‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 107 sur 131 · LES ASSOCIATIONS, LE MINISTÈRE ET LES AMBASSADEURS · texte numérisé non relu

LES ASSOCIATIONS, LE MINISTÈRE ET LES AMBASSADEURS

« La marche de l'administration avait donné lieu « aux craintes les plus graves. Des bruits sinistres « s'étaient répandus. On en trouve la preuve même «dans les journaux qui, au mois d'août, se sont «élevés de la manière la plus haineuse contre les « doctrines de la liberté , et qui s'effrayaient de nos « moindres attaques contre les actes dont nous ne « faisons aujourd'hui que subir les conséquences «nécessaires. Voici, par exemple, ce que disait, «il y a quelque temps, le Journal du Havre :

Les partisans incorrigibles que Charles X compte encore dans nos départemens cherchent à renforcer les faibles ou les dupes de leur parti, en leur donnant un étrange motif d'espérance.

Ils disent avoir des raisons positives d'assurer que Louis-Philippe n'a pris la couronne de France que pour l'offrir plus tard au possesseur légitime, c'est-à-dire au duc de Bordeaux. Mais comme il faut pour cela faire que la fougue populaire ait eu le temps de se calmer et de revenir à des sentimens favorables au droit divin, le roi par la grâce du peuple attendra , pour exécuter la restitution de la couronne , le moment opportun. Or, sait-on les faits que ces messieurs et ces dames (car il y a beaucoup de dames qui travaillent pour la légitimité) citent à l'appui de leur opinion ?

Les voici :

La faveur dont le monarque par la grâce du peuple a laissé jouir les anciens serviteurs de la duchesse de Berri , régente légitime de la royauté dépouillée par la faction républicaine.

Les fonctions dans lesquelles on a maintenu, malgré les plaintes générales élevées dans les localités, des hommes dévoués aux intérêts de la dynastie passée.

Le rapprochement qui vient d'avoir lieu entre les nobles si rancuneux du faubourg Saint-Germain, Monseigneur l'archevêque et la nouvelle cour.

La réserve avec laquelle les exilés d'Holy-Rood ont toujours parlé du roi des trois journées, malgré la haine non dissimulée que les illustres pros-

crits font éclater contre tous ceux qui ont trempé dans la révolution.

La facilité qu'on a rencontrée chez le roi quand des députés ont été assez abusés pour écarter du maniement des affaires les hommes qui professaient l'antipathie la plus prononcée contre Charles X et sa famille.

«Ces bruits , quelque absurdes qu'ils fussent, «pouvaient achever de porter le découragement « dans la nation , ou exaspérer au contraire l'irri- « tation générale , entretenue par le froissement «de tous les intérêts, par la ruine de toutes les « espérances , par des mécomptes de tout genre.

« Dans ces circonstances, une ville éminemment «patriote, qui, voisine des frontières, voyait ces « frontières sans défense , et au-delà des masses «toujours croissantes d'ennemis, conçut l'idée de « réunir les efforts de tous les citoyens pour as- « surer l'indépendance nationale.

« Cette idée reçut tout d'abord l'assentiment uni- «versel. Elle fut accueillie avec plus d'empresse- « ment encore par les hommes qui avaient une « confiance entière dans les intentions du gouvernement, que par ceux qui croyaient avoir des « raisons de s'en défier. Si ceux-ci voyaient dans «l'association un moyen de suppléer à l'inertie ou «à la mauvaise volonté du ministère, ceux-là y

