‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 233 sur 396 · Réimpression du Moniteur T. 11 p. 35 et · texte numérisé non relu

Réimpression du Moniteur T. 11 p. 35 et

L'argent non plus ne fera pas défaut. En dehors des dons gracieusement mis à la disposition des conjurés par leurs partisans, Conwayest autorisé à disposer de 300.000 livres et Saillans reçoit un premier acompte de 100.000 livres ! pour &se procurer, le plus tôt possible, les munitions, vivres et effets nécessaires à la coalition des fidèles sujets de Jalès. » ? :

Dès le mois d'avril, Conway et Saillans et un certain nombre de «gentilshommes... qui peuvent être utiles dans leurs provinces » sont à Chambéry, à proximité du théâtre des futures opéra- “tions. Saillans, qui est au courant des projets de Claude Allier et qui partage son optimisme, est impatient de reprendre contact avec le comité de Jalès, d'activer la propagande et d'étudier sur place les conditions de la lutte. Brusquement, à la fin avril, il se décide à passer en Vivarais.

Il y retrouve les principaux chefs dela conjuration : le chevalier de Melon, Perrochon, Roux de St Victor, Portalès, l’abbé la Rastide, Pellet et surtout le prieur de Chambonas, l'abbé Allier. Il établit son quartier général dans un village entièrement acquis à la cause royaliste, à St André de Cruzières, chez la veuve Fabre *. « Continuellement en route, rarement de jour, souvent de nuit, changeant tour à tour de nom, de costume, de domicile, aujourd'hui à Privas, demain à Joyeuse, le lendemain à Aubenas, le jour suivant à Pradelles .. » !, ilréussit par sa prudence à dépister les plus fins limiers. Sans exciter. les soupçons, il tient de multiples conciliabules à Chambonas, au Folcherand, à Naves, à Gravières, à Pradelles... 5 Le 19 mai, il convoque une grande réunion à la Bastide en Gévaudan pour donner lecture de ses lettres de créance, faire reconnaître son autorité et exposerses projets. Tous les assistants se déclarèrent enchantés « de ce que le choix des princes fût tombé sur un officier aussi distingué par sa naissance que par ses services » et décidèrent de presser les dernièrs préparatifs de l'insurrection. 6 S

1) Fnstructions et pouvoirs donnés à M' le comte de Conway, pièce justificative n° 17 ;cf aussi n° 20.

2) Arch. nat. C187. Lettre de Cowvayà Saillans, le 7 mars 1792.

3) Il recevait ordinairement sa correspondance sous le nom de Serouzet, marchand de graines de vers à soie ;cf ) nombreuses lettres saisies au presbytère de Chambonas, le 11 juillet 1792.

4) Andéol Vincent. Histoire des guerres du Vivarais p. 53.

5) Boissy d’Anglas. Conspiration de Saillans p. 10. 6) Pièce justificative n° 20. Une quarantaine de personnes ont signé le pro-

cès-verbal de cette assemblé: du 19 mañ.

Le recrutement des volontaires était en bonne voie. Des anciens officiers du régiment de Roussillon, des vétérans, des déserteurs offraient leur concours. De nombreux prêtres réfractaires !, sans prendre une part active au complot, l'encourageaient de leurs sympathies. On pouvait compter sur le zèle et le dévoûment de la plupart des gentilshommes de la région ; et Claude Allier assurait que les paysans et les catholiques n'attendaieht que l'appel du toscin pour prendre les armes. Le succès ne semblait pas douteux.

Mais, si les royalistes du Vivarais, Velay et Gévaudan, toujours sous la menace d'une dénonciation, élaient pressés d'en finir et cherchaient à précipiter les évènements, les conspirateurs de l'extérieur, groupés à Coblentz auprès des princes, où à Chambéry autour de Conway, modéraient-les impatiences et prêchaient la temporisation. Moins troublés par le danger imminent, de Join, ils jugeaient plus sainement de la situation ; ils comprenaient qu'un soulèvement prématuré et partiel était voué à wn échec certain ; ils voulaient coordonner les efforts de tous les contre-révolutionnaires du midi et n'agir que d'accord et de concert avec les puissances étrangères. L'heure de l’action n'avait pas encore sonné pour les autres provinces. L'invasion des armées prussienne et autrichienne ne progressait que lentement ; le Piémont ne bougeait pas et l'Espague, soucieuse de ne pas compliquer encore la situation si difficile de Louis XVI, donnait au gouvernement francais l'assurance de sa complète neutralité. ;

