Pièce justificative n° 2, cf) aussi n°5 7 et
de se retirer «du château de Bannes, dans la journée, avec armes et bagages ! ».
Saillans, heureux d'avoir la place à si bon compte, se montra conciliant sur les conditions. Il s'engage à faire escorter la garnison par le chevalier de Melon pour « qu'elle ne soit pas inquiétée sur la route ». Il rend aux gendarmes leurs chevaux et fournit une voiture pour le transport des effets du détachement ?.
Cette capitulation fut jugée sévèrement à l'Assemblée nationale * et dans le pays. On trouva que Bois Bertrand s'était trop hâté. On lui reprochad'être entré en conversation avec l'ennemi avant d’avoir épuisé tous les moyens de défense. Un sévère rationnement, dès le premier instant du siège, lui eût permis de tenir un ou deux jours de plus et d'attendre le secours qui ne pouvait tarder.
C'était un premier et indiscutable succès qui risquait d’avoir un grand retentissement et de graves conséquences. Maître de la plaine de Jalès, de Bérrias, Bannes, Beaulieu, St-André et St-Sauveur de Cruzières, Saillans avait réussi à donner de l'air à sa petite troupe. Il s'empressa d'exploiter sa victoire. Il multiplie les appels et les proclamations, il réitère ses ordres pressants de levée en masse à toutes les paroisses des environs et de la montagne ; il invite même les protestants et les patriotes repentants à se reIlier à lui et à venir chercher un refuge dans son camp à.
Le département, de son côté, ne reste pas inactif. Dès la première nouvelle de l'insurrection, il envoie des courriers extraordinaires à l'Assemblée nationale, aux départements voisins, aux généraux Montesquiou et d'Albignac. Il prévient la Haute-Loire du danger qui menace le Puy, réclame du Gard tous les secours dont il peut disposer et donne l'ordre d'arrêter immédiatement tous les particuliers nommés dans la commission de Saillans. Il concentre à Joyeuse les troupes de ligne éparses dans le département, convoque les gardes nationales des districts du Tanargue et du Coiron et organise rapidement quelques compagnies avec les volontaires assemblés, le premier juillet, à Privas pour la formation d'un batail-
1. Lettres de Bois Bertrand à Saillans, pièces justif. nos 44, 45, 47.
2. Conditionsde la capitulation du château, pièce just. n° 29.
3. Réimpression du moniteur. T. 13 p. 163, séance extraordinaire du lundi: soir 16 juillet 1792. Ledéputé Voisin demande la formation « d'une cour martiale pour juger la conduite du commandant dela garnison de Bannes qui a eu la lâcheté de faire la capitulation avec M. Dussaillant ».
4, CP sa circulaire commune aux populations de Beaulieu, Grospierre, Chan— dolas et Berrias du 10 juillet, pièc. justif. n° 11, cf) aussi n°$ 9 et 10.
lon. Mais, plutôt que de courir le risque d’un échec, il sait résister à l’impatience de ces jeunes soldats qui, sans chef, sans entraînement, sans éducation militaire, étaient incapables de triompher de l'habileté de Saillans !. Il ne veut agir qu'à coup sûr.
Pour être plus à portée des évènements, le directoire se rend à Joycnse. En deux jours, 600 volontaires sont armés, équipés, encadrés et ravitaillés. Amalgamés avec 400 hommes de troupes régulières, ils forment une petite armée qui, d'un moment à l’autre, peut être renforcée de plusieurs milliers de gardes nationaux. Le lieutenant-colonel Aubry, qui a toute la confiance des patriotes, en prend le commanden:ent. Les derniers ordres étaient donnés, toutes les dispositions étaient prises pour ravitailler Bannes et jeter un renfort dans la place. Les troupes allaient se mettre en route lorsqu'on apprend la capitulation de Bois Bertrand et l'occupation du château. par les rebelles.
Si les lenteurs de l'organisation n'avaient pas permis de prévenir cet échec, du moins, un cordon de troupes de 1.600 hommes ?, répartis entre les Assions, Naves, Gravières, Chambonas, Brahic, Malbose et les Vans, interceptait toute communication avec la montagne, et, en empêchant le moindre renfort de parvenir aux insurgés, donnait le temps à l'administration de mettre en ligne une armée considérable.