( 176) «apercevaient, outre un secours pour lui, le meilleur moyen de le réhabiliter dans l'opinion, de « dissiper toutes les méfiances, de faire cesser tous «les soupçons injurieux. Ces amis de nos gou- «vernans disaient : Certainement le ministère ac- « cueillera avec transport une idée si noble et si « utile , tous ses membres s'inscriront sur les lis- «tes, et dès lors leurs ennemis les plus acharnés « cesseront de mettre en doute leur sincérité, car les « esprits les plus défians riraient de ces calomnies. « En second lieu , les ministres ont pu , avec les « meilleures intentions du monde, laisser dans des « places influentes un grand nombre de légitimis- «tes, soit parce qu'ils auront été trompés sur le « compte de ces agens , soit parce qu'ils auront « manqué de preuves. Maintenant l'épuration «sera facile; ils destitueront tous les fonction- « naires civils ou militaires qui ne signeront pas « l'association ; la machine administrative, dégagée « de ces rouages qui entravent le mouvement, mar- «chera dans la route des vrais intérêts nationaux; «le peuple rassuré, le gouvernement bien servi, « seront contens l'un de l'autre , et la force naîtra «de l'union.

«En effet, c'était à quoi devaient s'attendre ceux «qui croyaient à nos ministres de la sincérité et « de là raison. Par quelle fatalité le ministère a-t-il « pu, non-seulement tromper l'attente de ses amis,

« mais dépasser de si loin dans cette affaire les «craintes de ceux qui le jugeaient le plus sévè- « rement ? Pourquoi, loin d'applaudir à l'idée des «patriotes de la Moselle, lance-t-il tous les jours « l'anathème sur ceux qui l'ont conçue et sur ceux « qui l'ont adoptée ? Pourquoi , au lieu de destituer les fonctionnaires qui refusent de signer, « menace- t-il de destitution les fonctionnaires « qui donnent leur signature ?

« Plusieurs journaux reviennent aujourd'hui sur « la nouvelle que nous avons donnée les premiers « des plaintes portées contre l'association par mes- « sieurs les ambassadeurs étrangers. Mais le minis- «tère pourrait-il donner ces plaintes pour raison « de sa conduite , sans abjurer, je ne dirai pas tout «sentiment de dignité, mais toute notion de sens « commun ? Quoi ! parce que l'étranger vous voit «avec peine un nouveau moyen de défense, vous « renoncerez à ce moyen ? et pour le briser dans vos « mains , vous n hésiterez pas à vous proclamer en- « nemis et calomniateurs de tout ce que votre «pays renferme de patriotes? Vous nous ferez un « crime de songer à repousser l'invasion , et vous «vous appuierez pour cela sur une démarche qui «est un aveu formel de l'intention qu'on a d'en- « vahir !

«Et n'allez pas vous récrier sur ce mot. Oui, « les plaintes des ambassadeurs sont un aveu for-

« mel du plan des puissances contre nous, une (( véritable déclaration de guerre. Il ne s'agit pas «ici d'armemens. Quand vous réunissez des trou- « pes , quoique ce soit uniquement pour vous dé- « fendre , les cabinets étrangers peuvent dou- « ter de vos intentions ; ils peuvent vous dire : « Une fois vos armées réunies sous prétexte d'or- «ganiser la défense, vous les lancerez sur nous. «Mais on sait bien que de simples citoyens ne « s'associent pas pour faire une guerre offensive. « Si les puissances n'étaient pas décidées à nous «attaquer, elles n'auraient fait aucune attention à « l'association nationale. Que leur importerait que « quelques centaines de mille francs fussent ver- «sées dans quelques caisses où, l'agression contre «nous n'ayant pas lieu, chacun viendrait repren- «dre ses centimes, ou les abandonnerait pour « quelque bonne œuvre , pour le soulagement des «blessés de juillet, par exemple?

« Tout cela est si évident qu'on rougit , en vé- « rite, d'être obligé de l'énoncer. Certainement <' les envoyés des cours étrangères qui ont osé de- « mander des mesures contre l'association devaient « s'attendre à recevoir leurs passeports. Toute au- « tre réponse n'a pu exciter en eux qu'un de ces « deux sentimens : la pitié ou le dégoût. »

f> Avril 18:ji.

u'L'NE NOUVELLE ASSOCIATION.

