‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 383 sur 396 · Arch. Ard. L · texte numérisé non relu

Arch. Ard. L

«Notre mission, écrit Brunel, le 28 messidor, de Bourg-St Andéol, n’a pas produit grand effet, malgré tout le zèle et toute l'activité déployée... Notre arrivée est toujours annoncée et les coupa-

bles disparaissent... Il faudrait des forces permanentes pour les surveiller continuellement... Deux jours d'absence les dérobent à

nos poursuites. » Les officiers municipaux sont toujours absents ou en voyage. « Le canton de Largentière, dit le rapport du 8 thermidor, renferme un nombre considérable de déserteurs que les municipalités redoutent.… Elles déclarent qu'ils sont partis, lorsqu'elles sont assurées qu’ils sont dans les communes avoisinantes, occupés à faire la moisson et dans la ferme intention de ne pas rejoindre... « Je n'ai pas été plus heureux, gémit-il encore le 18 thermidor, dans les cantons de Coucouron et de Montpezat. » !

Si, par hasard, on arrive à saisir quelques insoumis, leurs complices surviennent en armes, tirent sur les gendarmes et n'hésitent pas à les massacrer pour délivrer les prisonziers. ?

L’amnistie du 11 thermidor n'améliore pas la situation, mais l'administration en profite pour suspendre toute poursuite et toute recherche. Elle donne l’ordre au commandant de gendarmerie de rentrer et de renvoyer ses brigades dans leursrésidencesrespectives?. A la fin de l'an III, malgré les lettres comminatoires des généraux et des représentants en mission, les déserteurs, soutenus par les réfractaires, les émigrés et les contre-révolutionnaires, sont les rois incontestés de la montagne et la terreur des patriotes.

Les assemblées primaires, tenues, le 20 fructidor, pour l’acceptation de l'acte constitutionnel, subissent le contre-coup de cette agitation et de ces désordres. Le peuple des campagnes, occupé aux travaux des champs, n'y paraît guère. Il laisse le champ libre à la bourgeoisie et à sa clientèle. Les abstentions sont trèsnombreuses. Si Bourg-St-Andéol groupe 199 votants sur 750 inscrits et la première section d'Aubenas 100 sur 59, à Antraigues, il ne se présente que 61 citoyens sur 1300 qui sont convoqués, 58 sur 750

1. Arch. Ard. L 449. Rapports des 28 messidor, 8 et 18 thermidof.

2. Procès-verbaux du département, 8, 14 floréal, 9 messidor, L135 : du Tanargue, 16 fructidor, L 866 ; rapports de Brunel de messidor et thermidor. L 449.

3. Proc. verb. 20 thermidor L 136. Lettre du département à Brunel 1e fructidor. L 202.

dans la première section du Cheylard et 28 dans la seconde sur plus de 700.

Le « tableau de dépouillement et recensement du vœu des assemblées primaires » ? signale 8.414 votants dans l'Ardèche sur plus de 60.000 citoyens ayant le droit de suffrage, mais ce chiffre ne présente pas grande garantie de certitude. On à accueilli les procèés-verbaux des assemblées scissionnaires non autorisées? des cantons de St Pierreville et Vernoux : on a compté comme présents les 1.950 inscrits du canton de Thueyts et de la seconde section de Chomérac ; enfin, on a suppléé aux lacunes de rédaction du procès-verbal de Vallon, en fixant à 680 le nombre des suffrages exprimés. Il est vrai qu'en retour la troisième section de Joyeuse et l’assemblée de Jaujac annoncent un assentiment unanime, saus citer aucun chiffre, et il n'est pas fait mention des assemblées de St- Etienue-de-Lugdarès, Serrières, Tournon, Vesseaux et première section d'Annonay. À ne tenir compte que des procès-verbaux qui indiquent le nombre des inscrits et des votants, on constate qu’un peu moins du septième des électeurs ont pris au sérieux cette consultation populaire f.

Malgré le petit nombre des assistants, ces assemblées, où s'affrontaient des Jacobins impénitents, des modérés, des ralliés et des contre-révolutionnaires ardents, furent parfois très houleuses. A Vernoux, les royalistes sont en majorité. De tous côtés, retentissent les cris de « Vive le Roi, à bas la République ! » Les patriotes jinjuriés et insultés abandonnent la place et se réunissent en plein champ. La même scène se reproduit à St-Pierreville. Les contrerévolutionnaires pénêtrent bruyamment dans la salle en brandissant des armes, menacent et malmènent leurs adversaires qui prennent la fuite. À St-Fortunat, ce sont les Robespierristes qu'on accuse de fomenter des troubles. Une trentaine de factieux se sont groupés autour de Milhot, terroriste désarmé, et refusent de se disperser. À Largentière, de violentes bagarres éclatent. Plusieurs citoyens sont blessés. Le département envoie des troupes, prescrit une enquête et ordonne le désarmement et l'arrestation des terroristes. Les républicains se plaignent à la Convention et rejettent la

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