction accordés par l'évêque, accentuait du moins le caractère patriotique de cette cérémonie. Après la messe, le banquet traditionnel réunissait les partisans des idées’ nouvelles qui, dans de nombreux discours, célébraient lesavantages dela Constitution et félicitaient le nouvel élu.

Mais, si dans quelques centres importants comme Aubenas, Annonay, St-Marcel d'Ardèche et même à Valgorge et à Prades les. patriotes, grâce à un appareil militaire imposant, réussissent à intimider les fidèles et à éviter toute manifestation injurieuse pour les nouveaux curés, il n'en est pas de même dans la plupart des paroisses rurales. La population,exaspérée de se sentir brimée dans ses sentiments les plus intimes, se serre autour de ses anciens pasteurs et semble bien décidée à ne pas tolérer la présence d’un usurpateur. &« À Boulieu, au témoignage de Chomel, avocat du roi, les. habitants, qui avant la Révolution détestaient franchement leur

1. Arch. Ard. L 902, Dix deces cures avaient déjà reçu un titulaire le 24 juin 1791 : Pradons, La Villate, Vallon, Le Béage, Les Sagnes, Chassiers, St Etienne de Lugdarès, Issarlès, Brahic et Prunet.

2. Arch. Ard. L 631 : Aizac, Baix, Le Teil et St Michel-de-Boulogne.

3. C'est le cas en particulier pour Le Teil, Le Béage, Chassiers, St Etienne de Lugdarès... etc.

4. Arch. Ard. L 121. Arrêté du département du 28 juillet 1791.

5. Arch. nat. Ficin Ardèche 1. Chanson sur le curé de Valgorge. Cf) aussi pétition des habitants de Prades, 1191. Fonds Mazon'chr. 13.

curé actuel, se sont pris d'amour pour lui et ont déclaré à Annonay qu'ils opposeraient la plus vive résistance ! ».

Les autorités locales, à leur tour, sans faire une opposition active, interviennent pour écarter toule installation de jureur. Si la municipalité de Baix se borne à supplier le district d'avoir égard aux vingt-six ans de dévoûment de son curé € qui n'a épargné ni ses peines, ni sa bourse » et qui « s’est concilié l’estimeet l'attachement d'un chacun, ? » celle de St-Symphorien écrit, dès le 19 juin *, à Delolme, curé désigné, pour l'avertir de « l'inutilité du voyage ». Les citoyens « continueront à s'adresser à Dumolin, leur pasteur ». Ils comptent que Delolme « rejettera. … son horrible projet... personne ne veut de son ministère ». À Ste-Eulalie, au Béage, aux Sagnes, à St-Etienne de Lugdarès, à St-Alban d'Ay, les maires et officiers municipaux s'efforcent de décourager les nouveaux élus par le tableau, poussé au noir,des dispositions de leurs administrés. Parfois, ces paroisses enveloppent leurs délibérations de sous-entendus menacants et déclarent même nettement qu'il leur sera impossible de maintenir l'ordre, si on persiste à imposer un intrus à leur église #.

Le département a beau déclarer,« nulles etinconstitutionnelles, toutes les délibérations prises pour s'opposer au remplacement des réfractaires » et faire défense aux communes « d'en prendre de semblables à l'avenir, sous peine de poursuites devant les tribunaux »°, l'agitation et l’effervescence grandissent de jour en jour. Ce n’est plus seulement à l'indifférence, au dédain et au mépris que se heurtent les intrus, mais à l'hostilité ouverte, à la rébellion, à la violence.

Le 8 août, Merle, promu à la cure de Cellier du Luc, se présente dans sa nouvelle paroisse pour prêter serment. Ilest aussitôt entouré d’une foule hurlante de femmes et d'enfants qui l'injurient et menacent de le lapider. il lui est impossible de se frayer un passage jusqu'au presbytère. Malgré la réquisition du maire,les officiers

1. Lettre de Chomel, avocat du roi, à Annonay du 2l'juillet 1791. Fonds Mazon chr. 13.

2. Lettre du maire de Baix au directoire du Coiron le 12 juin 1791. Arch. Ard. L 722.

3. Lettre de la municipalité dé St-Symphorien à Delolme, vicaire d'Andance. Arch. Ard L 852.

4. Arch. nat. F 19 403 et F 73652 1/. Lettres et délibérations de diverses municipalités.

5. Arch. Ard. L 121. Arrêté du département du 28 juillet 1791. cf) aussi L 852, lettre du Mézenc à la municipalité de St-Symphorien, le 23 août 1791.

municipaux refusent de paraître et leurs femmes sont les plus acharnées, « en tête des séditieuses». Le malbeureux maire, qui essaie d’apaiser la fureur populaire et s'efforce de protéger le curé jureur, est bafoué et insulté et, le premier septembre, ses concitoyens viennent encore briser, à coups de pierres, les vitres de sa maison 1, C'est par les mêmes outrages, accompagnés de voies de fait,que les catholiques de St-Etienne de Lugdarès accueillent leur ancien vicaire, le sieur Gourgeon, que les électeurs ont appelé à la succession de l'abbé Barrial ?.

