Delichères p
du 27 prairial, rédigée à la hâte, ne porte pas moins de 160 signatures et beaucoup de citoyens font suivre leur nom de la mention «avec toute leur famille. » Elle accuse Goupille au d’avoir outrepassé ses pouvoirs et violé les décrets de la Convention. Le département, qui craint lui aussi de perdre la confiance populaire, adhère à la
pétition et dénonce, de son côté, les arrétés d'inspiration terroriste:
du nouveau représentant. !
Les ordres de Goupilleau, que personne ne se soucie plus d’'exécuter, restent leltre morte et les réfractaires vont plus librement que jamais. La loi du 11 prairial, d'ailleurs, apparaissait à tous comme une nouvelle étape dans la voie de l’apaisement. La question des églises, qui, depuis quelques semaines, passionraït l’opinion, semblait à la veille d’être résolue. La Convention offrait la libre disposition de ces édifices aux ministres du culte, sous la seule condition d’une déclaration de soumission aux lois de la République, et le Comité de législation, le 29 prairial, pour atténuer de légitimes susceptibilités, précisait que cet acte de soumission n'avait aucun rapport avec les anciens serments et que la Constitution civile n'était plus une loi de la république. ?
Les défiances, cependant, subsistaient dans le clergé. Beaucoup ne croyaient pas possible une attitude concilianteenvers un gouver-
nement qui n'avait abrogé aucune des lois de persécution ; etla pers-
pective de partager l'usage des églises avec les autres confessions soulevait de graves difficuités. ?
C'est alors qu'apparaît dans le département l'abbé Vernet qui va jouer un grand rôle dans cette restauration religieuse et être le véritable chef du clergé vivarois jusqu'au Concordat. Originaire de Villeneuve-de-Berg, Vernet était entré dans la société de St-Sulpice et, en 1790, il était directeur au grand séminaire de Toulouse. La Révolution le ramena dans sa famille où, jusqu'en 1793, il s’effor- Ça, par son exemple et ses conseils, de maintenir les prêtres du bas Vivarais dans la saine orthodoxie. La persécution l’obligea à fuir. Ise retira à Lyon où il connut l'arrestation etla prison. La réaction
1. Arch. nat. Din 13 et procès-verbal du département, du 27 prairial. Arch.
Ard.-EF135:
2. Lettre insérée au procès-verbal du département, du 10 messidor. Arch. Ard. 135:
3. Devant la demande des protestants de St Vincent de Durfort et de Pranles de se servir de l’église paroissiale pour l'exercice de leur culte, le département, le 12 fructidor, craignant des troubles, écrit au Comité de législation pour solliciter une ligne de conduite. Arch. Ard. L 136.
thermidorienne lui rendit la liberté et, le 19 mars, Mgr d’Aviau, devenu administrateur du diocèse de Viviers, qui avait apprécié sa prudence et son zèle, lui envoyait de Rome des pouvoirs de vicaire général. !
Sous le nom de Montal, Vernet entretenait déjà une active correspondance avec les prêtres fidèles et les pieux laïques du pays. Dès le mois de mai, il envoie une lettre circulaire au clergé du diocèse pour annoncer sa mission et faire connnaître la visite générale qu'il va entreprendre. Il invite tous ses confrères à paraitre devant lui, les insermentés pour recevoir des pouvoirs réguliers, les autres pour obtenir le pardon et la réconciliation avec l'Eglise, sils ont le repentir sincère de leurs faiblesses 2. Vernet poursuivait, jusque dans les derniers replis de la conscience, les défaillances du clergé. Il obligeait à la rétractation non seulement les jureurs qui avaient prêté un serment pur et simple, mais même les habiles qui avaient su conserver leur situation par des restrictions plus ou moins précises ?.
Le 29 juillet, il publie deux circulaires sur les règles à observer pour les rétractations et les réconciliations de «nos frères qui ont failli dans le diocèse de Viviers » #. Il exigeait du pénitent un aveu détaillé de toutes les erreurs où il avait pu tomber. Cette déclaration était lue publiquement dans le culte le plus important de la ville où résidait le prêtre et dans les diverses paroisses où il avait exercé quelque ministère. Vernet imposait ensuite une pénitence, plus ou moins longue, suivant la gravité de la faute. Le coupable se soumettait à la suspense et s'abstenait de toute fonction ecclésiastique, avant d’avoir été absous de la censure. Il s'écoulait parfois encore de longs mois avant que Vernet jugeât prudent de rendre au prêtre réconcilié ses pouvoirs d'ordre et surtout ses pouvoirs de juridiction. S'il accordait toujours le pardon à un repentir sincère, Vernet ne voulait même pas laisser espérer qu'on püt jamais rétablir dans leurs fonctions ceux qui avaient donné le scandale d’une apostasie ou d’une union illégitime. Il se bornait à les admettre à la communion laïque.
Cette sévérité ne manqua pas, en plusieurs circonstances, de soulever d'amères critiques et même de violentes colères *.
DNS Fa Re LÉ Dr 62, 63; et 75, 76.