‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 123 sur 131 · LES TROIS CANDIDATS EN UNE SEULE PERSONNE · texte numérisé non relu

LES TROIS CANDIDATS EN UNE SEULE PERSONNE

« La présentation de M. Saint-Martin comme « candidat à la chaire de M. Daunou , l'intrigue « ourdie par les carlistes du Collège de France et a de l'Académie des inscriptions pour perdre le « ministre de l'intérieur dans l'opinion publique, « et particulièrement dans l'esprit de la jeunesse « éclairée, l'ordonnance du 28 décembre qui a « paru annoncer le succès de cette intrigue , con- « tinuent à occuper les salons et les journaux. « Presque tous les organes de l'opinion sont venus « au secours de M. de Montalivet , et lui ont mon- « tré le piège. Le Moniteur seul a voulu défendre « l'ordonnance du 28. Sa défense est vraiment cu- « rieuse; il prétend que cette ordonnance, loin « d'être illégale, comme le National, entre autres, « l'a prouvé avec évidence, rétablit les dispositions « de la loi de l'an X. Or, écoutons le Moniteur lui- « même : «La loi de l'an X porte que trois candidats seront présentés, l'un par l'Institut, l'autre par l'École spéciale où la chaire sera devenue vacante , le troisième par le corps des inspecteurs généraux des études. »

«D'après cette seule phrase, n'est-il pas évident, « pour tout le monde, que la loi voulait d'abord « qu'il y eût trois candidats présentés, et que la « troisième présentation fût faite par les hommes « qui dirigeaient l'instruction publique ? N'est-ce « pas une escobarderie digne de l'Universel que « de prétendre que du moment où les hommes « qui dirigent l'instruction publique ne portent « plus le nom $ inspecteurs généraux des études , « ils ne doivent plus avoir le droit de présenta- « tion ?

« Mais, dit-on, M. de Fontanes prit une déci- « sion pour enlever ce droit aux inspecteurs géné- « raux de l'Université, qui, d'après les décrets «de 1806 et de 1808, remplacèrent les inspec- « teurs généraux des études. Qu'est-ce que cela « prouve? Que la décision de M. de Fontanes était « illégale; que l'ordonnance de 1822 rentrait dans « l'esprit de la loi, et que l'ordonnance de j83o en « viole la disposition fondamentale.

«Mais l'application de l'ordonnance de 1822 a «produit des abus. Je le crois bien; entre les « mains de MM. Frayssinous et Guernon-RanviSle « que vouliez-vous qu'elle produisît?Est-ce une rai- « son pour croire qu'entre les mains de M. Barthe «les effets en seraient également fâcheux?

«Enfin, dans tous les cas possibles, l'ordon- « nance du »8 décembre serait illégale ; dans les

«circonstances présentes, elle est... parlons poli- « ment, incompréhensible. Qui pourrait en effet « concevoir qu'un ministre, investi au droit de a choisir, voulût jamais faire un choix entre... un «candidat? Un seul pour choisir est par trop dé- « risoire.

« Et quels sont , ou quel est, ces trois candidats «en une seule personne? Un homme dont les « plus beaux titres littéraires sont les ignobles « diatribes de cet Universel de sanglante et fan- « geuse mémoire.

«Après que M. de Fontanes eut, comme M. de «Montalivet, mutilé la loi, on a vu le candidat « d'une école et celui d'une académie ne plus offrir, «à eux deux, qu'un seul académicien. Qu'est-il «arrivé? Que les ministres n'ont pas accepté leri- «dictile. Us ont conservé leur libre arbitre; ils ont « nommé le plus digne, quel que fût d'ailleurs le «présenté; ils ont donné gain de cause à l'opinion « contre l'esprit de coterie, et l'opinion leur en a su « gré. M. de Montalivet n'a besoin de consulter «que ses souvenirs de famille pour en trouver «plus d'un exemple. Aussi n'avons-nous pas mis « en doute qu'en dépit du Moniteur, il ne fût ré- « solu à les suivre: et, à vrai dire, dans l'état des « choses nous ne voyons même pas qu'il puisse «choisir autrement. On a tout fait, tout combiné, « pour le pousser à la contradiction et à l'absurde :

«c'est une cruelle manœuvre, car en France le « ridicule est mortel.

« Quant à messieurs les asiatiques du collège et «de l'académie, leur haine pour le ministre les a « sans doute aveuglés. En voulant l'envelopper dans «un piège, ils s'y sont pris eux-mêmes. Par une «préférence aussi scandaleuse sous le rapport lit— «téraire que sous le rapport politique, ils ont fait «sentir à tous les hommes d'honneur, combien « une recomposition complète des écoles et des «académies était devenue indispensable; et, mal- «gré les doctrinaires et les Cosaques, l'occasion « d'y procéder pourra venir. »

16 Mai 1831.

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