«Il se! forme line nouvelle association il Paris. « Mais celle-là ne sera pas poursuivie; elle n'est «point dirigée contre des objets sacrés tels que « l'invasion et la légitimité des baïonnettes étran- « gères; elle n'est point annoncée par des journaux « andrchiques, comme le Constitutionnel, le Courarier, la Tribune , le National, la Révolution ; elle « né comptera point parmi ses membres des mau- « vais citoyens à la façon de Lafayette, de Sal verte, « de Lamarquc , de Laborde ? de Daunoit. Elle « s'intitule association contre ïanarchie; et c'est la « pieuse Gazette c[ui vient d'en \ancer\e prospectus. « Ce f'aetuniQSt un modèle de perfidie frénétique. « N'importe! il est dans la Gazette : qui pourrait « en nier la modération? Lorsque la Tribune donna « le conseil d'imiter la noble association de la «Moselle, ce fut dans des termes tout différens. « Autrefois, on les eût regardés comme extrême- « ment rîiesurés. Mais on se serait trompé sans «doute. N'est-il pas reconnu que la Tribune est «un journal violent, exalté? et M. Persil ne le « prouve-t-il pas juridiquement, à grand renfort

( iSO )

«de réquisitoires? Ainsi donc efforçons-nous de «prendre des leçons de sagesse et de modération « dans cette Etoile, toujours innocente, et qui n'a « jamais rien à régler avec le parquet.

« Elle commence par un acte d'accusation con- « tre la révolution de juillet. Elle nous peint rui- «nés, dévorés par un fléau. Ce fléau, «ce n'est pas , dit-elle , ce n'est pas la guerre , ce n'est pas l'intempérie des saisons, ce n'est pas le débordement des rivières, ce n'est pas le choléra-morbus ni aucune autre espèce d'épidémie : c'est le fléau de la banqueroute; il est né avec la révolution, il grandit avec elle

La révolution blesse les intérêts de la propriété foncière. Les agitations du présent, l'effroi de l'avenir , l'anéantissement de toute confiance et de toute sécurité, ont déprécié les valeurs immobilières comme les valeurs mobilières. Qui a de l'argent le garde, parce qu'il n'y a de sûr que la possession de l'argent; encore a-t-on soin de le convertir en or à tout prix pour le cacher plus facilement; il n'y a plus, ou il y a peu de concurrence pour l'acquisition des biens-fonds mis en vente, parce qu'on ne sait pas si l'on n'en sera pas dépouillé : de là , l'abaissement progressif de leur valeur; de là la caducité des hypothèques et l'impossibilité d'emprunter pour des travaux d'amélioration. »

« Ici l'auteur, épuisé de modération, emprunte « le secours d'un autre écrivain modéré ; il copie «son confrère du Temps, autre journal dans le- « quel M. Persil ne trouve jamais d'exagération. «La phrase ne me serait pas venue à moi, violent, « emporté, gibier de cour d'assises, ou si, par im- « possible, elle était tombée de ma plume, je me « serais hâté delà biffer; mais elle a été accueillie « dans le Temps , distinguée par la Gazette: elle est « donc doublement sanctifiée , et nous pourrons « l'imprimer sans voir visage d'huissier. La voici : Deux personnes ne se rencontrent plus sans se demander : Que deviendrons - nous ! Cette demande a remplacé les formules de politesse que l'usage avait introduites dans la société. «Malgré la paix, ajoute de son crû la Gazette, malgré des récoltes ordinaires , il règne aujourd'hui dans la France agitée une misère à laquelle nulle autre époque de calamités publiques ne peut être assimilée.» Cette misère est si grande , que les libé- « raux même regrettent d'avoir coopéré à la réci volution et de n'avoir pas reconnu Henri V. « A l'appui de cette assertion la Gazette cite deux «journaux du mouvement qui ne sont ni la Rèvo- « lution ni le journal aux huit procès.

La révolution, poursuit la Gazette, blesse les intérêts de la liberté politique.