À Ste-Eulalie, à l'annonce que l’intrus se dispose à venir le dimanche 8 octobre, la municipalité, pour se soustraire aux responsabilités, donne sa démission, pendant que les habitants se réunissent en assemblée générale pour aviser aux mesures à prendre. Leur premier acte est de dresser une potence au milieu de la place publique et d'y pendre en eftigie celui qu'ils considèrent comme un «nouveau Judas ». Le tocsin sonne toute la nuit du vendredi au samedi et la potence est gardée à vue. Le dimanche suivant, les hommes et jeunes gens de Ste-Eulalie, renforcés parles paysans des paroisses voisines, s'équipent et s'arment, au nombre de 4 à 500, pour repousser par la force le détachement chargé d'assurer l'application de la loi *.

C’est une réception analogue et un accueil, tout aussi dénué de cordialité, que préparent à leurs nouveaux pasteurs les fidèles du Béage, des Sagnes et de toute la montagne. L'’exaltation est si grande, au Béage surtout, l’effervescence si générale que le département, craignant pour la vie des gendarmes, donne l'ordre, pour éviter d'irréparables malheurs,de surseoir à l'installation de Breysset.

À Vallon, malgré l'appui des autorités et une escorte de 25 hommes de troupes de ligne , Cousin ne parvient pas à prendre possession de son poste le 16 octobre. Ia garde nationale refuse son concours et fait même cause commune avec les mutins. Le pauvre curé est obligé de s'enfuir précipitamment, sous les cris, les imprécations et les huées de la populace. Une nouvelle tentative malheu-

1. Pétition de Merle rappelée dans le procès verbal du directoire du 16 septembre 1791. Arch. Ard. L 121.

2. Arch. Ard. L 122. Procès-verbal du directoire, 21 novembre 1791.

3. Arch. nat. F 19 403. Nombreuses pièces sur les troubles de Ste-Eulalie et

de la montagne.

4. Arch. Ard. L 122. Procès-verbal du directoire du 19 octobre 1791. 5. Arch. Ard. L 861. Procès-verbal du directoire du Tanargue.

reuse ! finit par lasser et décourager le zèle patriotique de Cousin qui abandonne la place.

À St-Alban d'Ay et à Roïffieu, ce n’est que grâce à l'intervention des gendarmes et à la protection de 40 gardes nationaux d'Annonay que (tout s'est bien passé », le 17 juillet, « malgré les menaces des femmes et de quelques hommes,excités par les réfractaires ». Mais l'orage continue à gronder et le commissaire du roi ne peut maintenir un Calme précaire, dans ces deux paroisses, qu'en faisant « marcher, de temps en temps ? », les représentants de la force publique. ,

En face de cette agitation, la situation des anciens titulaires ‘st assez délicate. Ils ont trop le sentiment de leur dignité, pour se produire dans des manifestations tumultueuses, et, sans être toujours des modèles de charité, il leur répugnerait, même pour défendre leurs droits, de pousser à la rébellion et à la violence. Le curé de Ste Eulalie, qui offre une soutane pour pendre en effigie son rival, ? n’a pas d'imitateurs. En général, ils observent, à l'égard de leurs successeurs, une attitude passive, quoique dépourvue d’aménité. Quelques-uns se retirent dans les villes, à Aubenas #, à Tournon, ® à Annonay, 5 à Villeneuve-de-Berg, 7? mais la plupart se refusent obstinément à abandonner leur église et leur presbytère. Déménagés de force, leurs meubles jetés à la rue, 5 ils trouvent un asile chez leurs paroissiens et ils restent le centre autour duquel s’élabore la résistance. Même s'ils ne prennent point de part active à la lutte, leur seule présence, le spectable quotidien de l'injustice dont ils sont victimes est un excitant pour les partisans, qui n'ont pas les mêmes raisons qu'eux de pratiquer la modération.

1. Arch. Ard. L 122. Procès-verbal du département 18 oct. 28° nov. et 3 déc

2, Lettre de Chomel du 21 juillet 1791. Arch. nat. F.19 403.

3. Arch. nat. F 19 403, Lettre de Levastre, curé intrus de Ste Eulalie,

4 Arch. Ard. L. 121. Séance du directoire du département du 5 septembre 1791. « Une horde d'’ecclésiastiques réfractaires s'est retirée dans la même ville (Aubeuas) et y trouble la tranquillité de ses habitants. »

5. Arch. nat. F 19 403. Dénonciation du Journal des Débats et de la correspendance de la société des amis de la Constitution de Paris, 12 mai 1792.

6 . Fonds Mazon Chr. 13, Lettre de Chomel du 19 octobre 1791.

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