‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 18 sur 131 · CARDE NATIONALE · texte numérisé non relu

CARDE NATIONALE

Les patriotes auraient rétabli la garde nationale d'après les lois de sa formation en 1 791. Mais

soutenions contre l'Europe entière une guerre d'extermination , et six cents millions suffisaient à tout. C'était à quoi s'élevaient les budgets de l'an vi , de l'an vu et de l'an vin. Dans cette dernière année, le gouvernement , en demandant huit cents millions que les Conseils ne voulurent pas lui accorder , n'en affectait que trois cent soixante-quinze aux dépenses ordinaires , aux dépenses nécessaires pour l'administration de la France dans l'état de paix.

Sous le consulat , un meilleur système de finances, un ordre plus régulier introduit dans la perception de l'impôt, permit de diminuer encore le chiffre des budgets du Directoire. Les crédits ouverts au gouvernement ne s'élevaient pour l'an x qu'à cinq cents millions , pour l'an ix qu'à quatre cent trente-cinq.

Je sais que l'invasion de i8i5 nous a coûté, outre tout ce que le moment put offrir à la rapacité des vainqueurs, trois ou quatre milliards qu'on fut obligé de prendre sur l'avenir, et dont nous devons payer les charges. Voilà donc deux cents millions de plus par année. Mais en ajoutant ces deux cents millions à la somme que formaient , sous le Directoire et sous le Consulat, les dépenses ordinaires, les seules que réclame l'état de paix, et en distrayant du total la part que prenaient dans ces dépenses les départemens de la Belgique, ceux de la rive gauche du Rhin, ceux du Léman et des Alpes - Maritimes, démembrés de la France par l'invasion de 181 4, nous trouverons à peine cinq cent cinquante millions.

Je sais que le plaisir d'avoir fait pendant six mois comme une espèce de guerre en Espagne, nous coûte et nous coûtera cbaque année vingt millions.

Je sais que l'indemnité des émigrés nous coûte par an trente millions. C'est donc encore cinquante millions à ajouter ; en tout six cents millions.

Une monarchie, me dira-t-on, ne peut s'administrer à aussi bon

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ils n'auraient pas eu besoin de multiplier comme on l'a fait le nombre des gardes nationaux. Parmi

marché qu'une république. Soit; ajoutons encore cent millions pour la forme du gouvernement. Mais de sept cents millions pour arriver à un milliard, il reste de quoi administrer toute l'ancienne France, c'est-à-dire toute la Fiance actuelle, à la manière du Directoire ou des consuls. A quoi peuvent servir les trois cents millions de surplus?

Le Directoire ne donnait rien au clergé ; les consuls lui donnaient fort peu. Je conçois qu'on veuille le rétribuer plus généreusement; mais son budget, que personne ne trouvera trop faible, ne s'élève qu'à trente-six millions. Otant 30 de 3oo , je trouve 264. Quelle est l'utilité de ces deux cent soixante-quatre millions, ou, si l'on veut, pour être plus libéral , de ces deux cents millions ?

Si l'on demandait à la France deux cents millions par an pour la préserver de la renaissance de l'aristocratie oppressive, qui finit, à force d'abus, par pousser le peuple à l'insurrection, je ne serais point étonné que les députés de la France consentissent à cette demande. Mais comment concevoir qu'on propose à la France de payer annuellement deux cents millions pour reconstruire cette aristocratie? Cela parait une épouvantable dérision. Et cependant tel est l'effet de ces budgets si disproportionnés aux véritables bes oins de l'Etat.

Je me trompe. Leurs résultats sont plus désastreux encore. Ils tendent à faire de tous les complaisons du pouvoir, nobles ou vilains, comme une nouvelle caste privilégiée qui joigne à l'ascendant que la différence de fortune donnait à l'ancienne aristocratie l'influence des droits politiques conférés par la Charte à la richesse. Or, que sera cette aristocratie des pensions, des sinécures et du cumul, d'où l'on aura exclu tous les Nobles indépendans , et où l'on aura soigneusement rassemblé tout ce qu'on peut trouver de plus servile dans toutes les classes de citoyens?

Une fois les bases de la Charte adoptées , la faction de l'ancien régime a voulu charger le budget de transporter à de nouveaux électeurs le droit de nommer les députés.

Je ne dirai point que les ministres actuels ou d'anciens ministres aient compris ce plan, et l'aient suivi en connaissance de cause. Je

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les citoyens appelés à ce service, on n'aurait pris, je crois, qu'un certain nombre d'hommes

11e me permets jamais d'accuser qu'en toute certitude. Mais on a souvent cité le mot d'un homme d'Etat qui demandait dix ans pour accomplir , sans secousse , la contre-révolution. Or si ce mot , dont on a donné une foule d'explications, a été réellement dit, il ne pouvait avoir d'autre sens que celui-ci :

Un homme à qui l'on donne 3o,ooo fr. par au devient aisément, par cela seul , électeur , ou même éligible au bout de dix ans. Un homme, que l'on prive d'une partie considérable de son revenu, cesse bientôt et forcément, par cela seul, d'être éligible ou même électeur.

