‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 184 sur 396 · Arch. Ard. L543. Lettre du maire de Viviers s. d · texte numérisé non relu

Arch. Ard. L543. Lettre du maire de Viviers s. d

6. Arch. Ard. L122. Procès-verbal du directoire du 30 septembre 1791.

7. Le 16 octobre 1792, le Coiron constate que le séminaire diocésain est “Cabandonné depuis un an ». Arch. Ard. L570.

sera jamais reconstitué et, durant toute la Révolution, de Savine n'insposera les mains à aucun nouveau prêtre.

Il y avait bien un moyen de dissimuler, au moins temporairement, l'insuffisance des curés et vicaires : c'était de réaliser Ja réduction des paroisses prévue par la Constitution civile. Les directoires y songèrent !. Un plan fut élaboré et des délégués de l'évêque et des divers districts essayèrent, en 1792, de le mettre à exécution ?. La difficulté était de le faire accepter par la population. Tous les projets envisagés apparaissent aux intéressés arbitraires, illégaux, irréalisables. Ici, on allègue le mauvais ‘état des communicalions, le manque de routes, l'absence de ponts, la rigueur du climat. Là, ce sont les rivalités de clocher, les haines locales et les animosilés personnelles qui empêcheront toujours les fidèles de se rendre au village voisin. Celui-ci se prévaut des habitudes et des traditions séculaires, cet autre met en avant la beauté de son église, sa valeur artistique, mais, tous sont d'accord pour déclarer que la disparition de la paroisse aboutirait à Ja ruine de la religion, de l'honnêteté naturelle, &e la morale et même de l'hygiène. L'homme, privé ainsi de tout idéal, reviendrait tout droit à la beslialité. La nation, elle-même, y perdrait autant que les simples particuliers. Si le bourg ne recoit plus la visite dominicale des habitants des hameaux et fermes isolées, il dépérira rapidement. Tout commerce sera ruiné, les impôts ne pourront être acquiltés et les biens nationaux ne trouveront plus d'acquéreurs *.

Tous ces arguments n'étaient pas sans valeur, mais la véritable raison, qu'on n'osait pas toujours formuler ouvertement, c'était la volonté obstinée et irréductible du paysan de ne pas laisser toucher à son église. Sur ce point,il est beaucoup plus intransigeant que sur le serment. Si, dans beaucoup de cantons,il peut s'accommoder d'un curé constitutionnel, si même, exceptionnellement, il consent ça et

1. Arch. Ard L121. Arrêté du directoire du département du 17 septembre 1791 « pour presser la nouvelle circonscription des paroisses ». L'assemblée administrative du Tanargue s'en occupe le 3 et le 7 novembre 1791. Arch. Ard. L860. Le Mézenc prend une délibération Je 19 mars 1792. Arch. Ard. L740. Le Coiron, le 1t' août 1792, envoie un 21€ exemplaire du projet déjà préparé avec un des vicaires de l'évêque au mois d'août 1781. Arch. Ard. L345.

2. Arch. Ard. L315. Lettres du procureur général syndic au Mézenc le 26 janvier et 17 février 1792.

3. Arch. Ard. L798. Pétitions d’une cinquantaine de paroisses du district du Mézenc qui demandent leur maintien sous des prétextes divers. Cf. aussi L34t Nombreuses réclamations de paroisses contre le projet de réduclion et de suppression.

là à tolérer, à contre-cœur, la présence d'un intrus, rien ne pourra le décider à se plier à cette nouvelle brimade, que serait la suppression de l'exercice du culte dans sa paroisse. Il menace d’abandonner les patriotes et de passer à la contre-révolution. L’effervescence devient bientôt si vive que l'administration effrayée n'ose pas persister dans son dessein et se contente de pourvoir, tant bien que mal, aux vacances des cures les plus importantes.

A l'automne de 1791, le personnel de l'Eglise constitutionnelle comprend l’ancien évêque, les vicaires épiscopaux, les jureurs et les. intrus.

La prestation de serment de Mgr. de Savine, le 6 février, et son maintien à la tête du diocèse facilitent l'établissement du nouveau régime ecclésiastique. Au début, les modifications apportées dans l'organisation religieuse ne frappent guère les esprits. Malgré l'adhésion de Savine à la Constitution civile, Rome ne lui a pas enlevé ses pouvoirs de juridiction !. Par suite, le clergé du diocèse de Viviers, qu'il soit conformiste ou non, n'a pasà se prononcer sur une question délicate qui, en beaucoup de départements, fut le eritérium de la soumission : l'acceptation et la reconnaissance d’un évêque intrus.

