‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 343 sur 396 · Villeneuvc-de-Berg. L · texte numérisé non relu

Villeneuvc-de-Berg. L

8. Aubenas, 18 prairial, L 1075. Le Pouzin déclare, lui aussi, suspect un enant de 14 ans, le fils Lacour. 23 thermidor. L 1125.

9, Comités de Lamastre et de Cornas. Fonds Mazon chr. 19.

sexagénaires ou infirmes, décidera d'y enfermer les citoyens dénoncés!, Quelques jours plus tard, il ouvraitla maison de Beauregard, près de St-Péray, et, le15 floréal, le couvent des religieuses de Ste-Marie, de Bourg-St-Andéol ?. L’affluence est si considérable qu'à Beauregard * et à Viviers # toutes les pièces sont occupées au début de floréal. A la fin dethermidor, Bourg-St-Andéol n'a plus de chambre disponible au premier étage. Ilest obligé d'utiliser les appartements du rez de chaussée, dont le délabrement rend la surveillance très difficile °.

Le caractère de cette surveillance est en rapport étroit avec les: sentiments du comité qui préside aux destinées de chaque maison de réclusion. Tatillonne et vexatoire à Bourg-St-Andéol, elle est plus. tolérante à Beauregard, presque familiale à Viviers.

A Viviers, le séminaire est neuf, spacieux et bien aéré. Chaque prisonnier occupe une cellule particulière qu'il peut meubler à sa guise 6, Les chambres ont leur entrée sur un vaste corridor qui sert de promenoir commun, On se visitait les uns les autres,des rapports. de société s'établissaient et, le soir surtout, les fins causeurs. ne manquaient jamais d'auditeurs bénévoles, pendant que les autres se groupaient autour des amateurs de musique ou des tables de jeu, Les prêtres, assure Filhol, dans son histoire d'Annonay, avaient la facilité, en prenant quelques précautions, de célébrer réguliérement la messe 7.

Quelques prisonniers préparent, eux-mêmes, leur nourriture, mais la plupart reçoivent leurs repas soit de leurs familles ou de personnes dévouées qui les remplacent, soit des traiteurs de la ville. La porte du séminaire s'ouvre, de 10 heures à midiet de 5 à 7 heures du soir, pour leservice des vivres. Les provisions leur sont remises, écrit le comité de Viviers, € au bas du grand escalier, sur une longue table qui ferme le passage. Trois hommes sont en surveillance : un à chaque bout de la table et un troisième pour vérifier les paquets. Les détenus ne voient d’autres personnes que celles.

1. Procès-verbal du directoire, 9 octobre 1793. Arch. Ard. L 128. 2. Procès-verbal du 15 floréal. L 130.

3. Lettre de l’agent national du Mézenc, du 7 floréal, citée dans le procès-ver— bal du département du 15. L 130.

. Le 6 germinal, Viviers ne comptait encore que 61 détenus. L 1184. 5. Lettre du comité de Bourg-St-Andéol du 27 thermidor. L 1085. 6. Procès-verbal du directoire du 9 octobre 1793. L 128. 7. Filhol, histoire d’Annonay. T. III. p. 259.

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qui leur apportent les provisions et toujours en présence de la garde et des membres du comité. »1 Sept gardiens sont en permanence, nuit et jour, au séminaire avec un fonctionnaire. Avant la séquestration de leurs biens, les prisonniers payaient régulièrement le service de garde, maïs, à partir de prairial, beaucoup se trouvent sans ressources. Durant quelques semaines, Johannot, d'Annonay, consent à faire les avances, mais demande à être remboursé. Le comité est fort embarrassé et, devant le silence de la loi, le département n'ose pas prendre d'initiative. Maignet, sur qui on comptait pour régler cette difficulté ?, ne paraît pas dans le pays. Johannot,à la fin de thermidor, refuse d'être plus longtemps le bailleur de fonds de ses compagnons d'infortune et, depuis le 17 fructidor, personne, au grand désespoir du comité,ne veut plus solder les frais de réclusion 3.

Le 17 thermidor, le séminaire de Viviers contient 146 détenus, dont 35 prêtres. Le 26, Bourg-St-Andéol, qui vient de libérer 17 cultivateurs, ne compte plus que 18 religieuses, 16 prêtres, 3 agriculteurs et un apothicaire. ÿ Beauregard ne fournit aucun chiffre, mais la maison ne devait pas héberger plus de 40 à 50 personnes. C’est donc un maximum de 240 à 250 prisonniers pour lestrois maisons de détention. Mais les chiffres varient tous les jours. Si, en thermidor, Bourg-St-Andéol perd une vingtaine de pensionnaires, ô il en recoit 33 autres, du 22 messidor au 25 fructidor. ?

Beaucoup de comités finissent par se laisserattendrir et accordent à leurs victimes des certificats de civisme qui les libèrent de toute suspicion. * D'autres cèdent à des considérations d'humanité ou à des sollicitations influentes et permettent à leurs détenus de se retirer dans leurs familles, le plus souvent sous prétexte d'y suivre un régime imposé par leur santé ou leurs infirmités. * L'application des décrets du 21 messidor et du 19 thermidorrend encore une tren-

Arch. Ard, L 635. Lettre du comité de Viviers du 17 thermidor an II. Lettre du 17 thermidor.

Lettre du comité de Viviers du 20 fructidor. Arch. Ard. L 1182. . Lettre de Viviers du 17 thermidor.

5. Lettre du comité de Bourg-St-Andéol du 26 thermidor. Arch. Ard. L 635. Le 18 brumaire III, 21 prêtres sont encore internés à Bourg St Andéol. L 634.

