‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 23 sur 131 · XCJ · texte numérisé non relu

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honorer les grands hommes , ramper sous un autocrate , ou fléchir sous des oligarques.

«Si l'oubli de ce qu'on doit au talent rend impossible un gouvernement libre, l'amour exclusif de l'or, que cet oubli amène bientôt , rend impossible toute espèce de gouvernement. Quand tout peut être acheté, la société ne saurait subsister; ses bases sont déplacées aussi facilement que l'argent , et dans ces déplacemens rapides l'édifice ne

tarde pas à s'écrouler

«Tous les nobles caractères et tous les esprits élevés , qui se sentent la force d'être quelque chose autrement que par les richesses, doivent donc réunir tous leurs efforts pour relever parmi nous les autels de la gloire, pour ramener les triomphes du talent et la considération de la vertu. C'est là, sans aucun doute, la première tâche du vrai patriotisme; c'est peut-être le seul moyen d'éviter une catastrophe, plus ou moins éloignée, mais certaine, si la corruption faisait encore des progrès. Quand les peuples en sont venus au point de n'avoir plus d'autre idée de supériorité que celle du poids de la bourse , une de ces secousses terribles où la barbarie ravage la terre pour la féconder, devient inévitable. Pour que l'espèce humaine se conserve, il faut que des barbares viennent vous dire : « Il existe une chose plus «précieuse que votre argent, c'est la force du

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«bras, le courage du cœur. Je vous le prouve en « mettant une main sur votre or qui devient le «mien, et en vous plongeant de l'autre monépée « dans la poitrine. » Cette première idée juste , répandue parmi les nouveaux possesseurs , reste quelque temps seule dans leur esprit, mais enfin elle y amène d'autres idées saines , l'excellence de la fermeté, de l'esprit, surtout du talent; et une nouvelle civilisation se forme. » (i)

Dans le discours préliminaire de Y Histoire du siège de Missolonghi , je défendis les mêmes principes, qui formaient aussi le fonds de mon poème de la Calédonie ou la Guerre nationale publié en 1823. Je voyais avec effroi la dégradation morale que devait produire parmi nous l'action simultanée d'une législation donnant tous les droits politiques à la richesse, et d'un système qui ajoutait aux attraits de l'or considéré comme moyen de jouissances matérielles, l'attrait de la considération morale et d'une sorte de gloire ; système dont, en bonne logique, la dernière conséquence serait de traîner la pauvreté en cour d'assises comme on y traîne le vol.

Je ne prévoyais que trop l'obstacle qu'opposerait aux tentatives d'une sage liberté la classe plus particulièrement imbue de ces doctrines.

(1) Im Semaine. 32e livraison , tome 3 , p. 548 et suiv.

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Je sentais qu'elles tendaient dans toutes les classes à livrer les consciences faibles au pouvoir; car, du moment que la richesse n'est plus seulement un avantage, mais un honneur, on en recherche l'apparence presque autant que la réalité: celui qui a dix mille francs de rente en dépense vingt mille, celui qui en a vingt mille en dépense quarante mille; tous se trouvent bientôt ruinés; les tentations arrivent alors, et, comme d'après les idées reçues on voit presque autant de honte dans la pauvreté que dans le crime , on succombe.

J'étais donc habituellement préoccupé des moyens de combattre un si funeste système, et je crois que j'en avais trouvé d'utiles, dont un gouvernement libre n'eût pas tardé à voir les effets. Mais ces moyens seraient trop longs à indiquer ici. Je n'ai voulu que donner une idée sommaire de ce que se proposait le parti patriote en i83o.

Encore un mot cependant. Il va sans dire que nous aurions repoussé toutes ces formules bizarres que quelques personnes ont cherché depuis à remettre à la mode, comme fraternité placé après liberté, égalité, comme salut et fraternité , comme représentant du peuple, etc. Ces formules sont de la plus grande inexactitude, et le défaut de justesse dans les termes conduit nécessairement aux idées fausses. La langue de la politique doit laisser au langage religieux les expressions figurées, et

