‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 188 sur 396 · Lettres apologétiques p. 38 et 39. Note · texte numérisé non relu

Lettres apologétiques p. 38 et 39. Note

Les élus sont des vicaires sans grande valeur intellectuelle ni anorale, quelquefois de tout jeunes gens, comme Bouzon qui n’était pas encore prètre en 1789 !. Ils joueront un rôle fort effacé et, plutôt que de remplacer dans le ministère paroissial les curés défañlants, ils préfèreront donner leur démission. Leur conduite sera peu exemplaire et, au premier signe du danger, la plupart livreront leurs lettres de prêtrise et abdiqueront toute fonction ecclésias-

tique ?.

Parmi les curés et vicaires de campagne qui ont prêté le serment et qui forment le gros de l'Eglise constitutionnelle, beaucoup sont de bonne foi*. Ils ont cédé, le plus souvent sans grande réflexion, à des pressions matérielles ou morales. S'ils éprouvent de sérieuses difficultés dans de nombreuses paroisses du Tanargue, où les fidèles les assimilent volontiers aux intrus et les obligent parfois à se rétracter À, en général, surtout dans le Mézenc et le Coiron, il n'v a pas d'hostilité marquée entre les simples jureurs et Jes réfractaires et il est parfois malaisé de les distinguer les uns des autres, tant est variée la gamme des réserves. Pour ne pas être inquiétés, ils tiennent à laisser croire aux autorités civiles qu'ils sont en règle avec la loi, pendant qu'ils cherchent à se persuader que leur conscience ne peut rien leur reprocher. Certains mêmes, à la grande colère des patriotes, refusent de lire en chaire les lettres et les mandements de Savine 5. |

Durant la persécution, ils courberont la tête sous l'orage, disparailront prudemment, se cacheront à proximité de leur paroisse, prêts d’ailleurs, même dans ces moments difficiles, à prêter le se-

1. Fonds Mazon. Chr. 18. Papiers Gleizal. Lettre de Bouzon le 3 septembre

2, Ibidem... Lettre de Bouzon à Gleizal du 27 brumaire an Il, cù il regrette de ne pouvoir livrer ses lettres de prêtrise. Il les a laissées à Viviers en quittant cette ville, ainsi que sa nomination de vicaire épiscopal. Cf) encore arch, Ard. L544. Démission et abdisation de Loyne le 23 pluviôse, an IE.

3. Fonds Mazon T. 6. Manuscrit de St Arcons p. 622 et manuscrit de Delichères, p. 84.

4. Fonds Mazon. Chr. 13. Lettre du lieutenant-colonel Durand au département, le 13 février 1792, et procès-verbal de Baissac et Bellon, commissaires envoyés, au début de 1793, dans le canton des Vars pour vérifier les prestations de serment.

5. Arch. nat. F 7 3652 1. Extrait du procès-verbal de la session extraerdinaire du conseil général du département, 11 avril 1792. Arch. Ard. L790. Plaintes de l'assemblée électorale-du Mézenc, le 21 novembre 1792, contre les « fonctionnaires ecclésiastiques qui, après avoir prêté le serment, agissent con-

tradictoirement à leurs engagements ».

cours de leur ministère aux fidèles qui feront appel à leur esprit de charité. Si leur zèle, leur dévouement et leur abnégation sont moins ardents que ceux des réfractaires, s'ils se dérobent moins aux compromissions, dans l'ensemble, les assermentés restent estimables et se conduisent honorablement. La plupart refuseront l'intrusion et l'abdication et n'éviteront pas toujours la prison ni même la déportation. ns

Il en va un peu différemment des intrus. Ce sont souvent des ambitieux assez vulgaires, vicaires besogneux ou anciens religieux en rupture de cloître, pauvres hères de peu de valeur intellectuelle et morale, fascinés par la perspective d'un traitement de 12C0 livres. Leur condition, d’ailleurs, est réellement misérable et beaucoup, au moins dans les campagnes, sont encore plus à plaindre qu'à blâmer. Parfois, ils auraient voulu trouver un accommodement avec le réfractaire, et, en plusieurs parcisses, à la suite d’un accord précis ou tacite, ils laissent à leur compétiteur l'usage de l'église à certaines heures, mais bientôt les circonstances sont plus fortes et plus impérieuses que le désir de conciliation réciproque.

