‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 22 sur 131 · BASES DE TOUT ETAT LIBRE · texte numérisé non relu

BASES DE TOUT ETAT LIBRE

Idée d'un être suprême qui veille sur les hommes prêt à les récompenser ou à les punir dans une autre existence; respect religieux pour tous les grands souvenirs de la patrie; vénération des enfans pour leur père; déférence de la jeunesse pour les vieillards; voilà, je l'ai déjà dit, les bases de tout état libre. Il faut y ajouter un sentiment qui dérive de tous ceux-là, le culte des talens et des grands caractères.

Ce culte a été totalement détruit en France par les manœuvres du doctrinarisme , digne auxiliaire de la sainte-alliance. Le parti républicain se proposait surtout de le rétablir. Long-temps avant i83o, j'avais combattu cet industrialisme stupide, cette politique de la commandite et du report, qui reléguait le génie parmi les agens de production, qui insultait aux vertus guerrières, proclamait l'argent force dominatrice , et, attribuant à

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l'imagination des peuples dans l'enfance toutes les nobles pensées , tous les sentimens généreux , voulait réduire les nations civilisées à la sensibilité du trébuchet.

J'écrivais en 182 5 : «Ce qui doit effrayer le plus sur l'avenir de notre patrie, c'est l'indifférence presque générale pour tout ce qui est grand, pour tout ce qui est beau. On ne croit plus à la gloire. 11 se fait encore des réputations : on se donne le mot pour vanter un homme ; mais on le vante du même ton que Polichinelle-Mazurier ou le cerf de Franconi. On s'écrie : c'est admirable , sans avoir le moindre sentiment, je ne dirai pas d'admiration, mais de respect

« Le culte des grands caractères et des grands talens est la vie des États libres. Chercher à le détruire et crier qu'on veut la liberté, c'est faire preuve de folie ou d'insigne mauvaise foi. Il est vrai qu'on vient de changer le sens du mot liberté et de le rendre synonyme de production ; mais je parle de la liberté telle qu'on l'a toujours entendue avant la réforme industrielle. Tout homme qui a pu comprendre l'histoire, sait très-bien que les masses ont besoin pour se mouvoir d'une impulsion étrangère, et que, du moment où cette impulsion ne leur vient pas du génie, elle leur vient d'un despote , ou d'un collège de despotes. Les peuples n'ont que trois manières d'exister:

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