Moniteur, réimp. T3, p
en mettant fin au pouvoir des Comités permanents et en placant la garde nationale sous les ordres du corps municipal. Dès les premiers jours de leur installation, elles s'occupent de dresser le tableau des biens nobles de leur territoire. Elles s'y emploient avec d'autant plus de zèle que les impôts payés pour ces biens viendront en déduction des charges de la commune. Les privilégiés, d'ailleurs, se prêtent volontiers à ces investigations et font eux-mêmes des déclarations très détaillées !.
Mais, pour tous les centres importants, la grosse affaire du moment, c’est la formation et la division du département et surtout l'attribution des chef-lieux administratifs et judiciaires. Plus que la politique et l’administration, ce point intéresse tous les citoyens sans distinction de classe ni de tendance. C’est l'intérêt particulier des localités qui est en jeu ;aussi la lutte, pour être pacifique, n’en est-elle pas moins ardente et passionnée. Les nouvelles municipalités ne font d’ailleurs que continuer l'action des anciens corps municipaux qui, depuis plusieurs mois déjà, suivaient, avec un intérêt croissant, le développement de la nouvelle organisation territoriale du pays.
Au début le projet du Comité de Constitution n'avait soulevé ni sympathie, ni hostilité. Tout au plus le démembrement des provinces apparait-il aux patriotes comme une conséquence de la suppression des privilèges. La population se désintéresse aussi bien des provinces en général que du Languedoc en particulier. Malgré l’accoutumance de plusieurs siècles de vie commune, il ne s’est pas formé de patriotisme languedocien ?. Le Languedoc s'est trop souvent comporté en marâtre pour que les divers diocèses conservent à son égard le moindre sentiment d'affection filiale. Quant au Vivarais, il a gardé un souvenir amer du despotisme de ses Etats et de l’égoisme de ses barons qui, l’année précédente encore, ont essayé de lui ravir l'honneur etle profit d'une députation librement élue. A