‹ La révolution de 1830 et le véritable Parti républicainChapitre 42 sur 131 · AUX ELECTEURS · texte numérisé non relu

AUX ELECTEURS

«Tout le monde comprend que les élections «peuvent avoir cette année une importance « qu'elles n'ont jamais eue depuis la restauration, a Les projets des ministres, les doctrines de leurs «journaux autorisent à croire que la Chambre, « occupée d'ordinaire de travaux purement légis- « latifs , sera sans doute appelée à des discussions «qui seraient plutôt du ressort d'une assemblée «constituante. Le système électoral à changer, «non dans ses formes réglementaires, mais dans «sa base, l'article \[\ de la Charte à expliquer, «l'article 63 à restreindre, sont en effet des ma- « tières qui sembleraient ne devoir être soumises «qu'à un pouvoir constituant. D'ailleurs, le mi- « nistère eût-il la prévoyance de ne point élever n de pareilles controverses qui nous reporteraient

« tout juste à t 789, il resterait toujours à la Cham- «bre le soin de marquer la ligne où la contre-ré- « volution doit par prudence s'arrêter.

«Aussi, les divers partis déploient-ils toute leur « éloquence pour gagner les électeurs. De tous les « camps sortent des proclamations, des manifestes, « des ordres du jour.

«Le parti ministériel fulmine une excommuni- « cation générale contre les 11 1 votans de l'adresse. «C'est tout naturel. Ils se sont tous montrés ses «ennemis, et lors même qu'il ferait quelque ex- « ception in petto , il doit ostensiblement les pros- « crire en masse.

« A l'appui de cette proscription , le hérault d'ar- * mes de nos Excellences n'ayant aucune raison à («donner, y supplée par force injures, et pour «dernier argument, il montre aux électeurs le « glaive des cours prévôtales à demi tiré du four- « reau.

« D'un autre côté , les amis du ministère Porta- « lis, et tous ceux qui ont été troublés dans leurs « opérations sur le budget par la petite révolution « du 8 août, ne conçoivent rien de plus beau , de « plus utile à la patrie que de voir revenir autour « de l'urne du scrutin l'honorable majorité de « boules blanches qui vota ce malheureux budget « de 1 83o, hélas ! dévoré par M. de Chabrol, quoi- « que engraissé pour d'autres appétits.

a Apres avoir voté le budget, dont le refus au- <* rait rendu impossible le ministère Polignac, « ainsi que /a Tribune n'avait cessé de le répéter, a la Chambre de 1837 a voté l'adresse contre ce « ministère. Ses amis s'emparent de ce dernier « Vote comme d'une indulgence plénière, et préce sentent aux électeurs la majorité lavée par-là de «toutes ses faiblesses, et digne de la plus haute a confiance. Ils ne peuvent se dissimuler que dans «les deux Scrutins, la majorité n'a pas été la «même, qu'au nombre des o.i\ votans pour l'art dressé se trouvaient les r)5 votans contre le « budget. Mais ils ne doutent point que les 1 16 ne « se recrutent facilement dans une Chambre nom- « niée sous leur influence, et ne forment une ma- «jorité compacte pour offrir, malgré les g5, un « milliard bien arrondi aux successeurs de M. de « Polignac. L'espèce de députés la moins rare est « celle qui aime à donner aux ministres l'argent « de ses conimettans. Quoi de plus commun dans « ce siècle fiôcra/ que la générosité aux dépens de « la bourse d'au t ru i ?

« Dans ces circonstances, que doit faire un écri- « vain patriote? Au milieu de la lice électorale, « où ne flottent encore que les drapeaux de deux « ministères, il tentera d'arborer la bannière na- « tionale. Se présentant aux deux partis, il dira « aux électeurs du pouvoir ; Quelques-uns d'entre

a vous blâment de bonne loi la révolution; ils sont « entraînés soit par de faux raisonnemens, soit «par des sentimens de haine ou d'affection, à «croire que l'ancien régime était préférable, et a ils servent M. de Polignac parce qu'il leur apro- « mis de leur en retracer quelque ombre. Nous les « plaignons de croire que M. de Polignac puisse « réaliser ses promesses; nous les plaignons d'a- « venturer la tranquille considération que leurs « qualités personnelles leur avaient méritée.

