‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 122 sur 131 · ORDONNANCE DU 28 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

ORDONNANCE DU 28 DÉCEMBRE

« Au moment où la présentation faite à la fois « par le Collège de France et par V Académie des « inscriptions pour la plus importante de nos chai- «res, excite parmi les gens de lettres, et dans le « public, un peu plus que delà surprise, quelques

« personnes sages et prévoyantes n'ont pas vu sans «inquiétude l'ordonnance qui retire au ministre «de l'instruction publique le droit de faire une «troisième présentation. C'était, suivant elles, le «remède, Y antidote des deux premières, puisque «en contradiction avec l'esprit de la loi, mais « conformément à l'esprit de corps, d'autres di- «sent de congrégation, les deux n'en font qu'une « cette fois , et n'en feront qu'une de long-temps « encore , par des raisons que tout le monde sait. « Le National contient aujourd'hui , à ce sujet, un «article fort remarquable; et, dans plusieurs sa- « Ions , on s'est exprimé d'une manière encore plus «énergique, en blâmant l'excessive modération « que la Tribune a montrée dans toute cette affaire. « Au risque de nous attirer le même reproche , «nous aimons mieux croire, en attendant, que « cette inquiétude est mal fondée. M. de Montalivet «s'est proposé sans doute d'honorer les lettres « dans la personne des professeurs et des acadé- «miciens, en n'accordant qu'à eux seuls le droit « de présentation ; mais il n'a pu ni s'ôter à lui- « même, ni prétendre ôter au roi son libre arbi- «tre. Les corps présentent y le roi nomme, sur le « rapport du ministre de l'intérieur , et il honore «de son choix le plus digne, le plus utile, que le « nom en ait été inscrit sur la liste de présenta- «tion, ou qu'on soit parvenu à l'en écarter. La T. n. 18

« présentation n'est qu'un conseil , la liste qu'un «renseignement: le conseil peut être dangereux, « et nous en avons la preuve , les renseignemens « peuvent être erronés. 11 est arrivé fort souvent « que des administrateurs habiles, à qui les ruses «de l'intrigue n'imposaient pas aisément (et parmi « eux nous pourrions citer le père de notre jeune «ministre), ont reconnu, comme l'a dit si plai- «samment Montesquieu, qu 'il faudrait que dans « les corps on prit les voix à la mineure : ils ont « reconnu l'opinion publique dans le suffrage de «la minorité (ce qui, pour le dire en passant, est «au moins très-présumable quand cette minorité «compte des hommes tels que MM. Daunou, « Andrieux, Thurot, etc., etc.); ils ont nommé en «conséquence; et les hommes de lettres, le pu- «blic, disons mieux, beaucoup de membres de «cette majorité , dont ils réparaient les torts qui «n'avaient été que des complaisances, se sont « empressés de rendre hommage à leur clairvoyante « équité.

« Si l'on ne pouvait que choisir entre la présen- «tation des professeurs et celle des académiciens, « qui ne voit qu'académiciens et professeurs n'au- « raient qu'à s'entendre, comme ils viennent de le «faire, pour qu'il n'y eût qu'une présentation; « auquel cas, présentation deviendrait nomination ; «et le ministre de l'intérieur, le roi lui-même ne

( 275 ) use trouveraient pas moins annulés que le mi- «nistre de l'instruction publique. Quelle fiction «pour lors et quelle duperie que la nomination « royale !

«Si l'Académie, maîtresse absolue du collège, «pouvait, en s'alliant à lui, imposer ses délibéra- «tions, ses passions au monarque, on n'aurait «plus, dans les temps ordinaires, que des choix «de coterie et de complaisance. On n'aurait plus, « dans les circonstances actuelles , que des choix « de parti et même de vengeance. Cela n'est-il pas « clair pour tous les yeux? Depuis quinze ans le « gouvernement déchu a rempli les académies et « les écoles de ses partisans les plus dévoués, « pour ne rien dire de plus. Leur accorder les no « minations ne serait-ce pas vouloir augmenter le « nombre, déjà trop grand, des ennemis du nou- « veau régime dans des fonctions qui ne sauraient «être sans influence sur notre tranquillité, ou « du moins sur notre avenir? On lisait hier dans « un journal que ne récusera certainement pas le « ministère : // faut, pou?' remplir la chaire de « M. DaunoUj un homme que la libéra li lé de son « esprit mette en rapport avec les opinions de la «jeunesse. »

6 Janvier 1831.

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