La loi de la garde nationale , les lois munici-

; «sa )

pale et électorale sont toutes faites pout* concentrer le pouvoir clans les mains d'un parti , et réduisent à un véritable ilotisme la classe inférieure et la classe supérieure de la société. »

« La révolution blesse aussi les intérêts de la « liberté religieuse. Protestans, tremblez comme «les catholiques. Des athées détruiront la religion « de la minorité des Français comme celle de la (f majorité. «Vous croyez aussi l'âme immortelle : c'est cette croyance qui met en fureur les méchans; ils voudraient l'éteindre dans toutes les consciences humaines, pour que la leur fût plus tranquille.

Enfin la révolution blesse le premier des intérêts, le premier des droits de l'homme en société, la sûreté du domicile, des secrets domestiques et de la personne Est-ce que le

génie du mal se serait perfectionné depuis la première révolution ? Il y eut des visites domiciliaires à la fin d'août 1792 , il y en eut en 1 70, 3 , en 1 794 ; chaque fois , elles furent précédées d'une loi qui, du moins, avertissait les victimes de prendre garde à elles. En i83i , point de loi, point d'avertissement préalable. Le 28 août 1 79^, Danton, ministre de la justice, voulant remplir les prisons de suspects, se rendit à l'Assembler législative, et lui demanda d\:tre autorisé a faire des -visites ^nini'-iiuiircs. Il crut qu'il ne pouvait

( iêS ;

le faire sans loi; et il se trouve en i83i un jeune ministre qui a déjà dépassé sur un point le fougueux Danton ! ! ! »

«L'acte d'accusation contre la révolution de «juillet une fois achevé, commence le réquisitoire « contre l'anarchie. Les clubs se rétablissent , dit «le procureur-général de Y Etoile, et ici il a de « nouveau recours à son ami du Temps. « Là se rassemblent une foule de jeunes gens qui se sont nourris de l'histoire de notre révolution , et qui voudraient la recommencer jour par jour. La discussion ne s'entame pas sur d'autre sujet. Il y a là de jeunes étudians, des avocats, des médecins, qui ne révent que de devenir un jour des Saint-Just, des Lebas, des Couthon , des Collotd'JIerbois, des Billaud -Yarennes. Auprès de ces gens-là ne pas reconnaître les vertus des membres du comité de salut public, se refuser à comprendre la candeur de Marat et la philanthropie de Robespierre, c'est se faire déclarer hautement nul et incapable. »

«Patriotes, retenez votre indignation; vous « n'êtes pas au bout. La Gazette ne veut pas rester « en arrière du Temps. Elle a fait aussi une décou- « verte, et cette découverte est curieuse : les jaco- « bins sont ressuscites.

Leur réorganisation est annoncée dans tous les journaux révolutionnaires. Société centrale à

Paris; sociétés affiliées dans les chefs-lieux de départemens, dans les arrondissemens , et même dans les communes, qui fourniront un nombre suffisant de frères et amis; correspondance entre la société centrale et les sociétés affiliées : c'est comme dans les temps passés.»

«De quoi, diable! veut-elle donc parler? allez- « vous dire. Je conçois votre étonnement , votre «incertitude; les discours même de M. Périer « n'ont pu vous mettre sur la voie ; vous cherche- « riez vainement. Eh bien ! ces jacobins, c'est l'as- «sociation patriotique de la Seine. Vous en seriez- « vous douté ? Poursuivons.

« Que veulent les jacobins de j 83 1 ? ce que voulaient les jacobins de 1 792 : la guerre et la république; la république et la guerre. Personne ne peut en douter en lisant les noms déjà proclamés dans les journaux

Les provocateurs de la guerre pensent-ils aux malheurs qui l'accompagneront! Oui, ils y pensent , et ils n'en frémissent pas ! Ils les prévoient comme nous les prévoyons, et ils s'en repaissent.

