‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 41 sur 396 · Second mémoire p · texte numérisé non relu

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fier de d'Antraigueset de son zèle de néophyte et se groupe autour de Vogüé. Ce dernier toutefois, s’il laisse agir ses amis, ne daigne pas incliner sa fierté jusqu'à faire acte de candidat.

Les mêmes tendances se manifestent dans la nobiesse du haut- Vivarais, mais d’une manière plus atténuée. Là aussi, les réformateurs, comme de Serres, de Canson, Monteil, La Roque, tempèrent leur zèle et se réfugient dans un silence prudent. Satillieu est à Paris et ne rentrera qu'au début de mars. Il reste homme le plus en vue,quoique son rôle à l'assemblée de Privas ait soulevé contre lui, les défiances d'une partie des gentilshommes. On trouve qu'il à fait bon marché des privilèges de l’ordre ; on s'inquiète de ses avances au tiers et son immense popularité le dessert auprès des vieux traditionnalistes qui s'effarouchent des idées nouvelles. Ses amis néanmoins lui restent fidèles et soutiennent énergiquement sa candidature {.

En un mot, le mouvement réformateur, si actif à la fin de 1788, n'était qu'une mode sans consistance qui n'avait fait qu'effleurer la noblesse du Vivarais et exciter ses instincts frondeurs sans pénétrer profondément ses convictions. Depuis quelques semaines, une évolution lente mais progressive s'opère en elle et, si elle n'ose pas encore combattre trop ouvertement les idées qu’elle a acclamées à la réunion de Privas, on la sent prête à la veille des assemblées de sénéchaussées à appuyer contre elles tout mouvement d'opposition et de réaction ?.

Déjà, elle trouve des alliés inattendus jusque dans les hautes classes du tiers. Ces bourgeois, possesseurs, eux aussi, de nombreux droits féodaux, redoutent la menace des convoitises aéchaïinées et, pas plus que celui de la noblesse, leur désintéressement ne va jusqu’à sacrifier aux idées qui leur sont chères leurs avantages particuliers et leurs intérêts pécuniaires ?, [ls voudraient limiter les réformes à des

1 Lettre du 14 mars 1759 de Jean-François de Mercure, seigneur de Rochessauve, à M. de Montrond, citée par A. Benoit dans la revue du Vivarais 15- 10-1895... « Il est de la plus haute importance de ne pas donner nos voix pour déput-s aux Etats-Généraux aux barons des Etats de la province... je vous demande la vôtre pour le marquis de Satillieu qui la mérite pour toutes sortes de raisons et nous la lui devons par reconnaissance et par l'intérêt que nous devons prendre à notre patrie.... »

2. Lettre de St-Sernin de Borne qui écrit de Joyeuse à Necker pour dénoncer les cabales qui se trament au sujet des Etats Généraux entre les grands, le haut clergé et la haute noblesse. Arch. nat. H 942 2.

3. Delolhme. président de l’ordre du tiers et du tribunal de la sénéchaussée, protestera en 1791 contre la loi qui permet le rachat des droits féodaux. cf) correspondance de St-Martin avec Chomel publiée par Nicod. Privas 1906 in-8 56 p. Lettres du 1er et 22 avril 1791.

transformations politiques et administratives qui leur permettraient de jouer un rôle en rapport avec leur fortune et leur intelligence des affaires. Madier de Montjau et les officiers des deux sénéchaussées sont les principaux représentants de ce parti modéré.

Mais ils ont à compter avec une petite minorité plus radicalecomposée surtout d'avocats, de praticiens, d'homines de loi et de riches propriétaires qui aspirent à sortir de leur médiocrité. Pour satisfaire leurs ambitions, ils ont besoin du concours des classes rurales et ils sont prêts, pour capter leur confiance et gagner leurs suffrages, à appuyer tous les bouleversements économiques que souhaitent les paysans. Ils vont résolument de l'avant, et Delichères à Aubenas et Sabathier à Vernoux n'hésitent pas à poser la question de la suppression de certains droits féodaux et le rachat des autres. Ils veulent détruire les privilèges onéreux pour le peuple sans souci des intérêts de la haute bourgeoisie et de la noblesse.

