Arch. Ard. L
dans des maisons particulières. Dans les campagnes toutefois, la crise est moins aiguë, les intrus sont plus rares et Ja crainte des réactions populaires bride davantage l'ardeur des Jacobins. Aussi, malgré les obstacles et les difficultés, le culte non-conformiste continue-t-il assez régulièrement, dans la plupart des paroisses rurales, jusqu'à l'automne de 1792.
Il n'en est pas moins vrai, cependant, que toutes ces rivalités, ces conflits, ces luttes d'influence entraînent de graves répercussions sur la vie religieuse et l’état d'esprit de la population. Le matérialisme pratique profite de toutes les entraves apportées à l’exercice du culte, et la suspicion à l'égard de certains prêtres contribue à ébranler les convictions et à affaiblir les croyances. Sous le couvert de discussions violentes, des idées irréligieuses s’insinuent peu à peu dans tous les milieux. Si les bourgeois citadins et les habitants des bords du Rhône sont les premiers atteints, à l'intérieur même du pays, les ruraux n’échappent pas complètement à la contagion et beaucoup, qui naguère encore se croyaient de bons chrétiens, en arrivent insensiblement à se désintéresser de la religion. Dans la montagne, cependant, l'isolement, la forte organisation de la famille et surtout ‘les traditions ancrées dans les âmes constituent pour la foi du paysan une sauvegarde plus efficace, mais il n’y a épuration et transformation par l'épreuve que chez quelques rares privilégiés.
L'esprit public, àson tour, accuse profondément le contrecoup de toute cette agitation. L'opposition doctrinale des non-conformistes exaspère les patrioles avancés qui, pour les combattre plus facilement, leur prêtent des arrière-pensées politiques. Et il faut bien avouer que, si la grande majorité des insermentés, avec Léorat Picansel, évite soigneusement de se laisser entraîner hors du terrain religieux, un certain nombre, désemparés, s’accrochent à toute branche de salut. Ils en viennent à se compromettre à plaisir avec les extrêmistes et à faire ouvertement des vœux pour le retour à l’ancienrégime. Le curé de Chambonas, Claude Allier, le curé de Colombiers, Pascal, sont les représentants les plus autorisés et les orateurs les plus fougueux de. ce groupe bruyant et agressif01)
Les organisateurs du camp de Jalès, de leur côté, trop heureux de voir leur parti renforcé par des adeptes qui ont conservé