Séance du 8 septembre, au soir
5. Cet incident occupe une partie de la séance du matin du 4 septembre et presque toute la séance du soir.
380 LA RÉVOLUTION DANS L'ARDÈCHE 1788-1795 ù
Le coupable ne pouvait être que Daizac, de Thueyts, qui avait « déclaré qu'il aimerait mieux voter pour le comte d'Artois que pour Boissy d'Anglas et St Prix. » On l'avait vu, devant l'émotion provoquée par la lecture de son bulletin, quitter précipitamment la salle et, malgré une pluie battante, s'enfuir du côté du Champ. Il n'a pas reparu à son logement, et les commissaires chargés de l'enquête viennent de découvrir dans sa chambre des lettres suspectes, qui sembleraient prouver qu'il est d'intelligence avec les aristocrates et les contre-révolutionnaires. On le dénonce au juge de paixet l’as— semblée revient paisiblement à ses travaux.
Tous les élus sont des patriotes de vieille date, des administrateurs dü département et des anciens députés. Mais, seuls des représentants de l'Ardèche à l’Assemblée législative, Gamon ! et St Prix ? trouvent grâce aux yeux de leurs concitoyens et conservent leur confiance. Le 3 septembre, sur la motion d’un de ses membres, «l'assemblée électorale déclare que MM. Soubeiran St Prix et Gamon, par la conduite intacte et le patriotisme ferme qu'ils ont développé à l’Assemblée législative, ont bien mérité des citoyens du département et méritent d'être nommés à la Convention nationale. Le président leur écrira pour leur faire part de cette déclaration. »°
C'était un moyen habile de poser leur candidature. Le premier élu, toutefois, est Boissy d’Anglas, qui groupe sur son nom la presque unanimilé des voix. ! Il reçoit la récompense de son zèle et de
1. Gamon naquit à Antraigues, le 6 avril 1767. Avocat en parlement en 1788, il est nommé député suppléant à l'Assemblée législative et remplace Valladier, le 15 mars 1792. Elu à la Convention, 1l vote pour la mort de Louis XVI avec sursis, signe la protestation contre les évènements du 31 mai-2 juin 93 et est décrété. d'accusation, le 3 octobre. Grâce à Gleizal, son beau-frère, il peut s'échapper et gagner la Suisse. Réintégré en ventose IT à la Convention, il est réélu au Corps législatif en l'an IV. Sorti en l'an V, il est nommé, le 30 fructidor V, juge au tribunal de Cassation. En 1800, il devient président du tribunal criminel de l’Ardèche. Ilsiège à la chambre des représentanis aux 100 jours, est banni en 1816, rentre en France en 1817et meurt à Antraigues. le 1°° novembre 1832.
2 St-Prix naquit à St Péray, le 2 juillet 1756. Membre du directoire du département, il est élu à l’Assemblée législative en 1791 et à la Convention en 1792. Dans le procès du roi, il vote pour la mort avecsursis. Il proteste contre les évènements du 31 mai-? juin, est arrêté en octobre et ne reprend son siège à la Convention que le {8 frimaire HI. Nommé au corps législatif en l’an 1V, réélù en l'an VL, il siège jusqu'au 18 brumaire. En 1800, il devient juge au tribunal de Privas, est exilé en 1816 et rentre en 1818. Il meurt à St Péray, le 2 septembre 1828.