Quelle race d'hommes, conjurée contre l'espèce humaine, réapparaît sur la scène politique! Us reprennent le nom de patriotes l Pères de famille, que pensez-vous de ces patriotes-là, qui veulent vous arracher votre dernier enfant et votre dernier écu!

Arracher aux pères de famille leur dernier enfant et leur dernier écu , cela est impossible; oui , cela est impossible sans la terreur escortée de ses réquisitions , de ses emprunts forcés , de son maximum , de ses confiscations , de ses noyades, de ses mitraillades, de ses échafauds ! Aussi le terrorisme s'apprète-t-il déjà; déjà l'on entend, dans des lieux publics, des tigres à figure humaine qui disent que, pour en finir, il faut tuer les riches et prendre leurs biens, se réservant sans doute une bonne part dans la prise ; en d'autres lieux on s'excite , on s'encourage à l'œuvre par des apothéoses de Marat, de Robespierre, de Couthon , de Saint -Just, de Collotd'Herbois, et de tous les anciens buveurs de sang que l'horreur universelle semblait avoir flétris à jamais, et dont les noms aujourd'hui sont exhumés avec honneur des archives dégoûtantes de l'anarchie ! »

«Ainsi donc, parce que, voyant la guerre inévitable, nous désirons que la France se mette «en mesure d'éloigner de ses villes et de ses ha- «meaux le pillage, le viol et l'incendie, nous « sommes des forcenés qui se repaissent d'avance «avec délices du sang près de couler! Ainsi les «hommes qui trouvent faible le patriotisme de « M. Périer sont des admirateurs de Marat et de «Robespierre! Ainsi, quiconque tient au pro

( 186 ; «gramme de THôtel- de-Ville et n'est pas disposé «à l'échanger contre les ordres du grand-prévôt «de la Sainte- Alliance, rêve la terreur, les réqui- «sitions, le maximum, les noyades, les écha- « fauds ! Ainsi la liberté, c'est la terreur , les noya- « des et le maximum !

«En vérité, en entendant de pareilles choses, «il est difficile de se contenir; et, tout en la dé- «plorant, nous concevons l'exaltation que des « accusations si révoltantes produisent chez quel- « ques jeunes gens généreux.

« Pour donner quelque ombre de prétexte à ses « accusations contre ce qu'elle appelle les partisans «de la guerre, la Gazette soutient chaque jour « que si la marche contre-révolutionnaire du gou- «vernement continue, nous ne serons pas atta- «qués; de son coté le ministère demande sans « cesse de nouveaux subsides pour maintenir la « paix. Ces deux refrains de l'extrême droite et du «juste-milieu ont donné naissance aux idées les « plus extravagantes. « Que se passe-t-il donc entre « notre cabinet et les rois étrangers? quelles sont «les conditions de la trêve? Nos ministres nous « demandent, pour conserver la paix , autant d'ar- « gent qu'il en faudrait pour l'acheter. » Telle esf «l'observation que nous avons entendu faire par « plusieurs citoyens, tous différant d'opinion poli- « tique, mais tous réunis dans un même sentiment

«de stupeur (levant ce budget colossal. Certainc- « meut leurs soupçons n'ont pas le moindre fonce dément. D'abord , nos ministres ont trop de « loyauté pour songer à un pacte dont le moindre «crime serait une épouvantable concussion. En «second lieu, nous ne les jugeons pas assez inep- «tes pour s'imaginer qu'un semblable moyen «pût réussir. Sans doute, acbeter un ministre «influent, un prince, une maîtresse de roi, a pu «quelquefois suffire pour éviter une guerre, et « dans un budget de quinze à seize cent millions , « il y aurait bien de quoi acheter trois ou quatre « ministres, quatre ou cinq maîtresses, et, si le cas « éebéait, quelque mignon. Mais ces achats ne sont « utiles que dans les guerres où il s'agit seulement « des intérêts de l'Etat ; ils échouent dans celles «qui intéressent personnellement les familles «couronnées et toute l'aristocratie. L'étranger «pourrait bien nous vendre quelques répits; mais «les cent millions que nous donnerions pourcha- « que quinzaine , par exemple , seraient employés «à doubler les préparatifs. Ce ne seraient que des « frais de guerre payés d'avance.