6 Application du décret du 21 messidor.

7. La plupart sont renvoyés de Viviers qui ne peut plus recevoir personne. Arch. Ard. L 1087.

8. Cf) surtout, Les Vans, Largentière, Lavoulte, Villeneuve-de-Berg, Joyeuse.

9. La sœur de Tauriers, après plusieurs demandes infructueuses, finit par obtenir du comité de Bourg-St-Andéol l'autorisation de rentrer chez elle, en pluviôse, L 1084. Le 21 ventôse, Guyardin permet à un certain nombre de détenus de Joyeuse de se retirer chez eux. Fonds Mazon F 12.

taine de cultivateurs à leurs travaux. ! De leur côté, les représentants Boisset, Reynaud et surtout Guyardin, du mois d'octobre à la fin de messidor, prescrivent une centaine d'élargissements. ? Par suite, ilne paraitpas exagéré d'évaluer à près de 200 le nombre des suspects qui, pour des motifs divers, ont, au cours de l'an Il, bénéficié d'une mesure de faveur.

D'autre part, si les évasions sont rares à Viviers * où la vie est facile, elles sont assez fréquentes à Bourg-St-Andéol et le district du Mézenc en signale une quinzaine ‘, en quelques mois, à Beauregard.

Toutes ces allées et venues rendent difficile l'établissement d'une liste générale. Toutefois, si l'on tient compte de ceux qui sont ou ont été en détention ouen surveillance dans leurs communes, si on évite d’additionner plusieurs fois ceux qui ontété libérés etincarcérés à diverses reprises et si on laisse de côté les évadés qui figurent déjà sur les listes des émigrés, on peut admettre, semble-t-il, un chiffre approximatif de 480 à 500 suspects pour l’ensemble du département, au cours de l’an II, dont le tiers, au moins, ont été dénoncés par les seuls comités de Bourg-St-Andéol, Joyeuse, Largentière et Villeneuve-de-Berg.

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Les prêtres détiennent une place importante parmi ces suspects. Près d’une centaine * seront internés dans les diverses maisons de détention et, à mesure que la Révolution devient plus violente, on compte, parmi eux, un nombre croissant de constitutionnels.

La suspicion contre les réfractaires est plus ancienne et les peines qui les atteignent sont plus graves que celles qui visent les simples particuliers. Si la loi du 26 août 1792 les a rendus passibles dela déportation, le décret du 18 mars 1793 édicte contre tout prêtre déportéet rentré la peine de mort dans les 24 heures 5 et celui du 30 vendémiaire * étend ces rigueurs même aux constitutionnels et aux intrus dénoncés pour cause d'incivisme. Jusqu'en brumaire, toute-

. Arch. Ard. L321et L 635,

Procès-verbaux de la plupart des comités de surveillance. Cf. aussi L635. . Le comité de Viviersen signale cependant plusieurs. L 1182.

. Arch. Ard. L 634 et 635,

Réimpr. du Moniteur T. 15 p. 742.

Ibidem. T. 18 p. 184 185. Cf) art. XII et XV du décret.

LS Ep & NN mi

LE GOUVERNEMENT RÉVOZUTIONNAIRE 497

Tois,devant l'opposition très nette de la population el les répugnances de beaucoup de patriotes, le zèle des corps constitués se tempère de beaucoup de modération. On poursuitles insermentés sans conviction et les arrestations sont rares. À partir de frimaire,sous l'impulsion de Reynaud, de Châteauneuf-Randon et surtout de Guyardin, l'application de la loi est plus sévère et la plupart des réfractaires sont obligés d'abandonner leurs paroisses et de se cacher.

Quelques-uns même, sous l’aiguillon de la persécution, sentent leurs scrupules se réveiller et s'inquiètent des serments restrictifs qui leur avaient permis, jusqu'alors, de garder leurs postes. Dallemand, curé de St-Julien-Vocance, Céas et Blanc, ! curé et vicaire de Pailharez, le curé de Borée et un certain nombre d’autres ? somment les municipalités et les districts de consigner sur leurs registres leur rétractation générale de tout serment. Cette signification prend l'allure d'une bravade aux yeux de l’administration,qui les inscrit sur la liste des émigrés, fait vendreleurs biens et leur mobilier et prescrit des perquisitions minutieuses pour mettre la main sur enxs

Pour ne pas compromettre les bons chrétiens qui leur offrent généreusement un asile, la plupart gagnent la montagne et élisent domicile dans les cabanes, les bergeries ou les granges abandonnées. ! Guyardin met en demeure les propriétaires de ces masures de déclarer si, oui ou non, ils entendent en conserver la propriété et, dans l’affirmative, les rend responsables de [a présence de leurs hôtes occasionnels. * La plupart ne répondent pas aux injonctions du représentant et continuent à monter une garde fidèle pour éventer les pièges tendus à leurs prêtres ou pénétrer le secret des expéditions projetées. ‘

Un jour, du côté dela Vocance, des bergères aperçoivent des gendarmes qui vont surprendre un réfractaire. Ne pouvant le préve-

1. La rétractation de Dallemand est du 22 avril 1793, mais elle ne fut dénoncée au district qu’en floréal an II. Arch. Ard. 853.

9, Arch. Ard. L 744. Cf) aussi les rétractations des curés de Rochepaule et de St-Félicien, un peu plus tard. Arch. Ard. L 748.

3. Nombreux procès-verbaux de perquisitions sans résultat. Fonds Mazon chr. 20 et 21. Fa

4. Arch. nat. AF n 195. Lettre de Guyardin au Comité de Salut public du 10 prairial.

5. Arrêté de Guyardin, 14 messidor. Affiche imprimée. Fonds Mazon chr. DE

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