Fonds Mazon. Dict. 6. Manuscrit de St Arcons p
8. Arch. Ard. L 121-122 Arrêtés du département : 27 août, 16 septembre, 3 novembre 1791, etc.. Le 18 août 1793, Berthon, vicaire épiscopal, écrit à Gleizal et à Gamon que « les prêtres réfractaires, cachés dans leurs paroisses, sont tout prèts à paraître et à séduire de nouveau le peuple, qui met en eux toute sa confiance. » Fonds Mazon Chr. 18. Papiers Gleizal.
Les autorités le sentent bien, mais, impuissantes à contrecarrer leur intluence, elles les accusent de menées souterraines. Boissy d'Anglas déplore que « les fonctionnaires publics révoqués » n'aient pas € manifesté, dans leur conduite, cette abnégation de soi-même, qui forme le caractère distincüf de l'évangile qu'ils annoncent » et il déclare que, € souvent, au lieu d'inviter les citoyens à la soumission aux lois... on en a vu plusieurs les détourner, par leurs discours, de cette Constitution sacrée. ! »
C’est devenu un lieu commun pour le département et les districts que de rendre responsables les insermentés du mauvais esprit des campagnes. Ils leur reprochent d'abuser de leur autorité sur les paysans, pour former Ç€ une coalition d'autant plus criminelle qu’elle tend à opposer une plus grande résistance à l'exécution de la loi. » Non contents d'avoir « fanatisé la population, égaré les. municipalités... perverti les gardes nationales... opéré la division dans les familles... prévenu indignement le reste des citoyens contre les prêlres constitutionnels »... ; ils cherchent encore, à en croire le Directoire, « à exciter une guerre civile. »? Aussi les arrêtés se multiplient-ils ? pour les sommer de renoncer à toute fonction curiale, sous peine d'être dénoncés comme perturbateurs du repos public. Mais, malgré le zèle du département qui met les nouveaux élus sous la sauvegarde de la loi, qui enjoint aux municipalités de les protéger et défend aux ciloyens de s'assembler en armes, # le remplacement des non conformistes est suspendu dans la plupart des localités et les intrus se tiennent prudemment à distance de leurs nouveaux paroissiens. En désespoir de cause, les administrateurs interviennent auprès du gouvernement pour réclamer d'urgence des mesures d'exception. :
« Les troubles qui agitent notre département, écrivent-ils le 14 octobre au ministre de l'intérieur, et qui ne sont pas excités que par les fureurs du fanatisme, deviennent si sérieux que nous croyons. devoir vous donner connaissance des dernières délibérations,
1. Boissy d'Anglas. Discours prononcé à l'ouverture des séances de l’assemblée administrative du département de l'Ardèche, le 16 novembre 1791. Privas. Impr. Guillet s. d. in. 4. 60 p.Fonds Vivarois.
2. Procès-verbal du directoire du 14 octobre 1891. Arch. Ard. L 122. 3. Arch Ard. L 121et 122. Arrêtés du 8 août, 16 septembre, 14 octobre, 18 octobre, 6 novembre 1791. Toutefvis, comme on craint la réaction des fidèles, le procureur syndic du Mézenc écrit, le 11 août, au procureur de la commune d'Annonay de faire la somivation à Léorat Picansel «avec sagesse et circonspec-=
tion et avec le moins d'appareil possible. » Arch. Ard. L,977, 4. Pr. verb. du 13 octobre 1791 Arch.Ard. L 122.