D'autres rélormateurs verraient sans déplaisir, et même avec une secrète sympathie, de profondes réformes sociales, mais ils se gardent bien d'orienter le tiers de ce côté. Modérés par tempérament, politiques habiles, ils ont le sens des possibilités réalisables, et, avant tout, ils redoutent les conséquences d'une rupture ouverte avec la noblesse. Ils espèrent encore l’amadouer par de bonnes paroles et la décider au moins à persévérer dans les résolutions de Privas en inscrivant dans son cahier le vote par tête. C'est Boissy d'Anglas qui inspire cette tendance juste milieu. Comme il est le: chef le plus en vue qui, par son activité et les services rendus, a su se ménager des intelligences dans tous les groupes, il est tout désigné pour être non seulement le trait d'union entre les ordres, mais aussi le centre d'attraction et le conciliateur des diverses nuances du tiers.

Voilà pourquoi Boissy d’Anglas,loin de favoriser le mouvement extrémiste, cherche à l'enrayer par prudence et par politique, tout en ayant bien soin de ne pas rompre avec lui. Il est aidé dans cette tâche difficile par ses amis de la première heure. Dans le Nord, c'est Chomel !, Monneron, St-Martin et tous les bourgeois d’Arinonay. Dans le bas Vivarais, c’est surtout Espic qui jusqu'alors n’a

1. Chomel, avocat du roi au tribunal de Ja sénéchaussée d’Annonay conserve ses fonctions au tribunal du district du Mézenc, séant à Annonay en 1791. Elu député suppléant à la Convention il ne siégea pas. Il avait été député à Paris pour la question du baillage et à son retour, en 1778, il avait publié son (« mémoire pour

les Etats Particuliers du Vivarais concernant l'administration de la justice ».1 vol. in-4. Toulouse 1778. B. A.

LA CAMPAGNE ÉLECIORALE. — LES A£SEMBLÉES DIS FAROISES 19

été que la doublure de d’Antraigues et qui depuis l'assemblée de Privas subit l'ascendant de Boissy d'Anglas, tout en ménageant la transition entre les deux. Bon tacticien, adroit, retors, habitué de la chicane, ayant une certaine connaissance des hommes, il réussit dans le Midi à maintenir l'union extérieure du tiers, aussi éloigné du conservatisme étroit de Madier de Montjau que des impatiences de Delichères. Et ainsi, grâce à Boissy d’Anglas, le tiers sortira sans trop de difficulté de la crise de croissance qui menacçait de l'émietter et de le morceler en plusieurs partis hostiles.

Ces rivalités de doctrines et de personnes se compliquent encore de susceptibilités régionales et, malgré les arrêtés de Privas, la politique de clocher continue à jouer un grand rôle. Si dans le haut Vivarais, la prépondérance d'Annonay n’est pas contestée, dans le sud les jalousies de Bourg-St-Andéol, Villeneuve de Berg, Aubenas, Largentière et Privas sont tenaces et inexorables, Chaque centre, pour assurer la défense de ses intérêts particuliers, cabale contre

ses voisins ef met tout en œuvre pour faire triompher son candidat local !. La lutte se poursuit ainsi plus âpre et plus épineuse dans le

bas Vivareis. Le tempérament plus froid et plus réservé dans le Nord, plus entreprenant et plus exalté dans le Midi,y est sans doute pour beaucoup, mais il faut convenir aussi qu'à Annonay, les initiateurs du mouvement bénéficient de l'avance prise, etque la popularité de Boissy d’Anglas et de Satillieu rejette forcément dans l'ombre leurs compétiteurs éventuels. A Villeneuve de Berg, au contraire, il y a moins de personnalités marquantes et plus de candidats que de mandats. Cette campagne met en relief les tendances diverses de chaque parti et prépare les évolutions différentes qui se produiront au cours de la Révolution. Toutes les orientations futures, ainsi que les réactions variées du haut et du bas Vivarais, sont déjà perceptibles en ce printemps de 1789.

Telle est la situation au moment où vont se réunir les assemblées de paroisses. Pour la première fois, le paysan, jusqu'alors simple spectateur, va intervenir directement dans le débat. Sans doute, ce sera encore la bourgeoisie qui tiendra à rester son inspiratrice pour en recueillir le profit politique,mais le peuple des campagnes pourra parler lui-même et souligner, dans ses cahiers, les revendications et les doléances qui lui tiennent le plus à cœur.

1. Delichères sera victime de ces rivalités locales. Espic s'impose à Aubenas et jamais les autres petites villes du paysne pousseront le désintéressement jusqu'à tolérer deux députés à Aubenas.