« D'autres , aussi convaincus que nous de «l'excellence de la liberté, la vendent à beaux « deniers comptans. Ceux-là connaissent la quali- « fication que mérite leur conduite. Il serait ridi- « cule d'insister sur ce point. Us savent qu'ils « commettent un crime. Mais ils paraissent croire « que ce crime ne peut jamais être puni que par « le mépris public, et nous nous permettrons de « leur dire qu'ils se trompent.

« Aux électeurs réunis contre les conseillers du « 8 août, et à qui l'on veut imposer comme un « devoir la réélection des 221 , nous dirons : Sans « doute , la première chose est d'écarter le can- « didat du ministère. En conséquence , si vous ne « pouvez avoir la majorité pour un patriote, pre- « nez un libéral; si vous ne pouvez l'avoir pour « un libéral , prenez un ministérici-Portalis : à «■ défaut du bien , choisissez le moindre des .maux.

(' 56 ) « Mais partout où vous serez en masse assez rai- « sonnables pour désirer un représentant sincè- <i rement dévoué à vos intérêts et décidé à les dé- « fendre, non pas seulement contre un ministère, « mais contre tous les ministères , si le candidat « votant de l'adresse ne vous parait point un « homme de cette trempe , gardez de vous croire « enchaînés par ce qu'on veut bien appeler la « reconnaissance publique ; gardez de vous laisser « entraîner par le plaisir de narguer un ministre «qui a renvoyé votre député, ou destitué votre « préfet; songez que vous avez porté comme dcs- « titué M. Bourdeau, signataire de l'ordonnance « qui nomme M. de Polignac, M. Bourdeau, que « les 221 ont élevé, après ce dernier acte de son « administration , à la vice-présidence de la chain- « bre; songez que les députés sont élus pour sept «ans, et que dans cet intervalle , votre minis- « tériel-Portalis, ennemi du ministère Polignac, « aura peut-être le plaisir de faire à vos dépens les « honneurs du budget à sept ministères de ses « amis.

«Si les 221 reviennent à la Chambre avec 209 « ministériels-Polignac , le ministère aura la ma- « jorité pour le budget et nous enchaînera léga- « lement. Si les 221 reviennent avec 5o députés « fusionna ires, le budget sera refusé; mais la « Chambre sera encore dissoute, et les théories de

(57 ) « la Gazette pourraient bien devenir de la prati- « */ue. Si avec les 11 1 , ou à la place de quelques-uns «d'entre eux, vous envoyez un certain nombre « de députés patriotes , la faction contre - ré- « volutionnaire s'arrêtera devant une majorité «nationale, et surtout devant ces hommes dont « le dévouement et l'énergie rendraient encore « redoutable aux factieux , même après une dissolution , même sous le glaive de l'article 14, « l'influence qui suit toujours la qualité de re- « présentant. Les hommes du 8 août sentiront «que toute nouvelle tentative serait funeste, et « qu'il faut se résigner encore à une ambassade à « Londres, ou se contenter des lauriers de Bar- « barie.

« C'est pour empêcher des bouleversemens que « vous devez envoyer des hommes que les bou- « leversemens n'effraieraient pas.

«Enfin, nous dirons à cette population im- « mense que la loi repousse de l'arène où se dé- « cident ses destinées , et qui regarde de loin , « les bras croisés, et la bouche close : Ou vous «êtes de véritables esclaves politiques, ou ces « électeurs sont vos représentais, comme les « députés seront les leurs. La Charte a voulu que « seuls ils pussent proclamer l'opinion du pays; « mais c'est à vous tous à la leur rappeler s'ils « l'oublient, à la leur expliquer s'ils la méconnais-

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« sent. La Charte n'aurait pas nommé leurs élus « les députés des départemcns , si tous les citoyens « du département ne devaient pas avoir de l'in- « fluence sur l'élection. Les règlemens vous dé- « fendent de vous réunir en grand nombre , mais « rien ne vous empêche de jeter les yeux sur les « candidats et de faire part à vos amis de vos a préférences. Ainsi se formera une opinion puce blique, dont l'électeur consciencieux se sentira « obligé de devenir l'écho, et à laquelle tous « craindraient de se montrer infidèles. Ainsi, sans « confusion, sans désordre, et de la manière la « plus légale, tous concourront à choisir ceux qui « doivent défendre les intérêts de tous. »

2 Juin 1S30.

0T¥ TRÔNE RE7CSÉ.

