Procès-verbal de l’assemblée de Privas, p
rait hier, est plus âpre! dans ses réclamations que celle d'Annonay qui se laisse entrainer presque malgré elle par la bonhomie souriante et le libéralisme conciliateur de Satillieu ?.
En fin de compte, malgré les efforts communs pour maintenir la bonne harmonie entre les ordres, dans l'édifice de l'alliance si fraichement scellée à Annonay et à Privas, de graves lézardes apparaissent. Les oppositions d'idées et de tenipérament se précisent. Le tiers comprend que le comte d’Antraigues et la noblesse ont déserté la cause de la liberté et de l'égalité. S'il évite de le proclamer, s’il bride même les plus ardents de ses meneurs contre eux, c'est qu’il croit politique de ne pas mettre en relief les divergences et de nepas élargir le fossé qui les sépare déjà. C'est ce qui explique que la réputation de libéralisme du comte d'Antraigues survive quelque mois à son évolution dans l'esprit de la masse. Le clergé pour le: moment reste encore le pont entre le tiers et la noblesse, moins ardent dans ses revendications que le premier, plus désintéressé que la seconde. D'accord avec le tiers, au grand scandale de la noblesse, il ira de l'avant et entraînera la plus grande partie de ses membres dans la poursuite des réformes et la destruction de l’ancien régime.
Et ainsi l'évolution politique et sociale du clergé du Vivarais aura été très différente de celle de la noblesse. Celle-ci, après avoir lancé le mouvement des réformes, hésite, tergiverse, revient en arrière et, finalement se cantonne dans une opposition aveugle. Le clergé, timide au début, prend vite conscience de l'identité de ses intérêts avec ceux du tiers et se rapproche de plus en plus de lui en ce printemps de 1789. Le tiers, qui a suivi l'impulsion donnée par la noblesse, retire tout le profit de la campagne commune, maisspour lui aussi, sous l'impulsion des évènements extérieurs, l’évolution sera plus rapide que ne le pensent ses chefs ; et même les désirs et les aspirations du petit parti démocrate qui incarne les tendances paysannes ne tarderont pas à être dépassés. La Révolution que la haute bourgeoisie aurait voulu limiter à la question politique débordera de plus en plus dans le domaine social et économique et les partis en subiront le contrecoup : ils se briseront et se: fractionneront en groupes divers qui évolueront différemment.
1. Elle s'oppose formellement à ce que les Etats-Généraux connaissent de l’organisation municipale dans la crainte d’un affaiblissement de son pouvoir sans. compensation. Cahier art 18.