Déjà, pour faciliter l'heureuse issue des opérations, le Gard avait délégué deux administrateurs à St Ambroix et mis toutes ses. forces à la disposition du directoire de l'Ardèche. St-Ambroix, Barjac et St-Jean, dès le 10 juillet, avaient de l'artillerie, des dragons, plusieurs bataillons d'infanterie et de nombreuses compagnies de gardes nationales. Le général d’Albignac arrivait à Pont-St-Esprit avec deux régiments, desiinés d'abord à l’armée de Montesquiou, mais qu'un ordre de ce général avait délournés sur le théâtre de l'insurrection ?.
1. Boissy d'Anglas. Conspiration de Saillans p. 13 et 14 et Arch. ard. L. 125, procès-verbaux du directoire.
2. Les 800 hommes qui devaient ravitailler Bannes servirent à renforcer le cordon de 809 hommes déjà établi. Cf) conspiration de Saillans p. 17.
3. Conspiration de Saillans p. 19. Cf) aussi Fonds Mazon chr. 13. Lettre du général Montesquiou à Griolet, procureur général syndic du Gard, du 7 juillet 1792. Il envoie Albignac qui est à Grenoble à Pont-St-Esprit, et Châteauneuf Randon a reçu des ordres en blanc pour arrêter les troupes en route et les dirigèr- € où besoin sera. » Lettre de Montesquiou à Boissy d’'Anglas du 10 juillet. Lettre
de Lajard, ministre de la guerre, au président de l’Assemblée nationale. Séance: du 12 juillet. Arch. parlementaires T. 46 p. 383.
C'était une masse de près de 10.000 hommes qui menaçait d'excercler Saillans. Ce dernier constate avec stupeur que, malgré ses proclamations, malgré le son du tocsin qui, depuis deux jours, ne cesse d'appeler aux armes les paroisses fidèles !, les catholiques, qui se souviennent des mésaventures antérieures, ne répondent guère à ses pressantes sollicitations. Même ses lieutenants les plus dévoués laissent voir leur désappointement, — « Je sais, écrit Dominique Allier, que vous n'êtes pas aussi satisfait que vous devriez l'être... Vous méritez un meilleur sort que celui que les circonstances vous donnent... » ?.
Tous contastent qu’ «€ on ne met aucun entrain à exécuter les oräres donnés. » * La plupart des paroisses n’ont pas envoyé leur contingent et plusieurs gentilshommes, pour excuser leurs défailfances, allèguent les difficultés avec lesquelles ils se sont trouvés aux prises. Les patriotes les serrent de près et les protestants n'’attendent qu'une occasion favorable pour fondre sur eux ‘. Les plus impatients de la veille, aussi bien que ceux qui ont combattu ses projets, ne ménagent déjà plus à Saillans ni les réeriminations, ni les insinuations malveillantes. Ils lui reprochent amèremer.t d’avoir négligé les précautions les plus élémentaires. « Si vous n'avez pas mieux combiné et préparé vos opérations ailleurs qu'ici, lui écrit J'un d'eux, vous n'aurez pas acquis la confiance nécessaire au succès. » ?. &« Quelle force, écrit un autre, peut avoir une armée commandée par un fol sur les plans d’un prieur de Nabochand ? (Chambonas) » f.
Les prévisions de Claude Allier sont cruellement démenties. L'armée de 25 à 45.000 soldats ardents et enthousiastes s’est évanouie. Il ne réste à Saillans qu'une misérable troupe de 15 à 1600 paysans, mal équipés, mal entraînés et déjà démoralisés. L'avenir apparaît si sombre que l'inquiétude et l'effroi glacent les courages les mieux aflermis. La crainte des responsabilités sème la panique dans les rangs. Ce n'est qu'à force d'énergie et de sévérité que les officiers réussissent à empêcher la désertion en masse. Platon, le 11 juillet, donne l'ordre de tirer sur quiconque essaiera de sortir
Conspiration de Saillans p. 25.