Dès la fin février, les journaux et les relations particulières avaient divulgué la teneur des lettres royales du 24 janvier et du 7 février 1789. On connaissait à l'avance la composition de ces assemblées locales ainsi que le chiffre des députés primaires de chaque paroisse. La part avait été faite très large aux paysans !, puisque chaque communauté suivant lenombre de ses «feux » se voyait attribuer de 2 à 4 délégués. Le tableau, annexé au règlement du 7 février ?, ne faisait exception que pour la ville de Bourg St Andéol qui aurait 6 représentants à l'assemblée de la sénéchaussée. Anuonay, froissée d'être ainsi méconnue, réclama ? aussitôt auprès de Necker et, grâce à l'influence de Boissy d’Anglas encore à Paris, obtint 8 députés, mais la démarche trop tardive d'Aubenas ne put être prise en considération. #

Tous ces détails étaient déjà réglés lorsque ie 4 mars parvinrent enfin les lettres officielles de convocation *, Le sénéchal fit diligence ainsi que Tavernol de Barrès, son lieutenant de Villeneuve de Berg, pour les faire imprimer et les adresser aux diverses communautés. La publication au prône eut lieu les dimanches 8 et 15 mars dans la sénéchaussée d'Annnonay, mais à cause des lenteurs de l'impression et des difficultés d'accès elle dut être retardée jusqu'au 22 mars dans plusieurs villages du bas Vivarais. Les paroisses se réunissent aussitôt 6.

Malgré la nouveauté du fait et la curiosité qu'elle devait susciter, on ne remarque pas un grand empressement de la part des paysans à assister à ces séances. Lorsque le procès-verbal donne le

1. Tous ceux quipayaient une contribution directe étaient électeurs. 2. Arch. nat. Bal.

3. Lettre de Desfrançois de Lolhme le 27 février 1789 à Necker. Lettre et mémoire de Gacou du même jour à Necker. Necker daus sa réponse à de Lolhme suggère de remédier à la disproportion dont Annonay se plaint lors de la réduction à 209 des députés du tiers. Grâce à l’activité de Boissy d’Anglas, Annonay obtenait satisfaction. ef) Lettre de Necker à M. Gacou,premier cousul, maire d'Annonay, le 12 mars 1789. A. N. Ba 14.

4. Réclamation d’Aubenas le 1°" mars. Lettre de Cornuscle, premier consul, maire d'Aubenas, à M. le Directeur général des finances. Arch nat. Bit 165.

5. Le sénéchal n'arrive à Aunonay que le 6 mars. Les lettres de convocation reçues par le président du tribunal de la sénéchaussée furent enregistrées le 6 et publiées au prône d’Annonay et dans les paroisses voisines le 8 mars.

6. Arch. Ard. B143. Procès-verbaux de la nomination des députés des paroisses du haut Vivarais.

nom des électeurs présents, on constateque rarement leur nombre est en rapportavec l'importance de la paroisse ?. En général, ces assemblées groupent de préférence les habitants du bourg, des hameaux el des fermesles plus voisines du cheï-lieu. Rarement dans les campagnes la discussion est vive, plus rarement encore on signale de l'agitation et des troubles. Et presque partout, les députés du premier degré sontchoiïsis parmi les officiers municipaux de la Communauté #.

Dans les petites villes, l’affluence est plus compacte # et les” assistants sont moins passifs. * I] y a là une nombreuse petite bourgeoisie lettrée qui cherche à faire prévaloir ses idées. Les beaux parleurs abondent. Certains visent à la popularité et se sont déjà fait ur parti.

Si l'él:boration du cahier ne suscite pas trop de difficultés, $

1. St-Alban d'Ay 59 présents ; Aïzac 43 ; Asperioc 46 ; St-André de Cruzières 63 ; St-Victor 50...

2. Faut-il en conclure à une abstention calculée par désintéressement ces affaires publiques ou doit-on incriminer seulement la timidité raturelle du paysan? Ne serait-ce pas, au contraire, que la liste de ceux qui ne paient aucun impôt direct est plus longue qu'on ne serait en droit de s’y attendre ? Ce serait alors une nouvelle preuve de l'état de misère et de pauvreté du pays. Mais d’autres explications semblent plus plausibles encore. D'abord, il est certain que beaucoup d'officiers municipaux n'ont pas hésité à exagérer l'importance de leur paroisse pour satisfaire les petites ambitions locales et augmenter le nombre de leurs députés, ce qui explique en partie la disproportion entre le chiffre des assistants et celui des «€ feux ». De plus, ces assemblées furent souvent convoquées presque à l’improviste à l'arrivée du juge chargé de les présider et il est probable que beaucoup de citoyens parmi les plus éloignés ne furent même pas prévenus en temps utile. Enfin, il semble bien qu'un certain nombre de cultivateurs aient hésité à sacrifier une journée de travail pour une assemblée dont ils ne saisissent pas toute l'importance. 2

3. On signale cependant des élections de curés à St Agrève et à St Julien de Chatelneuf. Ce choix s'explique peut-être par la nécessité d’avoir des députés capables de plaider auprès du sénéchal et de l’assémblée de la sénéchaussée la cause de ces deax paroisses qui avaient été convoquées au Puy et qui veulent voter à Annonay.

