LA POLOGNE. — MINISTÈRE PÉRIER. — MINISTÈRE LAFF1TTE
«La dépêche qui avait annoncé au gouverne- « ment la chute de Varsovie était datée de Beilin, «le 3 mars. Nous recevons aujourd'hui la Gazelle «d'État du 4 •' elle donne des extraits des jouranaux de Varsovie du 28 février, et il n'y est «nullement question de la capitulation de cette «ville. La Gazette d'État est le journal officiel de « la cour de Berlin. 11 semblerait bien étonnant « qu'une nouvelle aussi importante et aussi agréait ble au cabinet prussien que celle de la soumis- «sion de Varsovie, n'eut pas été communiquée à « la Gazette d'État, si elle était déjà parvenue à «Berlin; le rapprochement des dates laisserait «donc quelque espoir; mais comme les journaux «polonais conviennent qu'une partie de l'armée «des patriotes a repassé la Vistulc , il est évident «que la bataille du i5 a été perdue, et que des «renforts arrivant aux Busses, la Pologne n'aura « pu soutenir une lutte trop inégale. Dans deux ou «trois jours tout sera éclairci.
«En attendant, la sympathie de la France pour «ses malheureux alliés se pronouce à chaque ins-
( 153 , « tant avec une nouvelle énergie. Hier au soir, ont « eu lieu devant l'hôtel de L'ambassade russe des « démonstrations fâcheuses ; car , quelle que soit «la conduite d'un gouvernement, son ambassa- « deur doit toujours être environné d'égards. Aujourd'hui, sur plusieurs points delà capitale, «des groupes de citoyens ont manifesté quelque- «fois, dit-on, avec un peu de tumulte', leurs re- «grets pour la Pologne et pour la France. Des « cris de guerre et de vengeance ont retenti de « toutes paris.
« Ces nouveaux symptômes d'un désaccord cornet plet entre la marche de l'administration et les «vœux du peuple, devraient faire sentir enfin « combien il serait urgent de ramener l'ordre en « ramenant la sécurité par un changement de « système. Eh bien ! que fait-on ? On balance en- «core, comme il y a huit jours, entre un minis- « tère recomposé par MM. Laffitte et Soult, et un « ministère que M. Casimir Périer formerait pour «le présider. On dit même que la cour penche « vers cette dernière combinaison , et ce qui sem- « blerait le prouver, c'est la destitution deM. Comte, « c'est l'arrestation d'un grand nombre de patrio- « tes de juillet. Un instant de réflexion suffirait « cependant pour apercevoir les conséquences d'un « pareil choix.
«Un ministère Casimir Pèjrier, c'est-à-dire un
« ministère appuyé sur les centres et composé ou «dirigé par des doctrinaires, serait, dans les cir- « constances présentes, la ruine de la patrie. Ce se- « rait une déclaration de guerre formelle à la résolution de juillet et à tous les hommes qui y «ont pris part, soit à Paris, soit dans les province ces : or, quand les ennemis s'avancent sur toutes «nos frontières, de quel nom appeler une telle « déclaration ? il n'y en a que deux , on peut choia sir : folie ou trahison.
j< Un ministère Laffitte et Soult pourrait au con- « traire affermir le gouvernement. Si ces deux mi- «nistres, rompant hautement et à toujours avec «les idées du cabinet actuel, s'associaient de vrais « patriotes ; si cette nouvelle administration prou- « vait à l'instant par des actes qu'elle s'associe au « vœu national, et en prépare le triomphe ; si dans « ses relations avec les cours étrangères le gouver- « nement brûlait ses vaisseaux et ne se laissait plus, «comme Cortez, d'autre ressource que la vic- « toire, la confiance renaîtrait, et avec la confiance «le calme; les divisions qu'ont semées les doctri- «naires, au lieu de produire la guerre civile, «s'effaceraient tous les jours; et alors, tous réu- « nis pour la défense d'une révolution dont on « sentirait enfin quelque bienfait , nous pourrions a encore repousser l'Europe et ne pas voir une « troisième fois les Russes à Paris.
( 155 ) «Qu'on y songe! Cela, ce me semble, en vaut « la peine. »
11 Mars 1831.