Lettre de Dominique Allier à Saillans s. d., pièce just. n° 37.
Lettre de Leblond s. 1. n. d. à Saillans, pièce justif. n° 41.
Lettre de Pagès s. 1. n. d. à Saillans, pièce justif. n° 42.
Billet adressé à Saillans et non signé, pièce justif. n° 48.
Arch. Lozère L 127. Lettre de Chambéry du 16 juillet 1792 à Pourquery,
à Langogne.
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des lignes. Dominique Allier n'ose pas, malgré tout son dévoûment, se rendre à l'appel de Saillans. « Je suis à l’attache, écrit-il, et j'ose vous dire qu’un entier abandon de mon poste arriverait si je me rendais à Bannes.. et il serait question de me faire subir un sort peut-être tragique. » Tous les chefs de détachement réclament avec instance des renforts urgents pour arrêter la progression des troupes nationales. Dominique Allier, Degras, Gignoux, Crégut déclarent leur situation désespérée !.
Les troupes du Gard sont prêtes, dès le 10 juillet, à déboucher de St-Ambroix et à marcher sur St-André-de-Cruzières et Berrias. Le 11 juillet, une colonne de 1300 hommes se heurte à la petite troupe du chevalier de Melon, postée à l'orée du bois de Courry, sur la montagne de St-Brès. Grâce à l’activité de leur chef et à l'excellence de la position, les- royalistes font bonne contenance. La bataille dura près de trois heures, et, pour réduireles insurgés, il fallut amener plusieurs pièces d'artillerie. Mais, si le feu avait été peu meurtrier durant l’action, les pertes des paysans furent sévères dans la retraite, qui dégénéra vite en désastre ?.
Ce succès livrait le village de St-André-de-Cruzières à la vengeance des patriotes. Les habitants avaient pris la fuite. Rien ne put contenir la fureur des soldats. « St-André fut livré aux flammes, sans qu'il fut possible de sauver une seule maison. » Le château de Jalès sans défense subit le même sort. Le 11 au soir, l'armée du Gard faisait sa jonction à Berrias avec celle de l'Ardèche. Le cercle: d'investissement se resserrait autour de Saillans. Il venait de perdre St-André, Berrias, Jalès et Beaulieu. Refoulé dans Bannes, il ne lui restait que le château, le village et quelques hameaux. L'insurrection agonisait. Elle n'aurait même pas la ressource de gagner la montagne pour y organiser la guerre de guerrillas, comme Saillans s'était vanté de le faire en cas d'insuccès. Toute retraite était fermée: à l'armée royale. È
Pendant que les troupes nationales prennent leurs dernières. dispositions pour enlever le suprême refuge des insurgés, Saillans. désespéré rédige fiévreusement une proclamation élrange quil adresse, le soir même, à l'armée de St-Ambroix. «Je demande que chacun rentre chez soi et qu'on v soit parfaitement libre et tranquille. Je restera dans mon château de Bannes, comme faisant
1. Pièces justificatives, n° 35, 36, 37, 68... 2. Boissy d'Anglas. Conspiration de Saillans, p. 20. 3 Conspiration de Saillans, p. 21.
parlie de mon héritage. J'exhorte tous les partis divisés à se réunir en vivant en bonne intelligence et à nous en rapporter aux puissances qui nous prendront sous leur protection... » !
Il attendait anxieusement une réponse qui ne vint pas. Son messager fut abattu à coups de fusil. Alors, sans nouvelles de ses lieulenants, se voyant seul avec une poignée d'hommes, après une scène violente avec Claude Allier ?, il se résout, lui aussi, à chercher son salut dans la fuite.
Le lendemain, 12 juillet, à la première heure, trois soldats du 38" régiment, prisonniers des rebelles, arrivaient en toute hâte aux Vans et annonÇaient que Saillans avait profité de la nuit et d’une pluie torrentlielle pour abandonner le château, avec 25 de ses partisans. Quelques heures plus tard, le lieutenant-colonel Murol, avec un détachement du 2° bataillon de volontaires, réoccupait ce poste important. [ y trouvait 1200 rations, quelques munitions et surtout de nombreux exemplaires de la proclamation insurrectionnelle de Saillans *. Le soir même, le château était la proie des flammes #.