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n'adopter que celles qui apportent une idée nette et précise. Quand un chrétien dit, mes très chers frères, nous entendons tous qu'il veut dire mes frères en Jésus-Christ ; il n'y a là qu'un mot sousentendu. Il en est de même quand un moine s'adresse à un autre moine de son couvent. Mais que signifie le mot de frère donné par un Français à tous ses concitoyens, ou, si vous voulez, à tous les hommes de son opinion ? Je vois encore plutôt un sens à cette qualification que les rois se donnent entre eux. Ils regardent toutes les dynasties régnantes comme une seule famille, d'une espèce supérieure. C'est une idée insolente sans doute, et qui paraît telle surtout à certaines époques quand on jette les yeux sur tous les trônes. Mais enfin c'est une idée. Laissons, laissons les rois prostituer ainsi ce titre sacré de frère ; n'imitons pas non plus les moines d'un couvent , qui d'ailleurs ont du moins une raison dont j'ai parlé plus haut. Ne nous servons que de mots qui expriment nos vrais sentimens, et ne donnons pas même le nom d'ami à des gens que nous ne connaissons pas. Quant à l'expression de représentant du peuple, c'est une des plus risibles inventions de l'orgueil en délire. Parce qu'un homme faisait partie, lui sept cent quarantième, d'une assemblée chargée de représenter en corps le peuple français, il avait le front de se donner comme le procureur-

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fondé, Y aller ego de la nation! et cette dénomination si extravagante a peut-être contribué à rendre possibles les monstrueux excès de tyrannie auxquels plusieurs de ces hommes se sont livrés , comme s'ils avaient été réellement investis de tous les pouvoirs de la France. Tant est grande l'influence des termes! influence que les doctrinaires connaissent et exploitent si bien, mais dont ne paraît pas se douter la masse de la nation , qui les a laissé corrompre , depuis quinze ans, notre langue, pour obscurcir nos idées et fausser notre entendement.

L'inexactitude des locutions dont je viens de parler n'est pas leur seul défaut; elles datent d'une époque funeste, elles furent à l'usage des hommes qui ont porté à la liberté française des coups dont elle saigne encore ; et contre toute raison , c'est précisément cette origine qui les recommande auprès de certaines gens. Je ne parle pas des traîtres, des affidés secrets de la police; pour ceux-là c'est avec toute raison; mais des citoyens de bonne foi , partisans sincères des institutions républicaines. Comment peuvent-ils adopter le langage des séides ou des dupes de Chaumette et de Marat? Cela vient d'une fausse idée, ou, si mieux aimez, d'une expression fausse, ce qui est toujours la même chose. On leur a dit que les terroristes étaient des républicains exagérés, des ultra-

( xcvj ) révolutionnaires f et, pour mieux montrer la ferveur de leurs sentimens républicains, ils recourent au langage de ces prétendus exagérés , et , pour mieux servir leur parti , ils croient devoir défendre ceux même qui sont allés trop loin dans ce parti, ultra metas. Eh, malheureuses dupes! ce n'est point cela. Ces hommes, au lieu d'aller trop loin dans votre parti où l'on ne peut aller trop loin, puisque c'est celui de la justice, ces hommes ont arrêté votre parti, ont obstrué de sang et de fango! la route sur laquelle il se mettait en marche, ont égorgé ses guides, l'ont égaré, et beaucoup d'entre eux voulaient le forcer enfin , décimé, abruti, couvert de honte et de malédictions, à crier merci et miséricorde au pied d'un trône apporté de l'étranger ou construit de nos cadavres. Ces hommes exagérés dans le bien étaient les uns dans un état de fièvre qui ne leur laissait plus l'usage de leurs facultés; les autres des traîtres; d'autres enfin des lâches assez vils pour chercher à sauver leur tête en souscrivant, en aidant à des crimes dont leur cerveau resté sain leur laissait apercevoir toute l'horreur.

Bien entendu que je parle ici de ceux qui savaient réfléchir. D'ailleurs , je le sais , il y avait alors en beaucoup moins grand nombre qu'au-, jourd'hui, il est vrai , mais enfin il y avait des gens qui se laissaient conduire par leur journal du

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matin, qui remettant à un nouvelliste le soin de penser et de sentir pour eux, n'étaient plus dans ses mains que des bras, des jambes et une voix obéissant à son cerveau. Pour ceux-là, lorsque la république mourut aux pieds de Bonaparte des blessures que la Terreur lui avait faites, elle put dire, comme Jésus-Christ : Pardonnez-leur, car ils n'ont su ce qu'ils faisaient. Plaise à Dieu que des automates de la même trempe ne lui fassent pas pousser encore un jour le même cri en retombant dans le tombeau d'où des cœurs généreux, des esprits éclairés et forts l'auraient péniblement soulevée !