Ils sont peu nombreux, de 20 à 25 au plus à la fin de 1791, très dispersés et très isolés, sans aucun appui ni réconfort moral au milieu de l'hostilité générale. Même les jureurs les évitent, les insermentésles condamnent et, le plus souvent, la population s’acharne contre eux. Parfois, ils ne peuvent trouver à subsister dans leur nouvelle paroisse ; au leur refuse les choses les plus nécessaires à la vie. Les fidèles croient faire œuvre pie en leur suscitant les pires difficultés ; les meilleurs chrétiens se détournent d'eux avec horreur ; les femmes les injurient, les enfants les poursuivent à coups de pierres et les assaillent jusque dans leur presbytère !,

Ces avanies poursuivent le prêtre jusque dans l'exercice de son ministère. Les doléances de Baron, curé intrus de St. Alban d'Ay, sont instruclives à cet égard. Le 8 septembre, il se plaint à la société populaire d'Annonay de « ne pouvoir exercer ses fonctions avec la majesté et la dignité qu'elles méritent..….? » Il a dans sa paroisse € deux boute-feux secrets, l’ancien curé et l’ancien vicaire, » qui metlent en doute la valeur des sacrements qu'il confère et me-

1. Cf) Les plaintes de Guérin aux Salelles, de Levastre à Ste Eulalie, de Baron à St Alban d'Ay,.. etc... Fonds Mazon chr. T 13 et Arch. nat. F 19 403.

2. Procès-verbal du club d’Annonay le 8 septembre 1791 cité par Rostaing. p: 147.

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nacent de damnation quiconque assiste à sa messe !. Aussi le fuiton comme un pestiféré. Même son vicaire, Battandier, vient de l'abandonner ?. Le dimanche, pendant sa messe, l’église est déserte. On n’entrouvre la porte que pour l'insulter et il a beau requérir le maire de le protéger, celui-ci le tourne encore en ridicule. Dès que sa messe est finie, la population affecte de se rendre en masse à celle du curé ou du vicaire réfractaire. Alors qu'il ne voit jamais personne à son confessionnal, Didier et Bourret confessent dans leur chambre, On ne lui apporte pas les enfants pour le baptême et il ignore si les nouveau-nés ont reçu ce sacrement. Même les morihonds se croiraient coupables s'ils faisaient appel à son ministère. Pour les enterrements, on dépose le cercueil à la porte de l'église et on le laisse seul avec le corps #.

Bientôt la situation s'aggrave. Le 8 octobre, plus de deux cents personnes, armées de bâtons ou de fusiis, veulent Jui faire un mauvais parti. Les gendarmes, envoyés par le commissaire du roi pour veiller à sa sécurité, somment le maire, au nom de la loi, d'interposer son autorité. Îls ne recoivent que celle réponse brutale : « Je me f.... du commissaire du roi et de la loi, ma religion m'est plus chère que tout » t. « Nous étant mis à l'écart, ajoute le procès-verbal des gendarmes, nous avons crié plusieurs fois : force à la loi, sans que personne ne se soit mis de notre côté et, voyant un danger évident et le risque de notre vie, nous nous sommes retirés à grande course de cheval vers Annonay » 5. Baron est contraint, lui aussi, de chercher un refuge précipité à la ville voisine 6. Il vient narrer ses infortunes à la société populaire, qui ne l'écoute que d’une oreille distraite. Le club « invite M. de Serres à se servir de tout l'ascendant qu'il peut avoir sur ses concitoyens pour apaiser leurs dissensions et les ramener aux principes de la Constitution », puis refuse de se mêler plus longtemps de cette affaire 7. Baron n'exagère guère, semble-t-il, lorsqu'il se donne pour « le plus mal-

1. Arch. nat. F 19 403. Extraits des dépositions faites devant le tribunal de district le 6 octobre 1791.

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