L'insurrection avait vécu, mais la présomplion et la folie de son chef allaient coûter la vie à une foule de malheureux qui s'étaient laissé entrainer sans réflexion dans une aventure criminelle et sans issue. La répression et la vengeance furent d'autant plus impitoyables et sauvages que les craintes etles appréhensions des patriotes avaient été plus vives. Déjà, les messagers de Saillans et plusieurs particuliers des Vans ont payé de leur vie la moindre suspicion d'espionnage ou de complicité *. Dans les bois où les rebelles se sont réfugiés, c'est une véritable chasse à l'homme, qui ne comporte ni pilié ni rémission. Presque tous les isolés, saisis par les divers détachements, sont fusillés sur le champ f.
Mais le département, qui redoute d’être accusé de négligence, tient surtout à mettre Ja main sur les chefs de la conjuration. Dès les premiers symplômes de désagrégation des troupes contre-révo-
. Pièce justificative, n° 14.
. Conspiration de Saillans, p. 22.
Conspiration de Saillans, p. 23.
. Arch. Ard. L 125. Procès-verbal du directoire du 14 juillet. Cf. aussi relation manuscrite de Fabregat, fondé de pouvoirs du comte de Roure, citée par Brugal. La Jacquerie dans le Vivarais.
7 5. Conspiration de Saillans p. 17 et 22. Cf. massacre de Claude Charaix, cordonnier aux Vans, le 9 juillet, et de Reynaud, plâtrier, le 10 juillet. Archives des Vans citées par Tallon. Histoire des Vans, T. II, p. 149 et suivantes.
6. Lettre à Ganon par un membre du directoire, lue à l’Assemblée hationale, séance du 18 juillet. Réimpression du Moniteur T. 13, p. 187.
lutionnaires, il donne l'ordre à tous les représentants de la force armée d'interroger minutieusement tous les inconnus, tous les suspects et, au moindre doute, de les retenir prisonniers. ! Les arrestations furent nombreuses.
Le 12, au soir, une patrouille de cinq hommes, sous la direction du vétéran Hyacinthe Laurent, surprenait près du hameau des Aidons, paroisse de Villefort, un groupe de cinq voyageurs, vêtus en paysans, qui paraissaient exténués de fatigue. Ils n'essayèrent ni de fuir, ni de se défendre. L'un d'eux se donna pour le curé de Barjac, en route pour Les eaux thermales de St Laurent. Par malheur, un portefeuille qu'il s’efforçait de dissimuler confirma les soupçons des gardes nationaux et révèla son identité. C'était Saillans. Ses compagnons étaient Pradons, curé commis de Bannes, le vétéran Nadal, l'abbé Boissin et un domestique de Saillans. La prise était bonne. Saillans tenta vainement, par des promesses et des menaces, d'acheter la complicité du chef de détachement. Laurent fut incorruptible. ?
Aussitôt, il fait battre la générale. La garde nationale de Ste Marguerite Lafigère vient renforcer la petite troupe, qui rétrogade sur les Vans. L'escorte grossit à mesure qu'on traverse les villages de Lafigère, Malarce, Les Salelles, Chambonas. Aux Vans, soldats, volontaires nationaux et simples particuliers, déjà prévenus de l'évènement, se pressent, nombreux et menaçants, sur la place de Grave.
Des cris, des injures, des voies de fait accueillent les insurgés. La municipalité, le juge de paix et les chefs militaires font des efforts méritoires pour les protéger. {ls sont vite débordés. * Les cinq prisonniers, note le registre municipal, « furent victimes du ressentiment populaire et de la majeure partie de la force armée. » #
Une lettre aux officiers municipaux de Largentière marque bien les dispositions des troupes, « Bonne, grande nouvelle, Messieurs, réjouissez-vous, le traître, le scélérat, le monstre Saillans vient d'’étre arrêté avec Nadal, Pradons, Boissin.. Counduits à la Grave, ils ont été tués d'une belle manière, décollés..….. nous avons les têtes, Tourrette a eu la gloire d’être le premier à frapper, jamais exécution