4. À Joyeuse, à la réunion du 19 mars, on compte 120 assistants et 140 à celle du 22 mars. cf) Archiv. Joyeuse, Fonds Mazon, F 12. A Largentière cependant, on se plaint du petit nombre des assistants. Arch. Largentière B B 47.

5. A Largentière le 15 mars, il y eut de vives contestations au sujet de la présidence de l’Assemblée et la séance dut être levée. Une nouvelle réunion eut lieu le 22 mars. Arch.Largentière AA 4 et BB 47.

6. À Aubenas, des conférences préliminaires entre les principaux représentants du tiers préparent le cahier : (On y présenta un long cahier tout dressé par M. Barthelemy. Il y avait de bonnes choses. mais point de ces vues politiques et de cet esprit philosophique qui devait présider à la Révolution. [l'en fut dressé un autre avec beaucoup de soin et d'étendue. Nous avions l’amour-propre de penser qu'il dût servir de boussole à l'assemblée du baillage. » Manuscrit de Delichères p. 7.

si on s'entend assez facilement sur les revendications générales ow locales, les passions politiques, et surtout les rivalités d'influence et de personnes, s'exaspèrent au moment de l'élection des députés. À Joyeuse, en particulier, où la bourgeoisie est très divisée, les réformateurs, avec Dussargues et Dusserre, sont en lutte ardente contre la fraction bourgeoise plus conservatrice qui détient la municipalité. Comme chaque parti a su grouper ses clients, la séance devient orageuse, la discussion s'envenime, des troubles s'ensuivent “et une scission se produit.Pour protester contre la partialité du président, la faction hostile à la municipalité quitte Fassemblée et élit à son tour des délégués, si bien qu'avec un seul cahier il y a deux groupes de députés qui prétendent chacun représenter leurs concitoyens à l'assemblée de Ja sénéchaussée. 1

Le cas fut-il unique ? La rareté et la sobriété des documents ne permellent pas de l'affirmer. Les procès-verbaux d'élection sont muets sur ces manifestations diverses de l'opinion et ce n'est que par exception que les registres des municipalités relèvent des faits particuliers.

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De même, les cahiers qui pourraient sinon nous donner le ton de la discussion et des passions qui s’agitent, du moins nous ren-— seigner sur l'état d'esprit et la siluation matérielle et morale du pays, ont disparu pour Ja plupart. Ceux de la sénéchaussée d'Annonay confiés ? avec le cahier général du tiers à Boissy d'Anglas et à Monneron sont restés introuvables. Ce n'est que par l'effet d’un heureux hasard que les revendications de Brujac et St Sylvestre se sont égarées dans les procès-verbaux d’élection.Il faut y ajouter les doléances des communautés du marquisat de la Rivoire, * de St Agrève, ! de St Martin de Valamas 5 et des paroisses limitrophes

1. Les députés du parti scissionnaire étaient : Pellier de Sampzon, Decombes, Dussargues de Pianzolles et Dusserre. Ils ne furent pas admis. Arch. Joyeuse. F'onds Mazon F 12. Ils deviendront plus tard les chefs du parti révolutionnaire avancé à Joyeuse.

2. Procès-verbal de l'assemblée de la sénéchaussée d’Annonay. Arch. Ard. B 145.

3. Le marquisat de la Rivoire comprend les communautés de Villevocance, Vocance, St Julien Vocance, Vanose et le Monestier. Ë

4. St Agrève ct les paroisses voisines : St Romain, Devesset. St Jean Roure, St André-les-Effangeas, ne présentent qu'un seul et unique cahier.Cf) Arch. Ard. B 143 bis.

5. St Martin de Valamas avec St Julien de Chatelneuf en Boutières, Chanéac et La Chapelle sous Chanéac. cf) arch. Ard. B 143 bis.

qui, rattachées malgré elles au Puy, vinrent néanmoins assister à l'assemblée des trois ordres de la sénéchaussée d'Annonavy.

La région du bas Vivarais est un peu plus riche, Près de 70 cahiers ont survécu en y comprenant ceux des villages de l'Uzérois! qui, en 1790, furent rattachés au département de l'Ardèche. C'est à peine pour l’ensemble du Vivarais 80 cahiers sur près de 320 communaulés.

