‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 296 sur 396 · Exposé de Lespinasse p · texte numérisé non relu

Exposé de Lespinasse p

5. Un comité de 18 membres avait été nommé pour prendre connzissance de toutes les pièces relatives aux évènements des 31 mai et 2 juin. Ce comité se borne à proposer un arrêté et une adresse à la Convention. Cf manuscrit de Delichères

s'efforcent d'obtenir de l'auditoire un vnte favorable à la convocation des assemblées primaires.

C'est l'occasion pour le vice-procureur général syndic, Dumonts, de reprendre avec plus d'âpreté son discours du 29 juin, qu'il renforce des arguments fournis par la déclaration des 42 sociétés populaires de Valence. S'il ne va pas jusqu'à affirmer avec elle que Paris a sauvé la république et la patrie, en exigeant l'arrestation des membres gangrenés qui paralysaient l'activité de l’Assemblée, il démontre que la Convention, depuis le 2 juin, a prouvé par d'excellentes mesures, comme l'emprunt forcé sur les riches, le partage des communaux et surtout le vote rapide de la Constitution, qu'elle travaille hardiment et dans le calme à la défense et à la prospérité du pays. Seuls, des aristocrates, des modérés, des égoiïstes peuvent refuser de reconnaître la Convention régénérée. Il s’en prend habilement au elergé, rappelle la dîme et les droits féodaux, attaque les fanatiques et les hypocrites, flagelle les hommes de loi, essaie de soulever la colère des paysans contre la « robinocratie » et de dresser les classes laborieuses et pauvres contre la riche bourgeoisie des villes industrielles et commerçantes.

« D'où sortent aujourd'hui ces écrits incendiaires qu'on cherche à répandre pour détruire et corrompre l'esprit publie ? Sont-ce les campagnes qui demandent qu'une force armée soit dirigée sur Paris ?... que les assemblées primaires soient convoquées ? Non, citoyens, ce sont ceux qui, depuis quatre ans, regorgent par l'agiotage de la substance du peuple ..….,Ils ont frémi de voir s’éteindre la source de leurs immenses profits, criminellement combinés avec les horreurs de {a misère. » !

Mais, entrainé par sa fougue et son ressentiment, l'orateur dépasse le but. Les personnalités injurieuses dont il enrichit son éloquence, les diffamations dont il émaille son discours ? soulèvent bientôt des murmures, des interruptions, des protestations presque unanimes. Dubois, maire de Privas, se sentant visé, bondit à la tribune et, dans une réplique cinglante et vengeresse *, provoque

1. Dumonts. Opinion prononcée à l'assemblée extraodinaire de Privas. Impr. s. 1. n. d. ni nom d’imprimeur, 11 p. in 12 F. V. p. 4 et 5. x

2. Ibidem. Note de la page 4. « Ici étaient des désignations plus particulières qui ont été supprimées ».

3. Cf) Chabal « A ses concitoyens » impr, 7 p.s.l.n.d. in 4 15 p. F. V.

une telle émotion dans l'assistance que Dumonts est contraint de se rétracter, de faire des excuses et de déchirer son manuscrit !.

1.es modérés, avec Téoulle de Chomérac, profitent de l’impression désastreuse de ce discours anarchiste pour sonner le ralliement de tous les honnêtes gens contre les « vociférations » de «ces prédicateurs de sang » ?, bien dignes de leurs émules parisiens. Puis, ramenant le débat à la grave question de la représentation nationale, ils opposent aux affirmations des Montagnards le témoignage et l'autorité de leurs députés. « Ne laissez pas usurper, disent-ils, vos droits plus longtemps ; ne laissez pas l'exercice de la souveraineté nationale en de telles mains, sauvez la liberté, l'égalité sainte, l'unité et l'indivisibilité de la République. Sans elles, la France est perdue... ? » [{s présentent ensuite «la nomenclature des départements qui se sont déclarés en rébellion ouverte contre la Convention # », ils demandent qu'on suive l'exemple de Nimes, Lyon et Marseille, qu'on mette la main surles établissements publics, que le peuple s’assemble pour nommer une nouvelle (‘onvention, qui se réunira hors de Paris, hors de la contrainte des factieux et des scélérats.

La majorité paraissait ébranlée et prête à donner son adhésion à ces mesures illégales, quand Chabal agite de nouveau le spectre de la guerre civile imminente. Il effraie les paysans par le tableau des ruines effroyables qu'elle entraiînerait et des lourdes responsabilités qu'encourraient ses auteurs. Seuls, des aristocrates et des contre-révolutionnaires pourraient trouver, dans leur haine pour la Révolution, le triste courage de déchaîner un pareil fléau sur le pays®. D'ailleurs, il est trop tard. Si un soulèvement pouvait se concevoir, au début du mois de juin, il n’a plus de raison d'être avec la nouvelle Constitution. Il suffit de patienter quelques jours. Bientôt, les électeurs auront à se prononcer sur l'acte constitutionnel, À ce moment, le rôle de la Convention sera fini et l’élec-

1. Opinion de Dumonts p. 6 et 7 : note. « L'un d'eux vole à la tribune, la larme à l'œil, les sanglots dans la bouche et tâche d’apitoyer les âmes sensibles... Je succède à l'orateur larmoyant et je déchire l'écrit qui causait de si vives alarmes ».

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