«Ainsi donc le bon sens de nos ministres nous « rassure autant que leur probité contre de pa- « reilles imaginations. Nous pouvons seulement «nous plaindre de ce que ces messieurs ne sachent «pas administrer plus économiquement, et qu'il

«leur en coûte tant pour donner à la France une «attitude capable d'inspirer le respecta ses enne- « mis. L'association patriotique, qui ne coûte rien, «y réussira mieux , ce nous semble, que tous les « supplémens de budget.

«Après ces fureurs contre les patriotes, on doit «bien penser que l'énergumène de la modération « vante le modéré , le patient Casimir Périer ; il « lui promet le concours des amis de l'ordre, si le « ministre persévère dans le dessein annoncé de «combattre tous ces fléaux, c'est-à-dire la révolu- «tion. La séance de vendredi avait un peu calmé « ce zèle pour le président du i 3 mars. « Que veu- «lent dire, s'écriait le légitimiste, les espèces de « pas rétrogrades qu'a faits le président du conseil , « lorsqu'il a insisté sur ce qu'il n'avait destitué « personne?» Ainsi , le grand ministre se trouvait «menacé d'une disgrâce, malgré les rigueurs saalutaîres ajoutées à la trop bénigne loi martiale, « malgré cet alien-bill obtenu contre les Français, « malgré ces fusillades laissées au libre arbitre d'un «commissaire, et qui devaient pourtant rappeler «à la Gazette la douce soirée du 9.7 juillet. Il fal- « lait au parti des destitutions. La Gazette l'exi- «geait le soir; dès le lendemain matin le Moniteur « s'exécuta. Maintenant le ministère paraît s'arrë- «ter : il a menacé des milliers de citoyens et n'en « a frappé qu'un petit nombre. Ferait-il encore

( <«> ) « des pas rétmgrades ? En ce cas , la Gazette , qui «prétend représenter la France, lui ferait sentir «de nouveau que la France veut un ministère «fort. »

12 Avril 1831.

« Le numéro du Courrier belge reçu aujourd'hui « à Paris contient un article accablant contre la « politique de notre ministère. Excepté quelques « traits dirigés sur une personne qui doit toujours « en France être respectée, cet article n'a rien que « ne pût se permettre l'opposition constitution- « nelle. Nous nous garderons bien cependant de « le reproduire dans nos colonnes. Nous enga- « geons seulement M. Persil à le lire ; il pourra jute ger par là de la modération de la Tribune. Nous « croyons devoir avertir en même temps M. le « procureur -général que s'il arrivait, par impos- « sible , que l'influence des révoltantes calomnies « répandues contre notre journal portât les jurés « à nous condamner , nous renoncerions à une « modération inutile , et nous écririons avec la « franchise du Courrier belge, en écartant, toutefois, « tout ce qui pourrait attaquer personnellement « le roi des Français. Du reste, pleins de confiance

« dans la" justice et dans la raison de MM. les jure rés, nous solnmcs bien convaincus que nous « n'aurons pas lieu de renoncer aux ménagemens « que nous nous plaisons toujours à garder, et « nous nous félicitons de voir nos ennemis porte ter leurs accusations devant les tribunaux. Il en « sera de nous comme des patriotes de juillet. « Les mouchards des trois ou quatre polices les « avaient dépeints comme des espèces de bêtes fé- « roces prêtes à renouveler les horreurs de q3 : au ce grand jour de la justice, ils ont paru ce qu'ils « étaient, des citoyens distingués par leurs ta- « lens, par leur bon esprit, par la douceUr" de « leurs manières, et la générosité de leurs sentice mens. Quant à nous , les mouchards des docce trinaires, qu'ils fussent payés en argent ou en te places, nous ont présentés comme des hommes «intraitables, prêts à sacrifier aux principes la ce tranquillité et les intérêts matériels du pays: la ee discussion prouvera qu'après avoir exposé nos ee principes, ou plutôt les principes de quelquesce uns d'entre nous, nous en avons fait de bonne ce grâce le sacrifice pour ne point amener de divi- « sions, et que notre critique n'a eu , depuis, ce d'autre but que d'empêcher nos adversaires de ce prouver trop évidemment, parle malheur de la - liance, combien nous avions raison.

ce 11 y a, dans l'inconcevable persécution don!

