ARMEMENT DES VOLONTAIRES
Les patriotes n'auraient été dans le cas de recouru' à rien de semblable. Du 29 juillet au 5 août, il se présenta, dans Paris seulement, trente mille
( lxxxv )
volontaires. Le même élan aurait eu lieu dans toute la France si on n'avait pas pris tous les moyens de le comprimer, si la carrière des armes se fût ouverte à tous, débarrassée de toutes les barrières du privilège , de tous les pièges des faveurs de cour. Il aurait été loisible à ces braves de nommer eux-mêmes tous leurs chefs, sans exception d'aucun grade ; et à mesure qu'ils auraient été organisés, on les eût envoyés, avec les corps de la ligne, reconstitués d'après les principes que j'ai exposés plus haut , reprendre , sans tirer un coup de fusil, nos limites naturelles, et s'arrètant sur ces frontières où leurs camps se seraient incessamment accrus de volontaires nouveaux, présider de là aux insurrections des peuples voisins qui, enhardis par notre attitude, par l'aspect de ces flots de la révolution française grossissant tous les jours et n'attendant qu'un signe pour aller dans leur course féconder l'indépendance des nations, engloutir les ennemis des peuples, se seraient empressés de ressaisir leur existence nationale dont les avait dépouillés, en j8 i 5, ce conventicule monstrueux, où quatre hommes s'adjugeaient, égorgeaient, dépeçaient les empires, et en distribuaient à des princes-valets les lambeaux que dédaignait leur voracité repue.
Les relations extérieures, qui ont été pour le gouvernement du 9 août la source de tant d'em-
( Ixxxvj )
barras, de tant de résistances et de troubles à l'intérieur, n'étant pour nous qu'un moyen d'influence heureuse sur nos concitoyens , soit par l'orgueil qu'aurait inspiré l'ascendant de notre attitude en Europe, soit par les victoires qu'aurait provoquées une attaque des rois, nous aurions pu attendre avec toute confiance les effets des autres mesures prises pour compléter l'oeuvre d'un gouvernement vraiment national.
CULTES. INCONSÉQUENCE DE CEUX QUI PRÊCHENT LA LIBERTÉ ET CHERCHENT A DÉTRUIRE LES IDÉES RELIGIEUSES.
En proclamant une égale protection, ou plutôt un respect égal pour tous les cultes, dont les ministres auraient été salariés également par l'État, on aurait cherché par tous les moyens imaginables, à propager, à raffermir les grandes croyances qui servent de base à toutes les religions. Il n'y a pas, selon moi, d'inconséquence plus palpable que celle des hommes qui prêchent la liberté et tendent à détruire les idées religieuses. Tous les peuples libres ont été religieux. Du moment où la religion les a quittés, ils sont tombés sous le despotisme. L'idée d'une autre vie est la source de tout ce que nous sentons de grand , et par conséquent de tout ce que nous pensons de beau, de tout ce que nous faisons de noble. On m'ob-
( lxxxvij )
jectera que quelques hommes assez malheureux pour n'avoir aucune croyance, sont cependant d'honnêtes gens et de bons citoyens. Le nombre en est si petit que je pourrais les rejeter dans ces exceptions qui confirment les règles. Mais il y a mieux à dire. Interrogez ces hommes. Tous ils ont été élevés dans des sentimens religieux. Quand leur esprit s'est égaré, leur cœur était déjà formé, il lui était devenu impossible de se ployer au vice; il s'était, si je puis ainsi parler, modelé sur les proportions de l'infini. Mais n'attendez rien de bon d'un cœur qui , dès l'enfance , n'aura battu que pour une existence de quelques années. Les générations où l'idée de notre immortelle nature se perd conservent encore des vertus héréditaires, bientôt celles qui les suivent n'ont plus rien d'humain ; elles ne sont plus même bonnes à vivre en troupeaux d'esclaves sous un tyran , elles sont conquises et détruites par des peuples qui croyant à quelque chose au-delà de la mort, savent encore la braver.