Si les budgets ne sont point réduits avant dix ans, il n'y aura presque plus d'éligibles et d'électeurs que les hommes dout les dispensateurs du budget auront acheté la conscience.

Alors il suffira d'une session pour restaurer complètement le système aristocratique , pour achever sans secousse la contre-révolution.

Du reste, peu importe que ce déplacement des fortunes soit le but, ou seulement le résultat de l'énormilé du budget. Ecartons la question intentionnelle. Le fait seul est assez grave , et on ne saurait le contester. On n'aperçoit guère erïcore , en lisant les listes électorales , cet appauvrissement d'un côté, et de l'autre cet accroissement de richesse , avançant sans cesse dans la même gradation. Un propriétaire tient à ses biens. Quelle que soit sa détresse, il se décide difficilement à vendre. Il préfère emprunter pour payer ses impositions et nourrir sa famille. Accoutumé long-temps à retirer des revenus considérables des terres qui maintenant ne lui rapportent rien , il espère opiniâtrement voir revenir les jours où ses récoltes se changeaient en or dans ses mains. Cet espoir le soutient contre les rapacités de l'usure ; mais chaque instant lui ravit une partie de ses biens, qui, nominalement encore à lui , sont déjà de fait à ses créanciers hypothécaires, et l'heure de sa ruine finit par sonner. Des avertissemens salutaires, qu'on suivra sans doute après s'en être courroucé, arrêteront assez à temps, il faut l'espérer, une marche si fatale; mais s'il en était autrement, les plus grands malheurs seraient à craindre. Encore deux ou trois ans du système

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de bonne volonté. Dans une monarchie , l'armement général peut être nécessaire comme garantie

financier qui nous régit, et la plupart des électeurs des pays de -vignobles, chassés de leurs terres par expropriation, ne seront plus que des prolétaires ; et le tour des autres agriculteurs ne tardera pas à venir.

Je ne parlerai ni de justice, ni d'humanité. J'invite seulement à considérer ce que serait la France, lorsque toute l'influence politique et civile que donne la richesse serait passée, de la classe laborieuse et éclairée des propriétaires , à ces gens qui ne savent que grossir par les produits de l'usure ou de l'agiotage les salaires de la vénalité.

On craint les hommes que la restauration a trouvés dans une honnête aisance, et à qui la Charte confia imprudemment, dit-on , les droits électoraux; on les craint lorsqu'ils ne demandent qu'à user paisiblement de ces droits , et à conserver ce que leurs pères leur ont transmis , ou ce qu'ils ont eux-mêmes acquis par le travail. Il me semble qu'on devrait surtout les craindre , lorsque , rejetés dans la classe indigente , ils y porteraient avec les lumières d'une meilleure éducation , et l'ascendant d'une position récemment perdue , les fureurs de la ruine et les témérités du désespoir.

Il y a quarante ans , la faction aristocratique , dont les privilèges seuls étaient en jeu , voulut jouer aussi le trône, et le perdit. Les conseillers du trône ne devraient-ils pas empêcher cette faction de recommencer la partie?

P. -S. M. de Martignac prétend qu'un bon citoyen doit se garder de parler de la misère des contribuables et de la nécessité de diminuer l'imjiôt, au moment où tous les Etats voisins sont peut-être sur le point d'engager une lutte générale , et où l'opinion qu'on aura des forces de la France peut influer puissamment sur nos destinées. J'en demande pardon à S. E.; mais elle se trompe du tout au tout. C'est la thèse soutenue par le ministère qui tend à nous faire compter pour rien dans les arraogemens diplomatiques. M. de Martignac s'imaginerait-il que les ministres étrangers ne connaissent la .situation de nos provinces que par les discussions de la tribune ou de la presse? J'ai trop bonne opinion de son esprit pour le penser,

( l**xj ) de liberté; sous une république, il devient inutile. Depuis juillet i83o, on a armé et équipé quinze cent mille gardes, ce qui a coûté à la France au moins trois cents millions, même en ne comptant l'équipement qu'à raison de deux cents francs par homme. Or, si l'on calcule la dépense des officiers, des grenadiers, des sapeurs et des cavaliers, on verra que le total devrait être fort augmenté. Personne, que je sache, n'a fait attention que c'étaient trois cents millions à ajouter au chiffre des dépenses publiques en i83o. C'est cependant bien évident. Avec la même somme on aurait pu donner à l'armée de ligne quatre cent mille hommes de plus. Si vous n'êtes pas tout-à-fait étranger à l'art militaire, calculez quelle différence sur les champs de bataille. Or, nous n'aurions pas eu à craindre des émeutes, ou, si l'on veut, L'émeute, si burlesquement personnifiée par le romantisme des journaux ministériels : nous n'avions besoin de baïonnettes que contre l'étranger.

Or , une fois la détresse de notre agriculture et de notre industrie parfaitement connue, par qui la France est-elle présentée comme ne pouvant être d'aucun poids dans la balance des empires? N'estce point par celui qui déclare que les charges dont nous sommes écrasés ne sauraient être allégées? Serait-ce par ceux qui soutiennent qu'en diminuant ces charges de 200 millions , il serait possible de nous donner encore l'état militaire qu'avait la France aux jours de Mai engo et de Hoheulinden ?

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