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Arch. Lozère L 127. Lettre de Borel à Saillans

point de vue. Pas un instant, ils ne mettent en doute que les princes et Conway n'aient été circonvenus et trompés par desintrigants et des trembleurs. Au début de juin, paraît un réquisitoire violent contre « les menées sourdes et ôdieuses, les calommies atroces et l'infernale intrigue » des lâches et perfides conseillers de Chambéry et de Coblentz.. « Nous allons donc dévoiler l'intrigue et l'ambition aux abois et faire retomber sur elles l’indignation qu'elles appellaient sur nous !». Ils opposent ensuite l'attitude courageuse, loyale et héroïque de Saillans à «la fourberie du général, qui a toujours eu en vue qué rien ne peut s’opérer en Vivarais.… Je laisse le reste à deviner aux princes et à juger de celui qui sacrifie tout pour remplir la mission dont ils l’ont honoré et de celui qui fait tout pour la faire manquer. Conway est anglais etSaillans est franais. Le premier aime infiniment le gouvernement anglais, le second le roi.°»

Puisque les émigrés se dérobaient et se refusaient à toute action, les fidèles royalistes du Vivarais, Velay et Gévaudan n'avaient à prendre conseil que d'eux mêmes. De tous côtés, on réclame des décisions immédiates et irrévocables. Renvoyer la révolte serait perdre à jamais une occasion unique de succès et décourager, pour toujours, la bonne volonté, le zèle etle devoûment des catholiques de la région. ?

Malgré ces instances flatteuses, malgré les preuves de fidélité des populations rurales à Dieu et au roi qu’il rapportait de ses tournées dans la montagne, Saïllans hésitait encore à endosser de si graves responsabilités. «€ Quelque pressantes que soient les démarches faites d'agir vigoureusement et de suite, s’écrie-t-il à la réu- -nion du 23 juin..., quelque préparés qu'ils crussent être pour le faire avec succès, il pensait que la prudence exigeait qu'on concertât toutes les opérations avec les efforts des puissances étrangères et avec M. le comte de Conway... dont il se faisait un devoir d’exécuter les ordres... » Mais les conjurés sont las de toutes ces tergiversations. Ils font valoir «que les délais mis aux opérations devenaient de jouren jour plus dangereux, que l'oppression des catholiques était à son comble... que déjà deux bataillons de l’armée marseil-

1. Pièce justificative n° 22. « Mémoire en faveur du soi-disant comte de Saillans par les fédérés de Jalès. » Cf. aussi n° 56 et 57, projets de lettres aux frères du roi par le chevalier de Melon.

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