«Nos lecteurs auront sans doute remarqué la «lettre du prince de Cobourg que nous avons pu- «bliée dans le numéro d'aujourd'hui. C«tte pièce « importante confirme nos prévisions et justifie nos «espérances. La Grèce de Botzaris n'a pas dégé- «néré. A la lecture du protocole de Londres, les a représentais de la Hellade en ont jugé comme

« nous. Après l'avoir écouté dans un morne silence, ails ont unanimement répondu que leur mandat *ne donnait pas le pouvoir d'accepter un pareil «acte, et que l'acceptassent-ils, la nation n'obéi- « rait pas. Ils ont senti la perfidie de l'Angleterre «qui , redoutant les progrès de leur marine, vou- « lait leur enlever ces forets immenses que nous «avons indiquées comme capables de fournir des '« bois de construction à plusieurs empires. Les ha- « bitans de la Grèce occidentale ont déclaré qu'ils «ne consentiraient, ni à rentrer sous le joug ot- « toman , ni à quitter leurs foyers rendus plus chers «partant de désastres, consacrés par le sang de utant de héros. Le prince de Cobourg a compris « ce que présageait cette réponse , et il a résigné la «couronne qu'on avoit placée sur sa tète. Les fa- « meuses conférences sont comme non avenues. «Les plénipotentiaires peuvent recommencer sur « nouveaux frais.

« Ce congrès au petit pied n'a excité qu'un mé- «diocre étonnement. Il s'est même trouvé en Àn- «gleterre et en France des écrivains de l'opposi- « tion qui, par une distraction un peu forte, ont «reconnu, aux trois ambassadeurs, le droit de «disposer de la Grèce comme de leur chose pro- « pre. C'était cependant la plus révoltante préten- «tion qu'eût élevée la Sainte- Alliance. Lorsque i dans le congrès de Vienne les quatre souverains

( 60 ) «vainqueurs se partageaient les peuples du midi «de l'Europe; lorsqu'ils ordonnaient, selon leur «bon plaisir, frontières, lois, administrations et «couronnes, ils avaient du moins un prétexte, la « conquête, un argument , vœ viclisl Tous ces peu- « pies envahis étaient morts comme nations; on « pouvait les dépecer ainsi que le gibier qu'on vient «d'abattre. Ce n'était là qu'un festin de rois assez « ordinaire. On a voulu depuis nous donner un' «spectacle qui rappelât ces banquets de l'Ethio- «pie, dans lesquels, s'il faut en croire Bruce, des «animaux vivans sont coupés par tranches, et ser- « vis palpitans aux convives. La Grèce n'avait point « été conquise ; les hordes d'Ibrahim , aidées du «ministère Villèle, y avaient porté presque par- «tout la dévastation, nulle part l'esclavage; des pro- « vinces entières n'étaient plus peuplées que de ca- «davres; mais là où vivaient encore des Grecs, « ils étaient tous libres ; c'était partout la liberté ou nia mort. La Grèce était donc encore vivante, et «déjà on voulait la dépecer; on en donnait un «lambeau au Grand-Seigneur, un lambeau au «prince de Cobourg, un lambeau au pacha d'E- « gypte. A l'approche de l'écuyer tranchant, la vic- «time a tressailli, et le prince ému a reculé. C'est « heureux pour la Grèce, plus heureux encore pour «lui.

«Cependant les ordonnateurs du festin cherchent

«un convive d'un appétit plus robuste. Ce quartier d'un peuple vivant est offert à tous les ca- «dets des petites maisons souveraines de l'Europe. «S'en trouvera-t-il un qui ose y porter les dents?

«Nous conseillons au plus affamé d'inviter ses «amphitryons à vouloir bien tuer sa proie avant « de la lui donner à dévorer : la digestion serait « moins périlleuse. Mais nous doutons qu'on ose «se rendre à son invitation. 11 se commet assez de « choses capables de soulever l'indignation de l'Eu- « rope. Le massacre d'un peuple serait de trop : est mmodus in rébus.

«Nous, citoyens, félicitons - nous ; nous ne «sommes pas forcés d'abjurer l'estime que nous «avions vouée à une nation: il y a encore de la « gloire en Grèce ailleurs que sur des tombes. »

6 Juin 1830.

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