C'est la tactique de beaucoup de bourgeois à Annonay
3. Arch. Ard. L 570. Discours du procureur syndic à l’assemblée administrative du Coiron. Le 28 novembre 1792, le ministre de l’intérieur se plaint au procureur syndic du Mézenc de la négligence coupable des municipalités à l'égard des émigrés Arch. nat. F7 3.340.
4. Les lettres suspectes arrêtées leur en fournissent de nombreuses preuves. Arch. ard L 328 et L 638. Le 13 novembre 1792, l'assemblée électorale de Tournon reçoit une lettre, timbrée de Rochemaure et trouvée à Valence, adressée à Mie de Launay, à Turin, la prévenant de vite rentrer:pour empêcher le séques-
tre deses biens. Arch. Ard. L 790.
tout en protestant pour mettre à l'abri leur responsabilité et en menaçant de sévir contre les coupables, ils acceptent sans grande ditfficulté! les certificats de complaisance qui permettent aux titulaires, soit d'éviter l'inscription sur laliste des émigrés, soit d'engager une action en radiation ?. Les parents parviennent ainsi à écarter le séquestre des biens de leurs enfants et à se soustraire à l'obligation de contribuer à l'entretien et à la solde de deux volontaires par fils émigré *, D'autres s'empressent de liquider leurs biens ou de régler leurs procès par des arrangements à l'amiable. Les autorités du département et des districts, malgré les réclamations du ministre de l'intérieur !, n'interviennent que mollement pour empêcher « ces transactions frauduleuses ». A la fin mars 1793, elles prétendent ne pas savoir encore à compter de quelle date elles doivent appliquer la loi sur les émigrés ?. En somme, durant l'hiver 1793, on ne constate plus cette animosité qui avait mis si longtemps aux prises, dans une lutte sans merci, aristocrates et patriotes du département.
Quant au paysan qui a toujours veillé à ne pas se compromettre dans les conflits politiques, il est revenu à son égoïsme et veut tout ignorer de la situation. Il s'occupe de ses intérêts matériels, envahit les biens communaux, usurpe les îles du Rhône et, sans souci des protestations des corps constitués, continue à mettre en coupe réglée les forêts domaniales des Chambons, de Mazan et de St-An-
1. Lettre de Malleval, vice- procureur général syndic, à Michel, procureur syndic du Coiron, du 26 février 1793. Arch. Ard. L 594.
2, Les actions en radiation sont fréquentes et, Jusqu'à la fin février 1793, le département les accueille facilement. Arch. Ard : L 125 et L 126. Cf) aussi Arch. nat. F 73340.
3. Le 17 mars 1793, L 126, le directoire fixe la somme à payer par les parents à 883 L.18s. par enfant émigré, et, eu plus, la solde de deux hommes, à raison de 15 s.par jour pour chacun.Nicolas Dereboul,ancien député à la Législative, a 4 fils émigrés ; Firmin Beaul, de Bourg St-Andéol en a 5. Gaillard, de Desaignes, 5, mais il réussira, quelques jours plus tard, à en faire rayer 4. Arch. Ard. L 127 27 mai 1793.
4. Lettre de Roland du 23 novembre 1792. Arch. nat. F 7 3340.
5. Lettre du 27 mars 1793 du procureur général syndic au ministre de li intérieur. Réponse du ministre le 13 avril. Arch. nat. F 7 3.340.
déol-de-Berg !. L'autorité a beau placer les propriétés sous la sauvegarde de la loi et rendre les municipalités responsables des illégalités commises dans leur ressort, ellen'est pas obéie et, une fois de plus, elle s'avère incapable d'imposer par la force le respect de ses décisions. Cette faiblesse ne peut qu'encouragerle désordre.
