POINT DE CARDE NATIONALE MOBILE
Dans l'état présent des choses, il est déplorable que trois on quatre cents bataillons de gardes nationales mobiles ne soient pas organisés et exercés : mais, dans notre système, nous n'aurions pas songé à la garde nationale mobile. C'est un antre genre de conscription, bien pins onéreux que la conscription ordinaire , et bien moins utile. Bien plus onéreux, puisqu'il frappe sur des hommes qui ont déjà pris une carrière, formé déjà un établissement, et qui devaient se croire exempts de tout service militaire. Bien moins utile, parce que l'homme qui n'est pas sûr d'être employé comme soldat , qui pense , dans tous les cas, l'être pour peu de temps, qui ne voit pas dans les armes une carrière, ne peut se former à tous les devoirs de l'état militaire, comme un véritable soldat. On m'objectera que ce n'est pas une conscription, car le garde national ne peut être conduit hors des frontières. Je répondrai qu'en combattant dans son pays, il n'est pas moins exposé, ni moins obligé d'abandonner ses affaires, ses travaux, sa famille; et qu'en second lieu on doit pouvoir le conduire hors des frontières, et que nécessairement, quelles que soient les dispositions de la loi, on l'y
( lx*xiij ) conduira pour peu qu'on obtienne des succès. Supposez l'ennemi battu en Alsace. Le voilà qui repasse le Rhin. Le Rhin est sur ce point la limite de la France. Votre armée, composée en partie de gardes nationales, s'arrêtera-t-elle sur le bord? laissera-t-elle au vaincu le temps de se reformer sans trouble, de recomposer son matériel , de retremper son moral , de recevoir des renforts ? Mais alors pourquoi le vaincre , puisque vous ne vouliez retirer aucun fruit de la victoire?
Vous avez dans l'armée des troupes de ligne; celles-là peuvent passer légalement la frontière. Mais si vous les envoyez seules poursuivre les fuyards, trop inférieures en nombre, elles iront, par leur défaite, reporter la confiance, et avec la confiance, la force sous les drapeaux étrangers. D'autres corps de la ligne sont sur d'autres points de la frontière, ils viendront, direz-vous, remplacer vos gardes nationales, qui, à leur tour, iront tenir les postes abandonnés par ces soldats. Belle manœuvre vraiment ! Tandis que vous disloquerez ainsi toutes vos armées , que soldats de la ligne et gardes nationaux se promèneront, l'arme au bras, de Lille à Strasbourg, et de Strasbourg à Lille, l'ennemi, riant de votre stupidité, poussera ses succès à Lille, et ressaisira la victoire à Strasbourg.
Mais, je le répète, cela n'arrivera point, c'est trop absurde pour pouvoir arriver jamais , même
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sous un ministère romantique. Aucun général n'oserait l'ordonner, aucun soldat ne voudrait obéir: les gardes nationales sortiront des frontières. Qu'on vienne leur lire la loi , elles la déchireront peut-être , à coup sur, elles la violeront , ou , si un gouvernement a pris soin de respecter lui-même les lois pour les rendre respectables, si ce culte pour ce qui devrait être V expression de la volonté générale a pu naître en France de la liberté qui seule le produit, et que de pareilles dispositions législatives n'aient pas été changées, alors, par un mouvement unanime, digne des grands peuples de l'antiquité, nos gardes nationaux en masse s'enrôleront comme volontaires dans la ligne, colonels, officiers et soldats, et au moyen de ce noble subterfuge, ils pourront, sans violer la loi , n'abandonner ni leurs camarades, ni la victoire. C'est donc une promesse impossible à tenir que celle qu'on fait aux gardes nationaux mobiles en leur garantissant qu'ils ne sortiront pas de la France. Or, il est toujours fâcheux d'insérer dans les lois des dispositions illusoires.