‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 35 sur 396 · premier mémoire p. 246,247 et · texte numérisé non relu

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se rallie sincèrement à la proposition et souvent l'appuie de sa signature !. Et ainsi toutes les classes prennent une part inégale sans doute mais réelle à cette ardente polémique où chacun lutte à sa manière avec son tempérament et avec les armes qu'il a à sa disposition.

Les résultats locaux sont manifestes. D'abord, tous les adversaires du Vivarais qui prétendaient lui imposer leurs vues‘battent en retraite devant cette unanimité de l'opinion publique où pas une note discordante ne vient rompre l'harmonie.

Le pays est mûr pour une grande manifestation collective qui sera le dernier acte etle couronnement decette campagne patriotique qui a eu son point de départ à Annonay. Mais la réunion de Privas aura un caractère nettement différent. L'assemblée d'Annonay, issue de l'initiative de quelques particuliers sans mandat, ne s'adressait qu'à une partie du Vivaraiset n'avait groupé qu'un nombre restreint de bourgeois, de nobles et de curés ?. Celle de Privas intéresse toutes les classes de la société. Elle est précédée de nombreuses délibérations de municipalités * qui envoient des délégués: Il n’est pas de bourg important qui ne se fasse représenter *. Ceux qui hésitent à charger le budget municipal en envoyant des députés adhèrent par avance à toutes les décisions.

Malgré un froid très rigoureux, malgré les difficultés d'un voyage long et pénible et les lourdes dépenses d'une assemblée qui durera trois jours, on y comptera plusieurs centaines de membres * venus de tous les coins du pays. C’est que chacun se rend compte de la

1. Cf) Les nombreuses délibérations des villes et communautés mentionnées à la suite de l’arrêté des trois ordres du pays de Vivarais à Annonay. impr. s.1. n. d. 16 p. cf) aussi les adhésions à l'assemblée de Privas. Procès-verbal de l’asblée des trois ordres à Privas p. 122-148.

2. Le premier imprimé des arrêtés du 27 octobre ne portait que 64 signatures. Sa réimpression porte 270 signatures sans compter les délibérations d'adhésion collective. impr. s.1. n. d. 16 p.

3. 47 municipalités prennent des délibérations et envoient des députés. 14 paroisses voisines de St-Agrève adhèrent à la délibération de St-Agrève et chargent ses députés de leurs pouvoirs. 7 prennent des délibérations sans envoyer de députés et 25 envoient uue adhésion certifiée par le juge. cf) procès-verbal de l'assemblée de Privas p. 122-133.

4. D'après Delichères, plus de 25 citoyens d’Aubenas s'y trouvaient. Manuserit de Delichères p. 4.

5. Le procès-verbal imprimé porte 445 signatures, mais l'assemblée ne dut pas comprendre plus de 300 membres. |

grandeur du but poursuivi. Il ne s’agit pas tant, en effet, de dresser une élégante synthèse des doléances particulières de la province ou de tranquilliser quelques susceptibilités de clocher que de faire éclater le parfait accord du Vivarais tout entier dans l'abandon général de toutes les prérogatives exclusives et de proclamer l'unanimité des diverses classes de la société dans leurs justes revendications aussi bien générales que locales.