« nous sommes l'objet, deux choses à remarquer. «La première, et la moins importante, c'est que « nous avons soutenu les mêmes doctrines sous « le ministère Martignac, sous le ministère Poli- « gnac et sous le ministère Périer ; que nous les « avons défendues avec bien plus de force et d'a- « mertume sous les deux premières de ces ad- « ministrations que sous la dernière, et que le « parquet de M. de Martignac , le parquet de M. de «Polignac, ne nous ont jamais rien dit. Le pre- « mier acte de la justice, contre quelqu'un de la <c Tribune , a été le mandat d'amener décerné , le « 26 juillet, contre M. Auguste Fabre, qui parta- « geait cette faveur avec l'élite des députés et des « écrivains politiques. La seconde remarque mé- « rite plus d'attention. Les doctrines que la Tri- « lune a défendues sous M. Martignac, sous M.Po- « lignac , sous M. Périer, elle les a défendues aussi « dans les premiers temps de notre révolution ; « alors l'opposition de la presse semblait être dis- « soute, et la Tribune mettait d'autant plus d'éner- « gie dans ses réclamations, qu'elle se voyait seule «en ligne, ou, du moins, seule avec la Révolu- « tion , qui , quoique s'éloignant de nous sur quel- « ques points, s'en rapprochait sur quelques au- « très. A cette époque , la Tribune n'a pas été « poursuivie. Plus tard, la direction de quelques «feuilles a passé en des mains plus fermes et plus

« patriotes ; d'autres , un moment trompées par « les promesses du pouvoir, ont ouvert les yeux «et ont reconnu la justesse de nos prévisions; « deux ou trois journaux sont venus se placer sur «notre alignement. Dès ce moment, nous sen- « tant appuyés, nous avons mis dans notre langage « une réserve nouvelle ; et c'est depuis que les « procès pleuvent sur nous. Ceci exige de sérieu- « ses explications. Cette persécution , si absurde « et si intempestive , tient-elle à des haines perte sonnelles? Ne la devons-nous qu'à l'influence « exercée par notre exemple sur la marche d'au- « très journaux? ou bien y a-t-il quelque secret «caché sous cette masse de réquisitoires? Nous « le répétons , ceci exige des explications sérieuses. « Elles auraient été déjà demandées à la tribune « nationale, si Foy ou Benjamin Constant pouvaient « y monter encore ; ils n'auraient pas laissé dé- « truire la liberté de la presse sans intervenir en « sa faveur. Nos députés paraissent ne pas croire, « comme le second de ceux que j'ai cités, qu'ils « doivent aux journalistes d'avoir encore la tèle sur « les épaules, ou bien ils pensent probablement « que leur conserver la tète fut rendre à la France « un faible service.

« Quoi qu'il en soit , nous demanderons ces ex- « plications devant les tribunaux , et si on ne nous «les donne pas, nous les demanderons ailleurs,

( <'J3 ) « dans toutes les occasions qui pourront se pré- « senter. Qu'on y réfléchisse : plus ces explications « se feront attendre, plus elles deviendront graves. « Il faudra enfin qu'on sache par quel motif on « se croit permis de rétablir les procès de ten- « dance et les confiscations, de quel genre d'in- « violabilité on espère se couvrir pour ruiner les «citoyens, et pour étouffer sous le bâillon le cri « des besoins publics. »

15 Avril 1831.

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