Maintenant , je le demande, où trouve-t-on dans le plan qu'on vient de lire, des semences d'anarchie et de désordre, des sources d'agitations et de guerres civiles? 11 tendait, au contraire, à détourner de la France tous les périls. En se préparant à la guerre étrangère avec toute l'énergie qu'imprime une révolution populaire, avec toutes les ressources qu'elle fait éclore et offre spontanément, on rendait la guerre impossible. Le seul ascendant de notre exemple faisait crouler le machiavélique édifice du congrès de i8i5, et nous entourait de peuples libres devenus nos fidèles alliés. Alors, personne n'aurait été assez fou pour songer à la guerre civile, même dans la Vendée. Trois choses seulement peuvent l'y faire

( xcviij ) naître: ip l'espoir du secours de l'étranger } **la vue d'un gouvernement tracassier et faible, pénible à souffrir et facile à renverser; 3Q la persécution, l'intolérance exercée contre le culte catholique. Quand les vendéens auraient vu la coalition s'avouer impuissante , et le gouvernement, soutenu avec enthousiasme par la masse de la nation , professer le respect le plus scrupuleux pour la liberté des consciences, pour l'exercice libre et honoré du culte, aucun levain d'insurrection n'aurait pu fermenter parmi eux. L'époque du consulat, que notre gouvernement eût rappelée, est une des plus chères au paysan vendéen, parce que ce fut alors qu'il vit ses cérémonies saintes rentrer dans ses villages avec les bienfaits de la révolution ; bienfaits que sa foi le forçait à repousser tant qu'elle était menacée , mais ne l'empêchait pas de sentir.

qu'il n'y aurait eu rien a craindre du prétendu parti montagnard.

On va me répondre sans doute : Et les Montagnards ? Ce parti qui vante Marat et Robespierre n'aurait-il pas tout bouleversé ? — Ce parti, si tant est qu'on puisse donner ce nom à un petit nombre d'hommes qui, parlant de personnes et de choses qu'ils connaissent mal , se calomnient eux-

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mêmes , du moins j'aime à le croire (i), ce parti n'existait pas en juillet i83o. Les seuls Français ouvertement républicains alors, au moins clans Paris, étaient ceux qui devaient suivre le plan que je viens d'exposer. La plupart de ceux qu'on appelle aujourd'hui Montagnards étaient, en i83o, des libéraux; ils marchaient avec MM. Laffitte, Benjamin Constant , Périer , etc. , et trouvaient fort mauvais que nous ne voulussions pas marcher avec eux. lia fallu toutes les fautes accumuléespar le ministère pour les pousser vers les doctrines qu'ils

(i) Il leur arrive quelquefois de repousser cette qualification de Montagnards dont ils se font gloire dans d'autres momens. Ils nient alors qu'ils aient jamais vanté la Terreur ou les terroristes; ils vont même jusqu'à dire que ce sont des assertions renouvelées du carlisme et du juste-milieu, auxquels il faut les laisser. Ce qu'il faut laisser au carlisme et au juste-milieu , c'est la perfidie de soutenir que les républicains en masse vantent la Montagne de 93 , et partagent ses doctrines. Il n'yeutjarnaisde calomnie plus évidente, attendu que les républicains , pour peu qu'ils aient réfléchi et qu'ils connaissent l'histoire de la révolution , sont les plus ardens ennemis des terroristes, attendu qu'ils en parlent et en écrivent, non pas seulement avec l'indignation que soulèvent de tels souvenirs chez les bons esprits de toutes les opinions, mais avec la colère profonde qu'a tout homme de parti contre ceux qui , non contens de perdre ce parti, l'ont encore déshonoré autant qu'il était en eux. Mais il est des personnes qui font réellement l'apologie des Montagnards et de leur système. Si on le nie encore, qu'on veuille bien nous apprendre comment ce n'est pas vanter la Terreur que d'écrire. ...... , Ici se trouvaient des citations plus accablantes les unes que les autres prises dans divers genres d'écrits : je les supprime aujourd'hui , me réservant de les reproduire si on contredit mon assertion.

(c) émettent maintenant par exaspération. Sous une république, énergiquement et sagement constituée, aucun d'eux n'y aurait songé. — Les légitimistes, dira-t-on , auraient toujours créé une faction de ce genre pour désorganiser le parti patriote et le nouveau gouvernement libre. — Je viens de dire que les légitimistes auraient perdu l'espérance, sans laquelle on ne fait guère de tentatives. Mais j'accorderai, si l'on veut, qu'ils eussent, comme en 93, payé des hommes pour combattre , sous le masque du républicanisme, les véritables républicains. C'eût été de l'argent perdu. Comment aigrir le peuple contre un gouvernement qui nous eût donné la dignité à l'extérieur, à l'intérieur le repos, une immense diminution des charges publiques, et le libre exercice de tous les droits?

Et à présent même, à présent que la conduite de trois ministères plus que déplorables a semé dans le peuple tous les genres d'irritation, le parti Montagnard n'embarrasserait en aucune manière un gouvernement républicain.

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