Les divergences s’accentuaient entre « la manufacture de Gévaudan et celle de Vivarais » et provoquaient de vives controverses ?. Rivière, Combettes, Borel, de Siran, depuis l'échauffourée de Mende. sont nettement hostiles à toute tentative isolée. Leurs arguments ontété assez persuasifs pour obtenir l'ajournement de toute insurrection avant le mois d'août à.

Saillans avait vainement essayé d'arracher Conway à l'influence

1. CF. Boissy d'Anglas. Conspiration de Saillans p.10 et 11. « Seize prêtres étrangers venaient d'arriver à Bannes ; huit à Gravières ; dix à Naves : un nombre non moins considérable aux Vans ; ils y préchaient la contre-révolution et la désobéissance aux lois. »

2. Cf. Arch. Lozère L 127. @ J'ai été instruit, déclare un nommé David, dans une lettre datée de Lyon, le 23 juin 1792, sans le vouloir, de la mésintelligence qui règne entre la manufacture du Gévaudan et du Vivarais. Je ne doute pas que cela ne soit dans le cas de faire échouer les plus belles spéculations. ».

3. Arch. nat. C 218. Copie de plusieurs lettres écrites de Chambéry et arrétées dans le département de la Lozère.

déprimante des royalistes de la Lozère. Non seulement il n'avait pas réussi à le décider à passer la frontière, mais il s'était même vu refuser l'auturisation de se rendre à son poste !. M. de Landau déclarera même, un peu plus tard, qu'on l'a expressément prié de ne pas obéir à M. de Saillans ?. C'est alors qu'exaspéré de ces résistances imprévues, Saillans, sur les conseils du comité de Jalès, se résout à en appeler des objections de Conway à l'autorité suprême des princes. Il envoie son lieutenant, Portalès *, soumettre directement aux frères du roi un plan d'action immédiate,

Mais, à Coblentz aussi, les partisans de la temporisation l'emportaient. On se défiait de la présomption et de l’impatience des conjurés du, Vivarais. Bien loin de condamner l'attitude de Conway, le comte de Provence et le comte d'Artois jugent sévèrement l'indiscipline de Saillans et désavouent son initiative. Ils retiennent son envoyé et ne lui communiquent leurs décisions que par l’intermédiaire de Conway. Dans leur lettre du 8 mai, ils rappellent sans ménagement à leur subordonné que Conway est seul dépositaire de l'autorité du roi. « Nous ne voulons recevoir des projets que de lui... et vous devez obéir à ses ordres dans tous les cas. ». Ils lui dénient le droit d'employer des officiers, sans l'agrément de son supérieur hiérarchique, et surteut de disposer des fonds qui lui ont été confiés, « sur l'avis d’un comité qui n’a aucun ordre à donner. » #. Une autre lettre, datée de Coblentz, le 18 juin, est encore plus brutalement explicite sur les dispositions des frères du roi à l'égard de Saillans. « Je leur ai montré votre lettre et ils vous ont rangé au nombre de ceux que les chefs doivent traiter comme rebelles. Puissiez-vous leur faire oublier vos folies qu'ils désapprouvent haute- He LE)»:

Le coup était dur pour Saillans et pour les membres ducomité. La passion, la jalousie, la colère, l'obstinalion s'en mélèrent. Les royalistes du Vivarais, déçus et aigris, refusent de modifier leur

1. Arch. nat. F3 4564. Cf. copie des déclarations faites par Claude Allier avant de mourir... « Le comte de S... (Saillans), fâché des lenteurs que lui faisait éprouver chaque jour le général pour se rendre à sa destination, lui témoigna un grand mécontentement et lui signifia qu'il partirait, sous peu de jours, tout seul, s’il ne partait pas lui-même. Il exécuta son dessein et dès lors s'établit une brouillerie bien caractérisée entre ces deux officiers ».

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