‹ La Révolution dans l'ArdècheChapitre 79 sur 396 · Mollier. Recherches sur Villeneuve-de-Berg p · texte numérisé non relu

Mollier. Recherches sur Villeneuve-de-Berg p

5. Fonds Mazon, chré 13. Cf) Pétition de plusieurs citoyens de Joyeuse au président du camp fédératif de Jalès le 17 août 1790.

manents aussi bien que les excès et les pillages de la Jacquerie. On aspire au calme, au repos, à la tranquillité.

La bourgeoisie, tout en restant patriote, s'inquiète parfois de la tournure des évènements. Les forfaits des « Jacques » l'ont épouvantée : beaucoup de ses éléments sentent la nécessité de freiner le mouvement révolutionnaire et, de plus en.plus, tout en demandant la consolidation des résultats acquis, penchent vers la modération et deviennent insensiblement conservateurs. ! Les paysans, -eux aussi, ont été dégoûtés de l'anarchie et de l'action directe par les crimes et le brigandage qui les ont accompagnées. Satisfaits de voir l’Assemblée nationale entrer dans la voie des réformes, ils sont tout disposés à lui faire confiance pourvu qu'elle leur accorde la suppression du régime féodal.Les privilégiés,à leur tour,qui avaient ‘été terrorisés par la Jacquerie, respirent de nouveau en octobre. Ils se résignent aux sacrifices nécessaires, et, si certains, trop compromis dans le passé, persistent à se tenir dans une réserve boudeuse, Ja plupart profitent de l’apaisement général pour faire acte d’a- -dhésion au nouveau régime. Ils sentent que le meilleur moyen pour eux de sauver du naufrage une part de leur influence, c'est de ne pas inquiéter les tenants des idées nouvelles, de calmer les susceptibilités des patriotes et des paysans en prenant leur parti des réformes indispensables. ?

Et ainsi, après la Jacquerie, bourgeois, curés, nobles, libéraux, paysans, tout le monde, par conviction ou par prudence, est ou se dit patriote. Mais ce ralliement général, s'il apporte force et nombre au parti réformateur, l'affaiblit en énergie et en vigueur. N'ayant plus d’adversaire à combattre, son activité s’atténue ; il devient moins révolutionnaire. Les patriotes intransigeants,subimergés par le nombre, deviennent une minorité et perdent de leur crédit et de leur prestige. Les Comités permanents, en s’agglutinant aux anciennes municipalités, s’assagissent eux aussi, et, avec les responsabilités du pouvoir, leur esprit combattif finit par s’émousser. On les voit même çà et là se rapprocher de leurs anciens adversaires. ?

1. À Annonay, à Aubenas, à Bourg St-Andéol, beaucoup de bourgeois se rapprochent des anciens privilégiés et forment un parti patriote modéré.

2. À Aubenas, ils viennent protester de leur dévoñment au nouveau régime devant le Comité permanent. Manuscrit de Delichères p. 25.

3. Même à Aubenas où le Comité permanent avait voulu forcer le maire Cornuscle à démissionner au début de septembre 1789, les deux partis se rapprochent et, vers la fin de l’année, le Comité permanent et le corps municipal délibèrent ensemble.

Les gardes nationales, à leur tour, perdent insensiblement le caractère politique et agressif que leur avaient donné les Comités permanents dans leur lutte contre les aristocrates. L’habile tactique de la plupart des anciens privilégiés a fait tomber l'hostilité et l’animosité qui avaient dressé l'habitant des campagnes contre le châtelair possesseur de droits féodaux. À l'automne de 1789, on voit se renouer les rapports de bon voisinage et de cordiale sympathie qui avaient longtemps rapproché les paysans du gentilhomme généreux et serviable. Avec l'affluence des petites gens, la garde nationale se transforme en un simple groupement patriotique qui devient le symbole de l'union, de la paix et de la fraternité des diverses classes désormais réconciliées dans l'acceptation loyale du nouveau régime. !