Si encore cette minorité de témoins traduisait avec simplicité les sentiments des paysans, il serait possible d'apprécier à leur lumière les idées sociales, politiques et économiques des masses rurales ; mais rares sont les rédactions d'inspiration purement locale. La plupart, aussi bien dans leur composition matérielle que dans les réclamations exprimées, accusent des influences diverses, ? mais étrangères à la paroisse. :

Contrairement à ce qu'on pourrait attendre d'un pays aussi religieux, l’action du ciergé ne s’y manifeste guère. Nulle part, on ne voit les curés remplir les fonctions de président et de secrétaire à ces assemblées. Le procès-verbal mentionne rarement leur présence et presque jamais le texte ne trahit leur intervention.

En retour, l'influence des villes et de la bourgeoisie est indéniable. Au cours de la campagne qui a précédé la réunion de Privas, les principaux centres ont pris l'habitude d'envoyer des extraits de leurs délibérations aux bourgades voisines pour réclamer leur adhésion et leur appui. Elles agissent de même lors de l'élaboration des cahiers. Pour guider l'irexpérience des assemblées rurales, elles leur communiquent leurs propres revendications et les paysans se bornent souvent à adapter ou à reproduire en tout ou en partie les doléances de leur métropole. ?

Même lorsqu'on ne peut saisir aussi nettement l'influence exercée, les pétitions des paroisses ne sont pas pour cela plus spontanées. Presque toujours un modèle leur est imposé. La preuve en est que dans la plupart des rédactions qui subsistent, on retrouve

1. Les Vans, Berrias, Becdejun, Chambonas, Naves, St André de Cruzières, St Sauveur de Cruzières et Gravières. cf) B 141. ;

2. D'Antraigues avait fait distribuer des modèles de cahiers imprimés : @ Il craignait surtout qu'on ne demandât l'abolition des droits dépendant de la baute justice et M. Espic lui ayant communiqué un projet dans lequel se trouvait un article concernant les fiefs, il l’avait engagé à le supprimer. » Manuscrit de Delichères p. 8.

3. cf) St Agrève et les paroisses limitrophes, Villeneuve-de Berg et St Jean Rivoire, St Martin de Valamas et les mandements voisins...

les mêmes idées, les mêmes réclamations, le même style, souvent les mêmes mots, parfois les mêmes articles etil n'est pas rare de rencontrer des cahiers entiers qui se sont copiés textuellement. C’est le cas en particulier d’un certain nombre de paroisses qui se sont réunies sous la présidence d’un même juge. Ainsi Champanhet qui étend sa juridiction sur Antraigues, Aizac, Asperjoc, Saint Martin de Vals, Juvinas et Laboule, dicte à toutes ces communautés des délibérations non seulement d'inspiration analogue, mais de teneur à peu près identique ne comportant d’ailleurs que des vœux d'intérêt général. Il en est de même des agglomérations qui suivent les suggestions de Méans : Aps, Aubignas, St Pons, St Martin l'Inférieur, St Martin le Supérieur, Sceautres. !

Parfois, pour rompre la monotonie de la rédaction, le juge communique aux diverses assemblées des variations sur un même thème. Ainsi Darbres et Freyssenet, dont les débats sont dirigés par Michel, présentent des doléances semblables mais Freyssenet condense en 13 articles ce que Darbres délaie longuement en 38. ? On pourrait faire les mêmes observations pour les réunions présidées par Meynier, Rouesser, Mamarot, Espic..….. Et à examiner les pro- -cès-verbaux d'autres paroisses qui ne mentionnent pas le nom de leur président, il ne serait pas téméraire de conclure de l'identité ou de la similitude de la plupart des vœux exprimés que Berzème, Lussas, St Laurent en Coiron et St Gineis sous Coiron ont délibéré sous la pression d’un même juge *.

D'ailleurs, même avec des présidents différents, de nombreuses assemblées primaires rédigent des cahiers qui ont de grandes analogies entre eux. La raison en est que tous ces petits bourgeois qui imposent leurs vues aux paysans appartiennent à la même caste. Ils ont subi les mêmes influences et ils présentent tous les mêmes demandes, parfois dans les mêmes termes, parce que tous adaptent un même modèle qui a déjà servi de guide à toutes les villes et tous les centres importants du pays et ce modèle n’est autre que l'arrêté des trois ordres de Privas qui est devenu le bréviaire et le vade-mecum de la bourgeoisie du Vivarais f.

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