‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 38 sur 131 · DES SÉANCES DU COMITÉ -DIRECTEUR RÉVÉLÉ PAR UN · texte numérisé non relu

DES SÉANCES DU COMITÉ -DIRECTEUR RÉVÉLÉ PAR UN

«journal. Après ce luxe de petites capitales , la « feuille prétendue monarchique déclare que dans «nos articles le principe monarchique est détruit, ala Charte foulée aux pieds; que ce n'est plus ici aie gouvernement des Chambres de l'Angleterre ; « que ce n'est plus même V illégitimité venant don- « nerà la France une Charte , comme le veulent deux «.autres journaux; que c'est le gouvernement défi mocra tique des Etats-Unis , etc. Or, qu'avons- « nous dit dans ces articles, dans ce manifeste de « la l'évolution, dans ce secret du comité-directeur ? « Nous avons dit qu'il faut pour députés des cia toyens dévoués aux principes , indépendans de « tous les ministères passés , présens et futurs. « Nous avons dit qu'il s'agit de savoir , non pas si « M. de Polignac gardera le portefeuille , mais si aie ministère , de quelques noms qu'il soit com- « posé , pourra nous gouverner selon son bon plai- *sir. Nous avons dit que réclamer pour lesCham- « bres la participation à l'initiative dans la propo- «sition des lois, ne pouvait pas être une preuve «d'ignorance, puisque cette opinion, que nous ne «voulions pas discuter, avait été professée par «Washington, et par tous les publicistes d'Angle- « teçre. Enfin, nous avons dit que nous ne voyions « pas que Louis XVI et la Constituante se fussent

« trompés sur les attributions du pouvoir exécutif, « en portant le décret d'organisation de la garde na- «tionale, et les lois sur l'administration des com- « mîmes et des départemens.

« Ainsi , d'après la Gazette , désirer des députés «réellement intègres, c'est vouloir le gouverne- «ment démocratique: donc, d'après la Gazette, « des députés de cette trempe ne pourraient pas «s'accommoder à une monarchie; demander que « le ministère ne puisse pas nous gouverner selon «son bon plaisir, c'est vouloir le gouvernement « démocratique : donc , d'après la Gazette , une «monarchie est le règne du bon plaisir; expo- « ser qu'on a pu sans stupidité songer à l'initiative «des Chambres, c'est vouloir le gouvernement « démocratique : donc, d'après la Gazette, une telle «initiative tuerait la monarchie; approuver l'éta- « blissement d'une véritable garde nationale , c'est «vouloir le gouvernement démocratique : donc, «d'après la Gazette, une garde nationale ne sup- « porterait pas une monarchie; regretter les admi- « nistrations communales et départementales, c'est «vouloir le gouvernement démocratique; donc, «d'après la Gazette, les élus des communes et des «départemens renverseraient la monarchie.

«En vérité, l'idée de Machiavel me revient tou- « jours plusà l'esprit. Je la repousse comme une mau- «vaise pensée. Mais que sait-on ? Il serait vraiment

«curieux, si, ce qui n'arrivera certainement pas, « le ministère Polignac, ou tout autre ministère, parte venait, sous un règne ou sous un autre, à pous- « ser le pouvoir dans la voie du despotisme et des « violences; si le rétablissement des Bastilles race menait le i4 juillet; si la clôture des Chambres « rouvrait le jeu de Paume; si de nouveaux déchi- « remens éclataient, il serait vraiment curieux de « voir un écrivain , enfant gâté de la congrégation, « pénétrer, la tète haute, au milieu de la nouvelle « Convention nationale, et, demandant avec arro- « gance une couronne civique , s'écrier : «C'est moi « qui ai ouvert les yeux du peuple fascinés par les « libéraux; c'est moi qui lui ai appris que ses droits « ne pouvaient être respectés que dans une répu- « blique; c'est moi qui, en parlant sans cesse d'un « comité- directeur auquel personne ne songeait, « suis enfin parvenu à en faire établir un. »

«Si, au contraire, c'est de bonne foi qu'on écrit « de telles choses en faveur de la monarchie , il faut « convenir que jamais avocat du pouvoir ne mon- « tra une plus grande habileté, une adresse plus 'insinuante, et ne mérita mieux son salaire. Ah! ' monsieur de Polignac, relisez, je vous en prie, <' la fnble de Y Ours et V Amateur des jardins \ »

L'attention des libéraux était si bien bornée à un changement de ministère, qu'en louant la

forme de ce morceau, ils n'aperçurent peutêtre même pas la discussion des deux espèces de gouvernement, ou du moins ils ne s'y arrêtèrent point. De même, la plupart de leurs chefs, quoique très frappés, disaient-ils, de l'article qui va suivre, ne remarquèrent nullement ce qu'il y avait de remarquable, je veux dire la pensée d'un homme qui, sentant que le gouvernement établi va crouler, parle comme d'une chose positive de la politique convenable au gouvernement nouveau. Je me rappelle, entre autres particularités, qu'un des héros de l'opposition, devenu depuis l'un des héros au. juste-milieu , vint me parler pendant une heure, au bureau du journal, de l'impression qu'il prétendait avoir reçue en lisant cet article, et, dans ce déluge de complimens, ne plaça pas un mot sur cette alliance de la France, de l'Italie et de la Grèce, sur cette armée du Rhin, donnant de Vienne le signal à l'armée d'Italie de franchir les provinces Ulyriennes. Ce qui prouve que les Orléanistes, ou ne croyaient point alors réussir, ou étaient déjà décidés à ne rien faire pour rendre à la France son rang entre les nations.

11 Mai 1830.

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