Les gentilshommes,les nobles libéraux savent profiter de ce nouvel état d'esprit et de leur regain de considération pour pénétrer en grand nombre et se faire une large place dans les rangs de cette garde nationale. L'appui de leurs agents, la confiance qu'ils inspirent, le prestige de leur titre d'anciens officiers de l’armée royale et de chevaliers de Saint-Louis, tout les désigne au choix de leurs compagnons d'armes et leur vaut les srades les plus élevés, non seulement dans les petites paroisses, mais encore dans les bourgs les plus importants. ? Soutenus par la bourgeoisie conservatrice, ils évincent facilement et rejettent dans l'ombre les patriotes de la premiére heure. e

Cette garde nationale ainsi réorganisée ne conserve bientôt de son origine que le caractère d'assistance mutuelle, de défense réciproque qui avait présidé à sa formation et qui, en se développant, aboutit aux fédérations. Cette première idée de fédération apparaît déjà avec la grande peur. Dans chaque paroisse, les nouveaux sol-

1. cf) Discours d’un officier de la garde nationale de Valence à la fédération de Tournon le 26 décembre 1739.Moniteur réimpr. T. III p. 87. « Le caractère .de franchise, de loyauté et de générosité qui distingue toujours la noblesse française n’est point anéanti : encourageons cette portion précieuse de nos frères dans la société, de nos chefs dans les armées, à le faire paraître avec encore plus d’éclat .,

2, À Annonay,presque tous les officiers de la garde nationale sont des nobles, anciens officiers en retraite. cf) Rostaing. Les clubs p. 75 76. Colonel : Dayme ; lieutenant colonel : de la Sagne ; Major : de Missolz. cf) Filhol, histoire d’Annonay T. 3 p. 9. A Lavoulte, Duclauzeau de Chabreuil, colonel et d’Auteville commandant en second. A St Agrève : M. de Laulanier, le chevalier du Grail, de Moze, de la Chazotte. Arch. de St Agrève, citées par Mazon. Revue du Vivarais du 15-6-1902.

dats jurent de se prêter un fraternel appui dans le danger et,comme gage de cette solidarité, une correspondance active s'établit entre les diverses municipalités et les comités voisins. Ces rapports épistolaires ne suffisent bientôt plus aux milices et gardes nationales qui,

de bonne heure, prennent l'habitude de se réunir et de se grouper en fédération avec revues et exercices militaires.

Nous saisissons un premier exemple de ces rencontres amicales le 29 août 1789 à Largentière ‘. Encore rares en septembre et en octobre où l’organisation de la jeune armée n'est qu'à l'état d'ébauche, elles se multiplient à la fin de l’année, quand chôment les travaux de la campagne et que le paysan est plus libre de son temps. Les gardes nationales, qui ont encore l’entrain et l'enthousiasme des premiers jours, se passionnent pour ces grandes manifestations.

Le 29 novembre, 20 villages du Vivarais sont représentés à la fédération d'Etoiles, en Dauphiné, qui groupe «12.650 soldats citoyens ? ». Le 25 décembre, 15.000 hommes campent dans la plaine de Montélimar. « Pendant deux jours, sans tumulte et sansivresse, on a cimenté ces généreux sentiments qu'avait inspirés le patriotisme * ». Le 26 décembre, Tournon, St Péray et Lavoulte reçoivent trois nouvelles assemblées. Ces grandes revues avec drapeaux, discours patriotiques, décharges d'artillerie et prestation solennelle de serment soulèvent l'enthousiasme populaire. Malgré les rigueurs de la saison, & on assure qu'il y avait plus de 12.000 citoyens sous les armes, représentant une armée de 60.000 hommes { ». Le 6 janvier 1790, 57 communautés se donnent rendez-vous à Vernoux* et se retrouvent plus nombreuses encore le 31 à Valenceet le 14 février à Viviers. Le 28 février, 115 paroisses des deux rives du Rhône envoient 5.000 délégués à la fédération de Privas.

Ces grandioses manifestations frappent l'imagination des paysans et les confirment dans les espérances qu'ils attendent dela Révolution-en même temps qu'elles rassurent Ia bourgeoisie et la no-

1. Réunion à Largentière des paroisses de Tauriers, Beaumont, Bannes, Ro-

ses Montréal, Chassiers. cf) Mazon. Revue du Vivarais 15 4-1903. D Mantoue réimpr. ARTE Le 389 et « acte d’union des gardes nationales du:

29 RE at 1789; impr 21p#s: 1.=BA"

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