Dans les paroisses des diocèses de Vienne, Valence et Uzés les insermentés continuent à s'adresser à leurs anciens évêqueset même les jureurs se gardent bien de publier à quel chef ils se rattachent. Les fidèles s'en inquiètent peu et les autorités évitent à cet égard toute curiosité indiscrète. [l n'y aura dedifficultés, à ce sujet, qu'aux Vans *etde dénonciation qu'à Annonay * de la part du nouveau maire, Colojon, ex-chanoine et ennemi personnel de Léorat Picansel. La municipalité en profitera pour provoquer le remplacement

1. La lettre du cardinal Zêlada de Rome, le 18 août 1792, à Mgr. d'Aviau constate que le Souverain Pontife n’a pas encore dépouillé Savine « de la juridiction dont il a été légitimement pourvu ». {Lettre citée par Lyonnet, vie de Mgr. d’Aviau T. I p. 480-481.

2. Arch. nat. F 19 403. Le vicaire annonce, le 9 octobre, qu'on va chanter le Te Deum pour l’évêque. Aussitôt Jean Baissac de s’écrier : « Vous entendez parler de celui d'Uzès ».

3. Annales d'Annonay par Léorat Picansel. Le-curé, lors d’une procession pour la pluie, avait nommé à l’oraison l'archevêque de Vienne.

du curé. L’incident donnera même lieu à un procès devant le tribunal du district qui manifestera clairement sa sympathie pour Léorat Picansel, en le renvoyant absous de toute inculpation !.

C'est pour éviter de pareils désagréments aux non-conformistes et enlever aux corps administratifs tout prétexte à inquisition que Savine, cédant à la bonté de son cœur, prend la mesure radicale de concéder à tous les curés le pouvoir général d'accorder, eux-mêmes, toutes les dispenses de mariage ?.

Mais l'acte qui lui fait le plus d'honneur, c’est la lettre qu'il écrit, le 25 juin 1792, à Chomel, procureur du roi à Annonay, pour protester contreles vexations dont sont victimes les non-conformistes de son diocèse *, « J'ai toujours pensé qu'on ne-devait employer aucune rigueur contre les prêtres insermeutés. Ils ne sont pas coupables. Ils sont même estimables parce qu'ils suivent, dans la sincérité de leur conscience, des opinions et des règles qui leur ont été enseignées dans leur jeunesse, comme appartenant au dépôt de la foi. Ils sont autorisés par le suffrage du Souverain Pontile et de la presque totalité du clergé de France. Il faut de profondes et hardies réflexions pour s'élever au-dessus de telles autorités ; et il serait bien étrange qu'ils puissent être coupables,pour les mêmes opinions qu’on les aurait crus coupables d'abandonner, il y a trois ans. Sila loi a donné sa confiance publique à ceux qui prêtent le serment, elle n’a pu imposer aucune peine à ceux qui le refusent ct qui, conséquemment, se croient obligés d'agir par des principes contraires à ce serment. Les fidèles qu'ils dirigent sont dans le même cas... Tous les privilèges de la justice et de la tolérance réclament l'entière liberté du culte, pour ceux qui rejettent Ja Constitution civile du clergé ».

Dans son apologie { de cette Constitation, de Savine est encore plus catégorique. Il représente l'obligation du serment comme une mesure d’ancien régime, un abus, « une tyrannie,une intolérance » indigne © d'un pays libre. L'Assemblée nationale a fait fausse route

1. Ibidem. En 1792, le tribunal du Coiron déclare, lui aussi, qu'il n'y a pas lieu d'informer contre Delent, vicaire de Villencuve-de-Berg, qui a rétracté son serment. Arch. nat. F7 3652 .

2. Il rappelle cette autorisation dans sa lettre à Chomel du 25 juin 1792.

3. Lettre de M. l’évêque de Viviers à M. Chomel, le 25 juin 1792. Impr. Viviers, in 12,4 p. Fonds Vivarois.

4. Examen des principes de la Constitution civile du clergé. Impr. XXXV et 276 p. Lyon 1792, in-8. Fonds Vivarois.

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