Dès la première séance le procès-verbal noteque « les trois or dres se sont assemblés sans distinction de rang ni d'ordre et sans observer aucune préséance entre les personnes 1». Mais, pour ménager l’orgueil de la noblesse, pour faciliter les concessions pénibles à son amour-propre, les organisateurs de la réunion agissent avec une prudence, une souplesse et un tact consommé, Non seulement ils accla ment comme président le Comte de Balazuc, universellement estimé, mais tous les orateurs du tiers semblent avoir à tâche de mettre en relief la valeur, le désintéressement des divers membres de la noblesse et de l’ordre tout entier. Tous font un éloge dith yrambique de d'Antraigues et de son mémoire, «cet ouvrage fameux, s'écrie Dalmas, qui passera à la dernière postérité et qui rallumerait dans tous les temps le feu du patriotisme, s'il venait jamais à à s'éteindre ? ». C'est Boissy d'Anglas qui fait agréer la proposition de voter des félicitatious à l'illustre pamphlétaire *. C’est encore lui qui, avant d'amorcer la discussion sur le vote par tête, module un couplet habile sur l'union des trois ordres du Vivarais et sur l'honneur de la noblesse qui (Crenfermeles plus riches propriétaires et les citoyens les plus éclairés », qui n'a dans cette province aucun avantage particulier » et qui € contribue par ses subsides à la prospérité d’un état qu'elle défend par sa valeur, qu'elleéclaire par .ses lumières, qu'elle honore par ses vertus ». Elle n'est, comme le tiersétal, «composée que de citoyens ». Elle doit donc, comme lui, demander que « la classe des non-privilégiés dont elle fait partie ne soit pas sacrifiée à celle qui a des privilèges ». Les intérêts du tiers et de la noblesse sont inséparables : € que la noblesse défende donc le tiers-état par l'éclat de son illustration et le tiers-état lui offrira, à son tour, et son importance et son nombre. »!

Même dans ses violentes altaques contre les Etats du Langue-

Piocès-verbal, p. 3.

Procès verbal p. 24, Procès-verbal p. 84.

Discours de Boissy d'Anglas. procès-verbal p. 36 38.

doc et du Vivarais qui ne peuvent que résonner agréablement aux oreilles des gentilhommes présents, Boissy, pour incliner les détenteurs des baronnies au sacrifice de leurs privilèges, a grand soin d'éviter tout froissement d'amour-propre : « En attaquant l'administration vous respecterez les administrateurs et sans doute l'élection libre appellera la plupart d'entre eux à remplir les fonctions qu'ils ne tenaient que d'un droit abusif. » ! Après une invitation aussi délicate et des promesses aussi rassurantes, ils auraient mauvaise grâce à bouder et à hésiter.

Dalmas de son côté en soutenant le doublement du tiers ne croit pas qu'une demande aussi légitime puisse trouver de contradicteur « dans une assemblée aussi éclairée que celle-ci. » ?

Mais la grande habileté des réformateurs est de faire proposer et soutenir la plupart des demandes favorables au tiers par des meimbres de la noblesse ou du clergé. Le désintéressement des ordres privilégiés aura ainsi l'air plus spontané. C'est l'abbé Colonjon ?, chanoine et capiscol de la collégiale d'Annonay, qui réclame l’égalité de l'impôtet la suppression des privilèges et des distinctions aussi bien locales * que personnelles. Mais c'est surtout le marquis de Satillieu qui joue le premier rôle à l'assemblée de Privas. Tous les chefs du mouvement, Boissy d’Anglas en tête, s’effacent discrètement derrière le jeune commissaire, plus qualifié que tout autre pour endormir les préoccupations de la noblesse et la railier au programme du tiers. C’est lui qui, toujours à l'unanimité, fait agréer, avec le doublement du tiers, le vœu qu’ «aux Etats-Généraux, les voix soient comptées par tête et non par ordre dans tousles cas. » ÿ Satillieu par son activité débordante, sa grâce souriante, sa bonhomie distinguée, a conquis tous les cœurs. La réunion de Privas dont il a été le principal promoteur6se termine pour luien apothéose. Toutes ses propositions sont acclamées, ses moindres décla-

1. Procès-verbal p. 76. Dans ces diverses interventions à l'assemblée de Privas, Boissy d'Anglas repreud presque dans les mêmes termes les arguments qu’il à développés dans son « adresse au peuple Languedocien par un citoyen du Lansuedoc. » Novembre 1788 29 p. Bibliothèque nat. L b 39 6542 ouvrage anonyme lont Boissy d'Anglas n’avouera la paternité qu’un an plus tard.

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