que nous avôns prises, pour en arrêter le progrès. Vous y verrez la résistance opposée dans plusieurs de nos contrées à l'exécution de la loi, le danger auquel les curés constitutionnels sont exposés, dans l'exercice de leurs fonctions, et l'impossibilité même où se trouvent quelques-uns de prendre possession de leur poste, ainsi que la nécessité où ont été certaines municipalités d'abandonner les leurs pour se soustraire aux violences. Ces troubles nous carsent d’autant plus d'alarmes qu'on répand dans le public qu'ils sont accompagnés de menaces d'une coalition de plusieurs paroisses de notre département avec celui de la Haute-Loire et de Ja Lozère, pour expulser les prêtres conformistes….. Veuillez donc prendre des moyens, aussi prompts qu'efficaces, pour prévenir les malheurs qui en seraient la suite. Nous n'en voyons pas de plus certain que l’éloignement des réfractaires des paroisses où ils troublent l’ordre public ; mais on ne parviendra jamais à l'expulsion qu'après avoir désarmé les habitants de nos montagnes... Ces mesures sont rigoureuses, mais elles sont nécessaires envers ceux qui se fondent sur des armements, pour résister avec plus d'avantage à l'autorité légitime. Il nous reste à vous observer, Monsieur, que, pour désarmer, il faut une force dont notre département est dépourvu. Il serait dangereux de tenter ce moyen, tant que nous n'aurons pas des troupes de ligne en plus grande quantité... » !.
Mais le ministre de l'intérieur ne peut prendre aucune initiative. Il paie le département de bonnes paroles et, en lui conseillant une vigilance constante, lui rappelle que « c'est principalement par les voies judiciaires, que les malintentionnés doivent être contenus ». Il ne saurait être question de prendre des mesures que la loi réprouve, « telles que l'expulsion des prêtres non assermentés ou le désarmement des habitants » ?. Il convient de ne pas devan-cer, sur ce point, les décisions de l'Assemblée nationale.
En attendant, beaucoup d'intrus, après une tentative peu encourageante, abandonnent la place et donnent leur démission. C'est le cas en particulier de Daigues aux Saignes, de Cousin à Vallon, de Gaudin à Issarlès, de Besson à Lavilatte, de Gourgeon à St-Etienne de Lugdarès *, et d’un certain nombre d'autres. Breysse a trouvé un
1. Arch. nat. F 19 403. Lettre du 14 octobre 1791 du directoire à M. Deles-
sart.
2. Arch, nat. F 19 403. Réponse du ministre de l’intérieur le 14 novembre
LAOIS 3. Arch. Ard. L 902:
poste plus à son goût dans la Haute Loire. Il refuse, malgré toutes les sommations du département, ! de reparaître au Béage. Quant à Meycier, curé d'Aubenas, devant les difficultés de la situation, il disparaît purement et simplement, dans ia nuit du 4 au 5 septembre 1791, sans même prévenir l'autorité ?. Quelques-uns colorent d'un prétexte de patriotisme leur dépit de ne pouvoir vaincre l’antipathie et l'hostilité des fidèles. Aïzac, vicaire d'Antraigues, le premier intrus élu à Ste-Eulalie, ne pourrait se plaire au milieu de « gens trop fanatiques »*. Delolme avoue ingénüment que son amour de la paix et de la tranquillité et par dessus tout «les désagréments qu'il reçoit lui font préférer un vicariat à une cure » *. Plus de la moitié d’ailleurs, surtout dans le Tanargue, soit scrupules de conscience, soit crainte des mauvaises dispositions de Jeurs paroïissiens, ne daignent même pas répondre à l'annonce de leur élection 5. D'autres trouvent-de bonnes raisons pour se dispenser de rejoindre leur poste. Blachère « ne manque pas de courage ni de patriotisme ». Il fait même « un grand sacrifice de refuser », mais sa santé délicate ne saurait s'accommoder de la rigueur du climat de Chassiers. Rigal, vicaire de Thueyts, élu à Bornes, écrit que € sa religion n'ayant pas encore une année de service dans le ministère l'oblige à ne pas accepter 5 ». Charaix, en remerciant, le 28 août, de sa nomination à St-André-Lachamp, déclare que, « pour remplacer un confrère, c'est une chose qu'il ne consentait pas » 7. Le vicaire du Pouzin, Loyne, ne peut, lui non plus, se résigner à supplanter à Baix un prêtre, «avec qui il vivait en bons termes » $, Ville, mis en demeure d'opter, n'hésite pas à sacrifier la cure d’Ai-