A la fin de janvier 1793, le canton de St-Pierreville, en parti- ‘ulier, est menacé d'une recrudescence soudaine de la Jacquerie ?. Par «une fausse et maligne interprétation des lois relatives à la suppression de la dime et des droits féodaux..…. Ja plus grande partie des fermiers et des mélayers de ce canton pense ou feint de penser que les dimes et rentes foncières, stipulées par les propriétaires dans les baux à ferme passés antérieurement à la promulgation de ces lois, sont également suppriméeset qu'elle ne doit plus les payer. S'il y a quelques lois subséquentes qui ordonnent ce payement, elles ne sont pas l'ouvrage du Corps législatif, mais bien celui du département, intéressé, disent-ils, à conserver les droits féodaux ». Ces propos trouvent facilement crédit auprès de ces «trop crédules villagéois qui... s'empressent de les répandre pour augmenter le nombre de leurs partisans ». Certains ne craignent pas d'ajouter que « maintenant tous les biens sont communs et que les- fortunes doivent être égales ». La garde nationale est prête à faire cause commune avec les « malveillants » quiannoncent que 500 hommes de la montagne vont fondre sur St-Pierreville etle « livrer au pillage et au carnage » ?.
Ces tentatives de Jacquerie s’apaisent assez facilement, mais les tendances égalitaires et communistes qu’elles révèlent ne sont pas sans inquiéter sérieusement la petite bourgeoisie qui peuple les administrations locales. Elles n'ont, cependant, aucun caractère
1. Plaintes de l'assemblée administrative du Tanargue, 14 novembre 1792, sur les ravages qui se commettent journellement au vu et su des autorités sans la moindre punition des coupables. Arch. Ard. L 860. Plaintes du Coiron le 19 cctobre 1792, arch. Ard. L570 Le 13 octobre 1792, Cruas dénonce quelques particuliers qui ont occupé les biens de l'abbaye. Arch. Ard. L 195. Le 30 octobre, Baix signale des violences commises contre les sossesseurs des îles, L 108. Le 31 octobre, dévastation du domaine national de St Aundéol-de-Berg. L 125, À tout
instant, le directoire du département a à délibérer sur des réclamations de même nature.
2. Arch. Ard. L. 126. Procès-verbal du directoire du 1‘ février 1793 qui fait mention des lettres alarmantes de la municipalité et du juge de paix de St Pierreville du 31 janvier. Cf) aussi L201. Lettre des administrateurs du département, du 28 janvier 1793, sur les attroupements de Gluiras, Marcois.
3. Rapport de Chabal et Cousin sur leur mission à St Pierreville du 127 au 4 février. Arch. Ard. L 126, procès-verbal du 12 février.
politique et le paysan se plie aussi bien au régime républicain qu’à tout autre. Il s'y adapterait encore plus facilement, si la Révolution avait su résoudre, à son gré, ies graves problèmes d'ordre économique et religieux qui, presque seuls, préoccupent les petites gens.
L'obligation de l'impôt, surtout, reste le cauchemar du cuitivateur. Il avait rêvé d'un régime d’où serait bannie cette dure nécescité. Il continue à se plaindre de la progression et de la mauvaise répartition des charges publiques, mais, en fait, grâce à sa résistance passive et à la mauvaise volonté des municipalités, il a réussi momentanément à s’accommoder, à peu de frais, de ce mal nécessaire. I} paie le plus tard possible et en assignats, toujours plus discrédités. Le 26 mars 1793, le procureur général syndic constate que «la confection des matrices de rôles ne s'opère pas. Le quart de l'année 1793 est écoulé et les contributions de 1792 ne sont pas encore en recouvrement. Celles de 1791 ne sont pas même entièrement acquittées… » {, On retrouvera les mêmes plaintes, le 18 avril et le 2 septembre 1793.
La question des subsistances reste grave, moins peut-être pour le paysan qui s'est bien gardé de vendre sa récolte que pour l’artisau et l’ouvrier, souvent privés de tout travail rémunérateur. La récolte de 1792, s'il faut en croire les renseignements toujours pessimistes fournis par l'administration, a été mauvaise. C'est à peine si le pays a recueilli le tiers des grains qui lui sont indispensables. Les pommes de terre, à leur tour, ont souffert des pluies trop abondantes et les châtaignes n'ont pas donné le rendement espéré. Les marchés sont vides et le commerce est impuissant à ravitailler le pays. ?
En septembre, le pain manque à Tournon et à Annonay. Le 22 septembre, le conseil général du département implore du gouvernement l'octroi immédiat de 20.000 quintaux de blé. En octobre, il en faut d'urgence 40.000 de plus. Le Coiron, à lui seul, a besoin de 25.00) quintaux. Le 16 octobre, il déclare sa situation critique, « s’il n'est promptement secouru par les approvisionnements faits par le pouvoirexécutif { ». La population affainée menace de